Austérité : la santé, le social et l’énergie font bloc devant la préfecture de l’Hérault

Elian Barascud Publié le 15 septembre 2026 à 14:36
Environ 200 personnes se sont rassemblées ce mardi 15 septembre devant la préfecture de l'Hérault, à l'appel des principaux syndicats. ("Le Poing")

Environ 200 personnes se sont rassemblées ce mardi 15 septembre devant la préfecture de l’Hérault, à l’appel des principaux syndicats. Hospitaliers, travailleurs sociaux, électriciens et gaziers dénoncent les mêmes coupes budgétaires, deux semaines avant la journée de grève de la fonction publique du 29 septembre

Place des Martyrs-de-la-Résistance, à midi, les chasubles de la santé croisent celles des industries électriques et gazières. Parti à 10 heures de la rue Raimon-de-Trencavel, le cortège de l’énergie est venu rejoindre le rassemblement des personnels du sanitaire, du social et du médico-social. À Béziers, les salariés des IEG se retrouvent dès 9 heures sur le site d’Ovalie avant de converger vers la sous-préfecture. La journée est nationale et déborde largement ces secteurs : l’enseignement supérieur, la recherche et les étudiants ont eux aussi appelé à se mobiliser ce 15 septembre, chacun avec ses motifs, tous avec le même arrière-plan budgétaire.

« Choisir qui aurait la clim »

Philippe, infirmier en psychiatrie au CHU de Montpellier et syndiqué CGT, revient d’abord sur l’été. « On vient de vivre un été caniculaire et catastrophique. La direction nous disait que l’hôpital était climatisé à 40 %, nous, ce qu’on a surtout retenu, c’est qu’il ne l’était pas à 60 %. » Il décrit des chambres à 36 degrés en maternité comme en cardiologie, et des couvertures de survie accrochées aux fenêtres pour faire tomber la température de quelques degrés. Dans un service, dit-il, huit climatiseurs mobiles pour vingt patients. « On a été contraints de choisir qui aurait la clim. Je n’ai pas fait ce métier pour trier les patients. »

Le CHU avait déjà été alerté par la CGT et FO en juillet, avec des relevés à plus de 40 degrés dans certains locaux techniques. L’établissement a annoncé début août l’installation de 144 climatiseurs mobiles supplémentaires depuis le 13 juillet, pour un objectif de 450 appareils et environ 60 % des unités de soins équipées. De son côté, le ministère de la Santé a promis le 30 juillet la livraison de 33 000 climatiseurs d’appoint aux hôpitaux et aux Ehpad.

Philippe évoque également des collègues chargées du ménage dans les chambres qui dorment dans leur voiture et prennent leur douche à l’hôpital, faute de pouvoir payer un loyer. « On a vraiment besoin de moyens. » À la place, il liste ce qui arrive : l’augmentation des franchises médicales, le déremboursement de médicaments, « au profit de la militarisation ». Et, localement, une direction qui parle d’intelligence artificielle « alors qu’il y a tellement d’autres urgences à gérer ».

Le calendrier lui donne raison. Un décret publié mi-septembre relève au 1er octobre les deux plafonds annuels, celui des franchises médicales et celui des participations forfaitaires, de 50 à 70 euros chacun, soit 140 euros cumulés par assuré. Fin juillet, le gouvernement avait annoncé environ 2,15 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie pour 2027, dont une baisse du remboursement des médicaments à service médical rendu faible ou modéré et un relèvement du ticket modérateur sur les soins dentaires, les dispositifs médicaux et les transports sanitaires. L’essentiel de ces mesures passe par décret, sans débat parlementaire. Dans l’Hérault, la CGT santé réclame de son côté le déblocage de 1,1 milliard d’euros de crédits mis en réserve.

L’hébergement d’urgence rogné

Antoine, travailleur social syndiqué à Sud Santé Sociaux, décrit un secteur qui encaisse les mêmes arbitrages, mais plus discrètement. « Les remontées que l’on a font état de coupes budgétaires des régions pour les formations dans le travail social. » Il avance des chiffres locaux : 15 % de budget en moins annoncés pour 2026 par la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités, et une coupe de 8 % sur l’hébergement d’urgence. « Cela va se traduire par des fermetures de places d’hébergement ou des non-renouvellements de postes. »

Le tarif agent, « c’est la technique du grignotage »

Chez les électriciens et gaziers, la mobilisation a un déclencheur daté. Le 17 juillet, la Cour des comptes a publié un rapport sur la gestion des ressources humaines d’EDF dans lequel elle juge « démesuré » le coût de l’avantage en nature énergie, plus connu sous le nom de tarif agent : plus de 700 millions d’euros en 2024 à l’échelle du groupe, et 3,9 milliards d’euros de passifs sociaux fin 2024 pour son maintien après le départ en activité. La Cour recommande de le réduire progressivement, en plafonnant d’abord les consommations prises en compte. Le ministère de l’Énergie, mis en demeure de se mettre en conformité, travaille à une évolution du dispositif, qui relèverait d’un simple arrêté.

« Trois ministres se sont déjà penchés dessus et la mesure pourrait être inscrite au prochain budget », résume Sabrina Guillaud, secrétaire générale de la CGT énergie 34. En cas d’adoption, dit-elle, les factures des agents doubleraient « pour le même service rendu ». « Ce n’est pas un caprice ou un privilège, c’est une conquête sociale. Ce sont ces agents qui interviennent pour faire des réparations en cas d’intempéries, et on en a de plus en plus à cause du dérèglement climatique. » Pour elle, cette attaque vise directement le statut de fonctionnaire : « Derrière ce tarif agent, il y a un statut, celui de la fonction publique, et c’est cela qui est attaqué aujourd’hui. C’est la technique du grignotage, aujourd’hui c’est ça, et demain ça sera autre chose. »

La responsable syndicale insiste sur un point qui, dans le secteur, n’allait pas de soi. CGT, CFE-CGC, CFDT et FO ont appelé ensemble, au niveau national, à la grève du 15 septembre. « L’intersyndicale du secteur est unie sur cette question, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Notre unité est déjà une première victoire. »

Reste à transformer l’essai. Les huit organisations de la fonction publique appellent à la grève et aux manifestations le 29 septembre, contre les premières annonces budgétaires pour 2027 et l’absence de revalorisation salariale. Philippe, lui, garde un œil sur une autre date, qui n’a rien de syndical : les appels à ressortir les gilets jaunes le 17 octobre, relayés depuis une dizaine de jours sur les réseaux sociaux. « On doit préparer la date du 29 septembre, et rester attentifs à l’appel au retour des gilets jaunes le 17 octobre. »

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