« C’est comme les femmes, faut taper dessus » : à Montpeyroux, des propos misogynes qui empoisonnent le conseil municipal

Elian Barascud Publié le 8 juillet 2026 à 15:09
La mairie de Montpeyroux. (Capture d'écran Google maps)

Le 5 juin, en pleine séance du conseil municipal de Montpeyroux, un élu de la majorité a lancé, devant une urne récalcitrante : « C’est comme les femmes, faut taper dessus. » Des propos assumés, consignés au procès-verbal. Un mois plus tard, l’opposition dénonce une tribune censurée, un projet de règlement intérieur restrictif, et a saisi la préfecture. Une manifestation est annoncée jeudi 9 juillet, jour du prochain conseil

Tout part d’une urne qui refuse de s’ouvrir. Lors de la séance du conseil municipal du 5 juin, destinée à la désignation des délégués du conseil municipal en vue de l’élection des sénateurs, un conseiller de la majorité commente l’incident d’une formule dont il n’a pas cherché à se dédire : « C’est comme les femmes, faut taper dessus. » Interpellé par les deux élus d’opposition du collectif Montpeyroux Debout, l’élu confirme ses propos, les assume publiquement et accepte qu’ils figurent au procès-verbal, que Le Poing a pu consulter.

Aucun rappel à l’ordre n’a suivi, selon le collectif. Pire, à en croire son récit : plusieurs membres de la majorité auraient présenté la sortie comme une plaisanterie, invitant les élus d’opposition à faire preuve de davantage de « sens de l’humour ».

Une tribune jugée « contraire à l’ordre public »

L’affaire aurait pu en rester là. Quelques jours plus tard, le collectif Montpeyroux Debout, qui dispose de deux sièges au conseil, a transmis une tribune destinée à l’espace réservé à l’opposition dans le bulletin municipal, comme le prévoit le code général des collectivités territoriales. Le texte dénonçait le caractère sexiste des propos et l’absence de réaction de la majorité. La maire, Pauline Curtan, en aurait refusé la publication, au motif, selon le collectif, que la tribune constituerait une « incitation à la haine » et serait « contraire à l’ordre public ».

Deux minutes de parole et des procès-verbaux expurgés

Troisième épisode, le 30 juin : la majorité transmet un projet de nouveau règlement intérieur, soumis au vote du conseil le 9 juillet. Parmi les dispositions relevées par l’opposition : la limitation du temps de parole des élus à deux minutes, l’exclusion du procès-verbal des « écarts de langage ou de comportement », et une restriction des débats sur les questions orales.

Le collectif y voit une série de dispositions fragiles juridiquement et cite plusieurs décisions du juge administratif, dont un arrêt de la cour administrative d’appel de Versailles de 2004 censurant une limitation à six minutes du temps de parole, ou une décision du Conseil d’État de 1995 invalidant une clause permettant au maire d’expurger les procès-verbaux de propos injurieux. On notera au passage qu’un règlement excluant les « écarts de langage » des procès-verbaux aurait eu, appliqué le 5 juin, un effet immédiat : la plaisanterie sur les femmes n’aurait tout simplement jamais existé sur le papier.

La préfecture saisie, une manifestation jeudi

Face à cet enchainement d’évènements, le collectif Montpeyroux Debout a saisi les autorités préfectorales et transmettra ses observations au conseil avant le vote du 9 juillet. Ce même jeudi 9 juillet, des citoyens, dont le collectif indique ne pas être à l’origine de l’initiative, appellent à manifester à 18 h place de l’Horloge, contre la banalisation des propos sexistes. Le cortège devrait ensuite rejoindre la mairie, où se tiendra, le soir même, le conseil municipal appelé à voter le nouveau règlement.

Sollicitée par notre rédaction, la maire de Montpeyroux, Pauline Curtan, indique que les sujets évoqués « font actuellement l’objet d’un examen avec l’avocate de la municipalité » et qu’elle n’est, « dans ce contexte », pas en mesure de répondre à nos questions « ni de faire de commentaires à ce stade ». Une communication pourrait intervenir ultérieurement, « le cas échéant, dans un cadre approprié ».

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