Hérault : quand les identitaires tentent de récupérer la mémoire de Saint-Guilhem

Le Poing Publié le 3 juin 2026 à 16:28
Guilhem de Gellone, dit aussi d'Aquitaine, est un noble carolingien fondateur en 804 de l'abbaye de Gellone, qui donnera naissance au village de Saint-Guilhem-le-Désert. (Photo Wikimedia Commons de l'extérieur de l'abbaye de Gellone à Saint guilhem le désert)

Ce samedi 6 juin, une “marche de la fierté occitane” est organisée par des militants identitaires dans le village de Saint-Guilhem-le-désert. La mairie et des associations de la commune dénoncent “une récupération” de la mémoire de Guilhem de Gellone, fondateur du village

L’appel part d’un compte Instagram relayé par les milieux identitaires de l’extrême droite locale. Dans une vidéo tournée sur la place du village, de jeunes hommes — identifiés selon nos informations comme des militants du groupuscule Jeunes d’Oc — tendent une banderole à l’effigie de Saint-Guilhem, présenté au mégaphone comme un « héros de notre histoire », « noble guerrier » qui « repoussa les sarrasins, reconquérant nos terres et protégeant notre identité ». Le compte invite ensuite à célébrer la « fierté occitane » le 6 juin à 19 heures dans la commune.

Guilhem de Gellone, dit aussi d’Aquitaine, est un noble carolingien fondateur en 804 de l’abbaye de Gellone, qui donnera naissance au village de Saint-Guilhem-le-Désert. Sa figure a inspiré quelques siècles plus tard des chansons de geste contant les combats de « Guillaume d’Orange » contre les sarrasins. Dans la commune, cette instrumentalisation fait grincer des dents. Dans un communiqué transmis aux habitants, la chorale occitane de Saint-Guilhem affirme n’avoir « rien à voir avec les organisateurs » et refuse d’être « assimilée ou confondue avec eux ». L’association rappelle les valeurs portées par la tradition occitane : le Paratge (noblesse de cœur indépendante de l’origine), la Mesura (humilité, raison, droiture) et la Conviviença (le vivre-ensemble). Et de conclure : « C’est abuser de saint Guilhem, et même le trahir, que de le récupérer ainsi. Ce personnage glorieux n’a historiquement rien à voir avec la langue et la culture occitane. »

Contacté, Jean-Philippe Moresmau, maire de Saint-Guilhem-le-Désert, se montre tout aussi tranché : « La municipalité n’est pas à l’origine de cette manifestation et ne la soutient en aucune façon. le conseil municipal la désapprouve à l’unanimité. » Il dénonce « la manière caricaturale et idéologique dont ses organisateurs récupèrent le personnage historique et légendaire de Guilhem » et rappelle que Saint-Guilhem-le-Désert est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, « qui œuvre à renforcer les liens entre les peuples ». Avant de nuancer : « S’il est effectivement clair que cette manifestation est en lien avec les mouvements identitaires, aucun élément concret ne permet d’affirmer un risque à l’ordre public, et pour l’instant, elle n’est pas interdite. »

Les valeurs occitanes du Paratge et de la Conviviença survivront sans doute à cette tentative de récupération. Pour preuve, elles ont déjà traversé l’Inquisition…

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