« Où est notre maison ? » : à Montpellier, 21 oreillers au sol pour 21 enfants à la rue

Elian Barascud Publié le 3 novembre 2026 à 11:28 (mis à jour le 3 novembre 2026 à 11:30)
Ce lundi 2 novembre, le collectif Un Toit Un Avenir a posé un drap, 21 oreillers et des peluches sur la place Jean-Jaurès. Le lendemain du début de la trêve hivernale, il voulait rappeler que des enfants scolarisés à Montpellier dorment toujours dehors. (DR)

Ce lundi 2 novembre, le collectif Un Toit Un Avenir a posé un drap, 21 oreillers et des peluches sur la place Jean-Jaurès. Le lendemain du début de la trêve hivernale, il voulait rappeler que des enfants scolarisés à Montpellier dorment toujours dehors. Faute de réponse des pouvoirs publics, des parents d’élèves ont réuni 11 000 euros depuis septembre pour payer des nuits d’hôtel

Un drap posé sur les pavés, 21 oreillers alignés, des peluches. Ce lundi 2 novembre en fin de journée, place Jean-Jaurès, une soixantaine de personnes se sont rassemblées à l’appel du collectif Un Toit Un Avenir. Chaque oreiller représente l’un des 21 enfants à la rue dont le collectif a connaissance. Un Toit Un Avenir réunit la FCPE, la LDH, la Cimade, RESF, le DAL et l’association de parents d’élèves Une École Un Avenir. Le rassemblement était aussi soutenu par RUSF, Sud éducation 34 et le MRAP.

« 21 enfants à la rue nous ont été signalés depuis le début de l’année scolaire », explique Murielle Kosman, co-porte-parole d’Une École Un Avenir. Ce chiffre ne concerne que les familles suivies par le réseau. Le collectif estime à une centaine le nombre d’enfants qui dorment dehors à Montpellier, dans des voitures, des halls d’immeuble ou des parcs.

Un an après le parvis de la mairie

« Il y a un an tout pile, des familles expulsées d’un squat dormaient devant la mairie pour demander des solutions d’urgence », rappelle la porte-parole. Le 27 octobre 2025, huit familles, soit une trentaine de personnes dont quinze enfants, avaient été expulsées d’une ancienne entreprise désaffectée du nord de Montpellier. L’association Solidarité Partagée les y hébergeait depuis deux ans. Elles avaient ensuite passé une semaine à même le sol devant l’hôtel de ville, avec des rassemblements tous les soirs et deux manifestations devant la préfecture. Le 3 novembre au soir, la mairie avait fini par annoncer leur mise à l’abri dans des hôtels jusqu’au 13 novembre.

Trêve hivernale et places en moins

« La trêve hivernale a commencé hier, et l’État a décidé de réduire les places d’hébergement d’urgence », poursuit Murielle Kosman. Depuis la rentrée, les associations et les travailleurs sociaux de l’Hérault dénoncent une baisse de 16 % de l’enveloppe « veille sociale ». Le centre d’accueil de nuit géré par Coallia rue de l’Industrie, qui comptait 40 places, a fermé le 1er octobre. Selon l’association Entraide SDF, 40 places ont aussi disparu au centre de Rive du Lez, ainsi que près de 200 places d’hôtel. En 2025, le 115 de l’Hérault a reçu plus de 154 000 appels, et 86 % des demandes d’hébergement n’ont pas trouvé de solution immédiate. En octobre, la directrice du SIAO parlait d’environ 420 appels par jour pour trois mises à l’abri. La préfecture, elle, rappelle que le département dispose d’environ 2 600 places d’hébergement d’urgence. Le 6 octobre, le conseil municipal de Montpellier a voté à l’unanimité un vœu demandant à l’État de revenir sur ces suppressions. L’hébergement d’urgence relève de la préfecture.

Cagnottes, sacs de vêtements et chambres d’amis

En attendant, les parents se débrouillent. « C’est dur pour ces familles de demander de l’aide, mais nous avons monté un réseau de solidarité au sein des écoles où sont scolarisés nos enfants, avec des cagnottes, des collectes de nourriture ou de vêtements, voire de l’hébergement solidaire pour quelque temps », détaille Murielle Kosman. Selon le collectif, ce réseau a assuré plus de 150 nuits de mise à l’abri depuis septembre, dont plus de 110 chez des habitants.

Pénélope en fait partie. « J’accueille deux mamans dont les enfants sont scolarisés dans l’école de ma fille. Pendant le dernier épisode cévenol, on a appris qu’une maman était sans solution de logement, alors on a choisi de les accueillir. On a tous le pouvoir de le faire. »

Anna, mère de deux enfants, a été aidée par ce réseau. « Après le 11 septembre, le 115 ne nous a plus pris en charge et nous étions à la rue. Cette association nous a permis de trouver un toit. » Son fils de trois ans et demi, lui, n’a pas retrouvé ses repères : « Il demande tous les jours “où est notre maison”. »

11 000 euros « en l’air »

Les cagnottes lancées depuis septembre ont rapporté 11 000 euros, qui servent à payer des chambres d’hôtel. Murielle Kosman en parle avec amertume : « Cet argent, on a l’impression de le foutre en l’air quand on sait qu’il suffirait d’investir dans l’hébergement d’urgence. » Le collectif ne veut pas que ce système dure : « Ce n’est pas ce qu’on souhaite faire à terme, car nous ne voulons pas faire le travail de l’État ou des collectivités territoriales. »

Il demande la réquisition de lieux pour héberger les familles et la construction en urgence de logements sociaux. Dans son communiqué, il réclame aussi un plan « zéro enfant à la rue » dès cet hiver, porté ensemble par l’État et la Ville, sur le modèle de celui présenté par la mairie de Paris au printemps, ainsi qu’une audience auprès du préfet de l’Hérault. Le collectif rappelle que la loi (article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles) garantit un accès à l’hébergement d’urgence à toute personne sans abri en détresse.

En attendant, la solidarité des parents d’élèves continue de tenir lieu de politique d’hébergement d’urgence. Elle a l’avantage de fonctionner, et celui, pour l’État, de ne rien lui coûter.

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