Social
En Bref 19 janvier 2020

A Montpellier, Women’s March fête son anniversaire en dénonçant les violences sexuelles et sexistes

par Le Poing

Ce samedi 18 janvier, Women’s March Montpellier appelait à un rassemblement pour fêter ses 3 ans d’existence. L’association montpelliéraine fait partie d’un réseau mondial constitué après la première « Women’s March on Washington » en 2017 : une manifestation féministe massive en réaction à l’investiture du président Donald Trump aux Etats-Unis.  Pour cette occasion, les membres de l’association ont décidé d’organiser un nouveau « flashmob ».  Elles ont effectué, devant le parvis de l’Opéra de la Place de la Comédie, la chorégraphie du collectif chilien Las Tesis. Cette performance intitulée « un violador en tu camino » (« un violeur sur ton chemin » dans la version française ici présentée) a été créer pour dénoncer les agressions sexuelles de la part de policiers dans le cadre de la répression du mouvement de contestation sociale qui agite aujourd’hui le Chili depuis 3 mois. Reproduite aux quatre coins du monde, cette chanson accompagnée de sa chorégraphie sont aujourd’hui devenues un véritable hymne féministe international. Les montpelliéraines s’étaient déjà prêtées à l’exercice au mois de décembre, elles étaient cette fois ci au moins deux cents.

Face aux violences : résistance !

Si ces actions et mots d’ordres viennent de l’étranger, elles trouvent un écho évident dans le contexte national.L’année 2019 a été marquée par les meurtres de 150 femmes par leurs (ex)-conjoint, une hausse significative du nombre de féminicides qui mériterait un plan d’urgence. C’est aussi une mobilisation historique qui a marqué l’année avec le bond du 23 novembre où on a compté plus de 150 000 participant.e.s aux manifestations unitaires organisées dans tout le pays. La structure de Women’s March Montpellier se confond aujourd’hui avec celle de Nous Toutes 34, organisatrice de cette fameuse journée, qui bénéficie d’une grande visibilité et multiplie les actions symboliques à grande portée médiatique.

Les limites du modèle « global-local »

Les mots d’ordres contre les violences faites aux femmes traversent ainsi les frontières. Mais l’ancrage de ces mobilisations semble fragile. Si Women’s March ou Nous Toutes travaille effectivement avec les associations comme le Planning Familial ou le Refuge qui font un travail de terrain vital, leur place dans le mouvement social n’est pas claire. Lorsqu’on est habitué au rythme hebdomadaire des actes des gilets jaunes et à l’aspect quotidien du mouvement contre la réforme des retraites, les actions trimestrielles des féministes nous paraissent particulièrement éparses. Dans cet agenda bien carré d’actions préparées à la virgule près, on a du mal à trouver des espaces d’auto-organisation des femmes qui permettrait de construire une stratégie au-delà de celle de visibilité et communication,étape nécessaire mais non suffisante.

Appelée un samedi à 14h sur la Place de la Comédie, la performance de Women’s March a donc croisé le chemin des Gilets Jaunes qui étaient quelques centaines à se rejoindre au point de rendez-vous hebdomadaire. L’impression dominante fut celle de deux mondes totalement étrangers l’un à l’autre qui se retrouvent côte à côte l’espace d’un instant. Certains ignorent gentiment la présence d’un autre rassemblement, d’autres se permettent des petits commentaires désobligeants. Un petit groupe de gilets jaunes restera assister à l’intégralité de l’action de Women’s March. Lorsqu’ils entonneront « on est là ! » à la fin, leur chant, couvert par la sono de l’association féministe, ne sera pas repris par le reste du rassemblement.
Pourtant, quand on entend les féministes crier « c’est la police, la justice, l’Etat [responsables des violences] » on se dit que les deux parties auraient tout intérêt à se battre ensemble contre ces ennemis communs. .

Le mouvement continue toutefois de se développer et est rejoint par des femmes de plus en plus nombreuses et diverses. Le prochain moment clef aura lieu le dimanche 8 mars qui devrait faire l’objet d’une mobilisation inter-orga du même type que celle du 23 novembre. Pour cette journée internationale des droits des femmes, Nous Toutes 34 appelle à une « marche des fiertés féministes » au départ de Place de l’Europe à midi.



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