Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendu des ateliers de femmes camps Al-Israa et Al-Durra 16/10

16 octobre 2026
Atelier de soutien psychologique camp d'Al- Israa crédit photo UJFP

25 femmes du camp d’Al-Israa, à l’ouest de Gaza, partagent leurs inquiétudes et recherchent un espace sûr pour parler et alléger leurs souffrances psychologiques vers l’équilibre et l’apaisement. Récits de femmes en quête de sécurité au cœur du déplacement à Gaza

« Comment rassurer mes enfants alors que moi-même, je ne sais pas ce qui se passera demain ? » Cette question résume, dans les mots d’une femme déplacée, une part de la souffrance que vivent de nombreuses femmes dans la bande de Gaza. Dans les camps de déplacés, une femme ne sait pas quand elle pourra réellement se reposer. Elle peut s’asseoir un moment après des heures de travail pour répondre aux besoins de sa famille, mais ses pensées restent occupées par ce qui l’attend le lendemain. Elle peut essayer de dormir, tandis qu’une partie d’elle demeure en alerte au moindre bruit soudain. Entre la peur pour ses enfants et l’inquiétude pour l’avenir de sa famille, elle se voit demander de tenir bon alors qu’elle a, elle aussi, besoin d’être rassurée. Cette souffrance s’alourdit avec les frappes répétées et le sentiment d’insécurité qu’elles laissent, avec les difficultés de la vie sous les tentes, le manque d’intimité et l’accumulation des besoins quotidiens. Dans cette réalité, une femme peut cacher sa fatigue pour ne pas accroître l’inquiétude de ses enfants, remettre à plus tard l’expression de ses peurs pour ne pas peser sur les autres et continuer à assumer ses responsabilités comme si elle disposait toujours de suffisamment de force. Pourtant, ce qui reste invisible peut être le plus épuisant : une peur contenue, des pensées incessantes, des questions sans réponse et un besoin humain tout simple, celui de trouver quelqu’un qui l’écoute sans la juger ni lui demander d’être plus forte.

25 femmes déplacées se sont réunies dans le camp d’Al-Israa, à l’ouest de la ville de Gaza, lors d’une séance intitulée Vers l’équilibre et l’apaisement pour les femmes dans le camp de déplacés, organisée par l’ UJFP. Cette séance visait à renforcer la paix intérieure et à atténuer l’angoisse et l’épuisement psychique, grâce à des activités de respiration, de relaxation et d’expression émotionnelle, en offrant un espace bienveillant propice au rétablissement collectif.

Dans la vie d’une femme déplacée, les sentiments de la mère se mêlent aux inquiétudes de la personne qui cherche à se sentir en sécurité. Lorsque les enfants entendent un bruit effrayant, ils peuvent se tourner vers leur mère pour obtenir une réponse. Lorsqu’ils l’interrogent sur l’avenir, elle se retrouve face à des questions auxquelles elle n’a pas de réponse claire. Elle essaie de choisir ses mots avec soin, d’atténuer leur inquiétude et de préserver chez eux le sentiment que quelqu’un les protège. Mais elle peut ensuite se retrouver seule avec le poids de ce qu’elle n’a pas pu dire et avec une peur qu’elle n’a ni le temps ni l’espace approprié pour exprimer. L’une des participantes déclare :« Le plus difficile, c’est de voir la peur dans les yeux de mes enfants et de ne pas savoir quoi leur dire. J’essaie de les rassurer et de leur dire que tout ira bien, mais au fond, j’ai peur comme eux. Parfois, j’ai besoin que quelqu’un me rassure, moi aussi, parce que je suis fatiguée d’essayer de paraître forte tout le temps. » Ces mots révèlent une partie du poids psychologique que portent de nombreuses mères dans les conditions du déplacement.

Pendant la séance, l’animatrice donne aux participantes la possibilité de parler de ces émotions et souligne que la peur ne diminue pas la force d’une femme et que reconnaître sa fatigue ne constitue pas un manquement envers sa famille. Il n’est pas demandé à une mère d’avoir une réponse à chaque question ni de pouvoir dissiper toutes les peurs de ses enfants alors qu’elle vit elle-même dans des conditions instables.

L’animatrice dit :« Vous aussi, vous avez besoin que quelqu’un vous écoute et vous rassure. Aucune de vous n’est obligée d’être forte à chaque instant. Chaque femme a le droit de parler de sa peur et de sa fatigue sans se sentir coupable. »

La discussion devient une tentative de comprendre les expériences et de respecter leurs différences. Une femme qui parle de sa peur n’a pas besoin que quelqu’un la minimise, mais qu’on l’écoute avec attention et qu’on lui permette de dire ce qu’elle ressent sans interruption ni reproche.

