Montpellier : l’ex-candidat de Révolution permanente aux municipales accusé de harcèlement sexuel

Elian Barascud Publié le 12 juillet 2026 à 13:29
Max Muller, candidat de Révolution permanente aux élections municipales de 2026 à Montpellier (capture d'écran issue du clip officiel de campagne de Révolution permanente)

Une salariée de l’Association de prévention spécialisée de l’Hérault (APS 34) a déposé plainte le 22 mai 2026 pour harcèlement sexuel contre un collègue éducateur, par ailleurs ancien candidat de Révolution Permanente aux élections municipales de Montpellier. Le militant reconnaît avoir envoyé des messages « déplacés et empreints de sexisme »

Le 22 mai 2026, une salariée de l’APS 34, qui intervient auprès des jeunes des quartiers populaires, a déposé plainte contre Max Muller, un collègue de son équipe, par ailleurs candidat de Révolution Permanente aux élections municipales de 2026 à Montpellier. Elle dénonce l’envoi répété, sans son consentement, de messages à caractère sexuel.

« Tu doi[s] me sucer pour te faire pardonner »

Dans les SMS que Le Poing a consulté, Max Muller envoie notamment une photo centrée sur son entrejambe, et des textos tels que « tu as des belles fesses, j’ai envie de te claquer le cul », ainsi que plusieurs références à des fellations : « Toi, tu essayes de vesqui [esquiver] le fait que tu doives me sucer pour te faire pardonner. »

La salariée évoque d’autres messages, tels que « tu es où beauté ? » ou « tu me manques ». « Ça m’a mise mal à l’aise précise-t-elle, je ne savais pas comment réagir. Des messages ont été envoyés alors qu’on était dans la même pièce, en réunion d’équipe, pendant que je prenais la parole. Il était insistant alors que je lui ai clairement dit d’arrêter. J’en ai parlé aux collègues, qui m’ont dit que c’était du harcèlement sexuel. »

La salariée, visiblement toujours très affectée, situe ces faits pendant ses horaires de travail, entre octobre et novembre 2024, et en août 2025.

Enquête interne et procédure disciplinaire chez APS 34

En avril 2026, la salariée en parle à sa direction. Sollicitée par Le Poing, l’APS 34 confirme avoir été « destinataire d’un signalement réalisé le même jour par plusieurs salariées » pour des faits « susceptibles de mettre en cause la sécurité et les droits de nos salariés, mais également du public des quartiers populaires que nous avons pour mission d’accompagner ». L’association indique avoir reçu les personnes à l’origine du signalement le jour même, avant de mandater « un cabinet RH indépendant » pour entendre les différentes parties et remettre un rapport contradictoire.

L’APS 34 précise avoir également reçu la plainte déposée par l’une des salariées, et avoir engagé une procédure disciplinaire à l’encontre de Max Muller, sans mise à pied conservatoire, au motif que le militant aurait été en arrêt maladie prolongé « dès le début de cette affaire ». Convoqué à un entretien préalable « afin de lui exposer les faits et de lui permettre de présenter toutes observations utiles », le salarié ne s’y serait pas présenté, « ce que nous regrettons mais qui est son droit », écrit la direction.

« Je regrette profondément »

Contacté par Le Poing, Max Muller reconnaît « avoir envoyé des messages déplacés et empreints de sexisme » : « J’avais l’impression à l’époque d’un “jeu de séduction”. J’ai compris que cette vision était complètement fausse et reposait sur des réflexes patriarcaux. Je regrette profondément ce qui s’est passé et surtout les conséquences que cela a pu avoir sur elle […] Je cherche à comprendre cela en profondeur, et à travailler sur moi, en lien avec des camarades féministes, pour que ce genre de situation ne se reproduise pas. » Sa réponse intégrale est disponible en bas de l’article.

Il considère toutefois que son employeur « ne se préoccupe des violences sexistes et sexuelles et du bien-être des salariés que lorsque ça lui permet de se débarrasser d’un acteur d’une lutte collective, tout en entretenant lui-même depuis des années un climat délétère et très insécurisant pour les équipes » Le militant trotskyste fait ici référence à son activisme, en tant que syndicaliste à la CGT Action sociale 34, lors d’une mobilisation importante dans le secteur du social en 2025.

Un « acharnement punitif » selon Révolution Permanente

Révolution Permanente indique de son côté au Poing avoir pris connaissance des faits le 20 mars 2026, soit après le premier tour des élections municipales, et avoir aussitôt réagi par le recueil de la parole de « plusieurs collègues » et de Max Muller, la « suspension de ses droits militants » et des « mesures permettant un travail de remise en question personnelle et militante ». L’organisation précise également que son ancien candidat a démissionné de son mandat syndical. De fait, Max Muller n’a plus d’activité publique, et n’est plus visible en manifestation.

