Beaucaire : procès en diffamation contre la presse indépendante, le RN sort les griffes
L’Arlésienne et Streetpress, deux médias indépendants, comparaissent ce mercredi 27 mai devant le tribunal judiciaire de Nîmes. La mairie de Beaucaire et deux de ses maires RN leur reprochent d’avoir dénoncé une politique discriminatoire dans l’attribution des locaux commerciaux de la ville. Décision le 8 juillet
A la barre du tribunal judiciaire de Nîmes ce mercredi 27 mai, Eric Besatti, directeur de publication du média indépendant L’Arlésienne, prend quelques notes pendant l’audience. Les maires plaignants, eux, ont fait l’impasse. Leur avocate Sylvie Josserand — par ailleurs députée RN du Gard — assure la représentation de la mairie de Beaucaire, de l’ancien édile Julien Sanchez, désormais député européen, et de son successeur Nelson Chaudon. Ils réclament le retrait d’un article co-publié par Streetpress et l’Arlésienne à l’automne 2025, et 3 000 euros de dommages et intérêts chacun pour chaque médias.
L’enquête incriminée, signée Nada Didouh et Eric Besatti, a été publiée dans le cadre d’un partenariat avec le Fonds pour une presse libre (auquel le Poing a participé). L’article documente, témoignages à l’appui, une politique d’attribution des locaux commerciaux en centre-ville qui exclurait systématiquement les commerçants d’origine maghrébine ou latino-américaine. Des accusations que la mairie conteste.
“Désinformation”, vraiment ?
L’avocate de la défense, Valentine Rebérioux, ouvre les débats en déposant des conclusions de nullité. Son argument tient en une ligne : les plaignants n’ont toujours pas précisé quels propos leur porteraient atteinte. « Le droit de la presse est un droit de la virgule. Dans une audience en diffamation, on ne peut pas saisir un tribunal pour l’intégralité des propos d’un article. Sans imputation précise, on ne peut pas caractériser la diffamation », rappelle-t-elle.
Sylvie Josserand balaie l’objection d’un revers : « On essaie d’échapper au débat sur le fond. » Elle déroule alors une plaidoirie d’une trentaine de minutes. L’enquête ? De « la désinformation au service d’une idéologie » — remarque qui provoquera un échange de sourires amusés parmi la demi-douzaine de journaliste venue couvrir le procès. Le « plan commerce en mission », voté en 2020, aurait passé le contrôle de légalité de la préfecture, ce que les journalistes auraient, selon elle, soigneusement ignoré. Elle produit des attestations de commerçants aux noms à consonance maghrébine pour contredire les accusations, s’étonne que la défense s’appuie sur des sources anonymes, et finit par pointer la date de publication : en pleine campagne municipale, forcément suspect.
Valentine Valentine Rebérioux réplique : « La partie adverse vient de faire trente minutes de plaidoirie sans citer aucun propos incriminé. » Sur le fond, elle défend la bonne foi des journalistes. La mairie a été sollicitée à trois reprises — les 22 août, 5 et 9 septembre — sans jamais répondre. « Le contradictoire ne se fait pas lors d’une audience ! », lance-t-elle, avant d’appuyer le sérieux de l’enquête : la Chambre régionale des comptes avait elle-même pointé des dysfonctionnements au sein de la commune dès 2020. Quant aux sources anonymisées, l’avocate questionne le tribunal :« Vous pensez vraiment que les commerçants ont une marge de manœuvre quand la mairie est leur bailleur ? » Enfin, sur l’argument de l’agenda politique, la conclusion est là encore sèche. Nelson Chaudon a été réélu au premier tour lors des dernières élections municipales de mars dernier, les journalistes n’ont donc visiblement pas ruiné sa carrière.
Procédure-bâillon
Pour Valentine Valentine Rebérioux, la qualification ne fait pas de doute :« Il s’agit bien là d’une procédure-bâillon. Ça ne coûte rien d’attaquer. La demande financière est élevée, et le but n’est pas de gagner, mais de faire peur. La prochaine fois, les journalistes réfléchiront à deux fois avant d’enquêter. » Streetpress, co-défendeur, comptait début 2026 une quinzaine de procès en cours — dont les deux tiers initiés par l’extrême droite, et zéro condamnation à ce jour.
Eric Besatti, lui, ne semble pas découragé. « On ne lâchera rien, on continuera de faire notre travail », glisse le directeur de publication de l’Arlésienne en fin d’audience. Le tribunal rendra sa décision le 8 juillet.
Le Poing est solidaire de l’Arlésienne et de Streetpress. Pour les soutenir : larlesienne.info et www.streetpress.com
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