Vigilance orange, colère rouge : plus de 10 000 manifestants sous le déluge à Montpellier

Elian Barascud Publié le 5 novembre 2026 à 18:23
Envrion 10 000 personnes ont manifesté à Montpellier ce jeudi 5 novembre malgré l'épisode cévenol. ("Le Poing")

Ni l’épisode cévenol ni les cordons de CRS n’ont eu raison de la journée de grève intersyndicale de ce jeudi 5 novembre. Soignants, cheminots, paysans et lycéens ont défilé ensemble pour les salaires et les services publics, avant qu’une partie du cortège ne tente de rejoindre un Écusson bouclé par la police

La météo est-elle contre-révolutionnaire ? On se pose sérieusement la question à 14 heures, ce jeudi 5 novembre, place Max-Rouquette, où quelques dizaines de personnes s’amassent sous une pluie diluvienne. L’Hérault est placé en vigilance orange pour pluie et inondations. Sous un parapluie jaune aux couleurs de son syndicat, on croise Morgane Bara, co-porte-parole de la Confédération paysanne : « On est très contents de voir la jeunesse bouger. On a toujours dit que le monde agricole n’était pas un monde à part. Cela fait des années que l’on milite pour un vrai revenu paysan, et quand on voit les gens sortir dans la rue pour de meilleures conditions de vie, bien sûr qu’on se sent concernés. »

Sur l’agriculture, elle attend des pouvoirs publics « un minimum d’anticipation de la claque climatique qui nous arrive dessus. On l’a vu cet été, et on le voit encore aujourd’hui », dit-elle en pointant le ciel du doigt. « Ici, en Occitanie, on devrait avoir un plan de recherche de pointe en matière d’adaptation au dérèglement climatique, mais on n’a rien. La viticulture est en crise, on arrache des vignes de partout, et il n’y a aucune anticipation sur ce qu’on peut faire de ces terres pour nourrir les populations, enrichir les sols. À la place, on nous propose des bassines… »

Le ciel s’est trompé de pronostic. Quand le cortège s’élance cours Gambetta, il s’étire sur plusieurs centaines de mètres, et on finira par compter plus de 10 000 personnes. En chemin, une jonction se fait spontanément entre le cortège du CHU et celui des lycéens.

« C’est en créant du lien qu’on va gagner »

Philippe, infirmier au CHU de Montpellier et syndiqué à la CGT, défile avec ses collègues : « On a organisé une assemblée générale hier et on a décidé de venir en cortège ensemble aujourd’hui. On pense que c’est par la base, via des assemblées générales, que l’on doit s’organiser. » Le matin, il était sur le piquet interprofessionnel devant le lycée Clemenceau, « avec une centaine de personnes, des lycéens, des travailleurs d’autres secteurs… C’est en créant du lien qu’on va gagner. On sent qu’il y a partout beaucoup de radicalité et de colère. La question, c’est de savoir comment on l’organise. »

Les lycéens, nombreux dans le cortège, avaient déjà donné le ton dès l’aube. Comme nous le racontions ce matin, Mermoz, Joffre, Clemenceau, Jules-Guesde et Jean-Monnet étaient bloqués malgré l’alerte météo. Elie, lycéen à Joffre, n’a pas digéré l’intervention d’Emmanuel Macron chez HugoDécrypte, le 29 octobre : « Il espérait que le mouvement s’essouffle avec les vacances pour n’avoir à répondre de rien, et en effet, son gouvernement n’a répondu à rien. Pour Parcoursup, il a parlé d’une “évolution” des algorithmes, alors que ce qui nous pose problème, ce sont précisément ces algorithmes. Nous ne sommes pas pour l’évolution, nous sommes pour l’abrogation pure et simple de cette plateforme. »

Vers la reconductible ?

Côté rail, la journée a pesé. « La grève a été très suivie au niveau de la région. Plus de 80 % des collègues dits “roulants” sont en grève, donc il y a très peu de TER aujourd’hui », explique Loïc, cheminot syndiqué à SUD-Rail. Reste la question de la suite : « Nous, on essaie de pousser en interne pour la reconduction de la grève, mais nos syndicats n’ont posé que des préavis de 24 heures. Il va falloir continuer de batailler pour construire un mouvement dans la durée. »

« Une facture qui n’est pas la nôtre »

En fin de parcours, Mathieu prend la parole au nom de la CGT : « Nous refusons de payer une facture qui n’est pas la nôtre. Tout augmente : l’essence, le gaz, mais pas les salaires. Le gouvernement nous prépare un nouveau budget d’austérité qui hypothèque l’avenir de notre jeunesse, alors qu’elle demande plus de moyens et le refus de la sélection. Les lycéens sont de futurs salariés, leur combat est le nôtre. Nous exprimons le même refus de voir les conditions de vie et de travail se dégrader alors que les profits des grandes entreprises augmentent. La jeunesse ne doit pas être sacrifiée sur l’autel du profit. »

Les chiffres ne le contredisent pas franchement. : les entreprises du CAC 40 ont reversé 107,5 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2025, en dividendes et rachats d’actions. C’est un record, en hausse de 9,5 % sur un an. Dans le même temps, le projet de budget 2027 du gouvernement Lecornu prévoit 54 milliards d’euros d’économies et gèle le point d’indice des fonctionnaires pour la quatrième année consécutive.

Montpellier n’était pas une exception. Le ministère de l’Intérieur annonçait en fin d’après-midi près de 600 000 manifestants en France. La CGT en revendique près de 1,6 million, dont 350 000 à Paris. Au point que Sébastien Lecornu a annoncé dans la journée une « conférence sociale » avec syndicats et patronat, lundi à Matignon.

L’Écusson sous cadenas

À peine arrivée place de l’Europe, terme de la manifestation déclarée, une grosse partie du cortège repart. Dans la foule, des appels à rejoindre le centre-ville fusent. Très vite, des cordons de CRS se déploient au niveau de la piscine olympique et coupent le cortège en deux. Par petits groupes, des manifestants parviennent malgré tout à rejoindre la place de la Comédie sous une pluie battante.

Quelques minutes plus tard, plusieurs centaines de jeunes font face à la police, de part et d’autre de la fontaine des Trois Grâces. Au dernier étage d’un immeuble, un homme agite un drapeau noir. Un hélicoptère survole la place à basse altitude. La police fait ensuite usage de grenades assourdissantes pour disperser la foule, qui se fractionne en petits groupes. L’Écusson, lui, reste verrouillé par des cordons de CRS à l’entrée de chaque ruelle. Au moins une personne a été interpellée. Il pleuvait toujours.

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