Mais le parti évoque aussi un « acharnement punitif » de la part de l’APS 34 pour« justifier un licenciement, avec l’objectif de se débarrasser de l’un des acteurs de la grève contre les coupes budgétaires dans le secteur du travail social », et défend l’idée que ce genre d’affaire ne soit plus traitée par les directions mais par des instances élues par les travailleurs (la réponse intégrale de Révolution permanente est disponible en bas de l’article).

Des salariés « gravement choqués »

Une accusation d’instrumentalisation contestée par l’APS 34, qui considère que Max Muller « cherche à déplacer le débat » face à ses « agissements répétés » dénoncés par « plusieurs collaboratrices ». « Les salariés dans leur ensemble sont gravement choqués et sont dans l’attente de décision de notre part », affirme la direction. Pour rappel, en France, 41 % des femmes ont déjà été victimes de harcèlement sexuel au travail.

En février 2026, c’est-à-dire après l’envoi des SMS, Max Muller, interrogé par les féministes « Les Tricoteuses hystériques », déclarait que « les agissements et propos sexistes des personnes publiques […] ne sont pas des dérapages individuels, mais des signaux politiques qui légitiment la violence ». Il demeure à ce jour présumé innocent.


Réponse intégrale de Max Muller envoyée au Poing : « Oui, je reconnais avoir envoyé des messages déplacés, et empreints de sexisme, à une collègue, entre octobre et novembre 2024, ainsi qu’en août 2025. J’avais l’impression à l’époque d’un “jeu de séduction” entre nous. Aujourd’hui, j’ai compris que cette vision était complètement fausse et reposait sur des réflexes patriarcaux. Je regrette profondément ce qui s’est passé et surtout les conséquences que cela a pu avoir sur elle. Je le regrette d’autant plus, que ce type de comportement est contraire aux valeurs que je défends et aux combats que je mène au quotidien. Depuis que toute cette affaire a débuté, je cherche à comprendre cela en profondeur, et à travailler sur moi, en lien avec des camarades féministes, pour que ce genre de situation ne se reproduise pas. Cela m’a permis de mieux comprendre à quel point les comportements machistes sont profondément ancrés dans la société, et l’effort que cela représente pour un militant de chercher à les dépasser. En revanche, je regrette que ma direction se soit saisie de cette situation pour défendre ses propres intérêts, afin de finir de liquider une lutte collective qui nous avait vivement opposés tout au long de l’année dernière, contre des coupes budgétaires qui entraînent des licenciements, mutations et pressions constantes. J’accepte la sanction de mon organisation et je renouvelle mes excuses à ma collègue, mais je ne peux pas souscrire au récit à charge et unilatéral construit par mon employeur, qui ne se préoccupe des VSS et du bien-être des salariés que lorsque ça lui permet de se débarrasser d’un acteur de la lutte, tout en entretenant lui-même depuis des années un climat délétère et très insécurisant pour les équipes. »

Réponse intégrale de Révolution permanente envoyée au Poing : « Notre organisation a effectivement pris connaissance le 20 mars de comportements de Max, plus précisément de messages à caractère sexuel envoyés à une collègue entre octobre et novembre 2024 puis en août 2025, qui allaient à l’encontre de nos principes féministes. Notre commission dédiée, élue à l’unanimité en Congrès, indépendante de la direction de l’organisation et composée de militantes expérimentées, s’est alors immédiatement saisie de la question. Au vu des éléments à sa disposition, elle a pris des premières mesures comme la mise en retrait de toute expression publique, tandis que Max a décidé de démissionner de son mandat syndical. Après avoir réalisé une enquête en rencontrant plusieurs collègues, afin de recueillir leur parole, et en entendant Max, notre commission a décidé de sanctionner le camarade d’une suspension de ses droits militants, accompagnée de mesures permettant un travail de remise en question personnelle et militante. Ce travail, que Max a accepté, déterminera la possibilité de regagner la confiance de notre organisation et ses droits militants. En effet, nous considérons que les hommes qui reproduisent des schémas patriarcaux profondément ancrés dans la société peuvent évoluer, même s’il s’agit d’un effort de longue haleine qui nécessite une remise en question profonde. C’est dans ce contexte que nous dénonçons l’acharnement punitif de son employeur, qui cherche avant tout à justifier un licenciement, avec l’objectif de se débarrasser de l’un des acteurs de la grève contre les coupes budgétaires dans le secteur du travail social pendant l’année 2025. C’est aussi la raison pour laquelle, au-delà de notre gestion interne, nous défendons la mise en place de commissions indépendantes sur les lieux de travail, élues par les travailleuses et travailleurs eux-mêmes, pour ne pas avoir à s’en remettre à une direction ou à l’État, guidés avant tout par leurs propres agendas, afin de traiter les problèmes de violences sexistes. »

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