Beaucaire : le RN débouté, l’Arlésienne et Streetpress peuvent continuer à enquêter
Le tribunal judiciaire de Nîmes a rendu son ordonnance le 8 juillet. La mairie de Beaucaire, Julien Sanchez et Nelson Chaudon sont déboutés de leur plainte en diffamation contre les deux médias indépendants. Les deux maires RN leur reprochaient d’avoir dénoncé une politique discriminatoire dans l’attribution des locaux commerciaux de la ville
Ça s’appelle un camouflet. Le 8 juillet, le juge des référés de Nîmes a débouté la mairie de Beaucaire et ses deux maires RN de leur plainte en diffamation contre l’Arlésienne et Streetpress.
Retour en arrière. À l’automne 2025, l’Arlésienne et Streetpress publient une enquête de terrain signée Nada Didouh et Eric Besatti. Le reportage documente, témoignages à l’appui, une politique d’attribution des locaux commerciaux qui exclurait systématiquement les commerçants d’origine maghrébine ou latino-américaine. La mairie sort les griffes : 3 000 euros de dommages et intérêts réclamés à chaque média, retrait de l’article, retrait des journaux de la vente, le tout en pleine campagne municipale. L’audience se tient le 27 mai au tribunal de Nîmes. Les maires plaignants n’y sont pas.
Le juge a estimé que « le caractère manifestement illicite du trouble n’est pas caractérisé », la bonne foi des journalistes constituant « un caractère sérieux ». En clair : l’enquête est trop solide pour être jugée manifestement diffamatoire. « La justice a suivi nos arguments, les pièces fournies de notre enquête ont prouvé la bonne foi de notre travail », commente Me Rébérioux, avocate commune des deux rédactions.
Une nuance, quand même. Le juge des référés n’a pas tranché sur la réalité des faits rapportés ; ce n’est pas son rôle. La procédure en référé traite du caractère d’urgence d’un trouble présumé, pas du fond. Et les plaignants ont quinze jours pour faire appel. Ce qui est en revanche acté : le délai de prescription de trois mois est dépassé pour attaquer l’enquête sur le fond. La mairie de Beaucaire devra faire avec.
Reste une note salée. Ni remboursement des frais d’avocat, ni dommages et intérêts pour procédure abusive. L’Arlésienne appelle à soutenir la rédaction pour couvrir ces frais. Et se dit toujours prête à publier les réponses de la mairie sur ses critères d’attribution des locaux.
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