Une autre participante évoque :« Depuis notre déplacement, je pense aux besoins de mes enfants, à ce qui nous manque et à ce que nous ferons le lendemain. Même lorsque je m’assieds un peu, je n’ai pas l’impression de me reposer ; ma tête reste pleine de pensées. Parfois, je me sens épuisée, mais je continue parce que tant de choses m’attendent. »

Une femme peut avoir l’impression de ne plus disposer de suffisamment d’espace pour penser à elle-même, parce que les exigences de la vie quotidienne l’obligent à continuer. Mais prendre soin de soi ne devrait pas devenir une responsabilité supplémentaire imposée à la femme ni une injonction à trouver le calme au milieu de conditions qui ne lui donnent pas suffisamment de raisons de se sentir en sécurité. C’est pourquoi la séance offre un espace pour réfléchir aux besoins personnels qui passent souvent après les responsabilités familiales. Prendre soin de soi ne signifie pas s’éloigner de sa famille ou renoncer à ses responsabilités. Cela signifie reconnaître que la femme a, elle aussi, des besoins qui méritent de l’attention. Tout comme ses enfants ont besoin de soins, sa santé psychologique et physique mérite également d’être préservée.

L’un des éléments les plus éprouvants sur le plan psychique dans les conditions du déplacement est l’impossibilité de prévoir ce qui va se passer. Une femme s’interroge sur le lieu où sa famille pourra vivre, sur les besoins de ses enfants, sur sa capacité à leur fournir le nécessaire et sur la durée pendant laquelle leur vie restera ainsi. Elle peut essayer d’organiser sa journée, réfléchir à ses démarches, mais elle se retrouve face à une réalité dont elle ne maîtrise pas de nombreux aspects.

Une participante déclare ;« Ce qui me fatigue le plus, c’est de ne pas savoir ce qui nous attend. J’essaie de penser à demain et d’organiser la vie de ma famille, mais je ne sais pas si les circonstances nous le permettront. Je voudrais simplement sentir qu’il existe quelque chose de stable sur lequel je peux compter et vivre une journée sans penser sans cesse à tout ce qui pourrait arriver. » La peur de l’inconnu n’est pas une pensée passagère dont on peut se débarrasser simplement en pensant positivement. L’animatrice aide les femmes à distinguer ce qu’elles peuvent faire dans l’instant présent de ce qui échappe à leur contrôle. Permettre qu’elle dispose des ressources et du soutien nécessaires pour faire face à ce qu’elle traverse, sans nier ses besoins de protection, de sécurité et de services essentiels.

Lorsque les femmes parlent de leurs expériences, ce dont elles ont le plus besoin peut être d’être écoutées jusqu’au bout, sans interruption, sans précipitation à donner des conseils et sans tentative de les convaincre que ce qu’elles ressentent ne mérite pas autant d’inquiétude. Bien souvent, lorsqu’une femme exprime sa peur ou son épuisement, elle entend des conseils lui demandant de patienter, de s’endurcir ou de penser à celles et ceux qui vivent une situation pire que la sienne.

Dans la séance de soutien psychologique, l’animatrice permet à chaque participante de choisir ce dont elle souhaite parler et souligne qu’aucune femme n’est tenue de revenir sur une expérience douloureuse si elle n’y est pas prête. Le silence ne diminue pas non plus l’importance de sa présence. Elle explique qu’écouter signifie respecter ce que dit la personne qui a vécu l’expérience, reconnaître que ses émotions sont réelles et ne pas transformer son récit en occasion de la blâmer.

L’animatrice dit : « Chacune de vous connaît son expérience et ce qu’elle a traversé. Nous n’avons pas besoin de comparer les souffrances ni de porter des jugements. Nous pouvons nous écouter, respecter nos émotions et donner à chaque femme le droit de parler ou de garder le silence, selon ce qui lui convient. »

L’essentiel est que les femmes comprennent que parler de la peur ne signifie pas s’y abandonner et demander du soutien ne diminue pas leur capacité à affronter les difficultés. L’animatrice veille à rappeler que le respect de la confidentialité fait partie de la construction de la confiance.

Après ce temps de parole et d’expression des émotions, la séance se poursuit par des exercices pratiques de relaxation et de respiration. Ils permettent aux participantes de découvrir l’un des moyens auxquels elles pourraient recourir lorsqu’elles sentent la tension augmenter.

L’animatrice dit :« Nous n’avons pas besoin de tout changer maintenant. Prenez un moment pour vous et observez calmement votre respiration. Vous n’êtes pas obligées de faire disparaître toutes vos pensées ni de vous sentir immédiatement à l’aise. Essayez ce qui vous convient et arrêtez si vous ressentez le moindre inconfort. »

L’exercice de respiration est un outil de soutien qu’elles peuvent essayer lorsqu’elles se sentent tendues, parmi d’autres moyens tels que parler à une personne de confiance, demander de l’aide ou recourir à des services spécialisés de soutien psychologique lorsque cela est nécessaire.

L’animatrice invite les participantes à choisir, si elles le souhaitent, un mot décrivant ce qu’elles ressentent à cet instant. Ce mot peut être la peur, l’épuisement, la tristesse, l’espoir ou le besoin de repos. Elle pose ensuite une question : qu’aimeriez-vous vous accorder ces jours-ci, même s’il ne s’agit que de quelques minutes ?

L’une des participantes déclare :« Je pensais que je devais continuer à tout faire sans m’arrêter et que penser à moi pouvait attendre. J’ai compris que lorsque j’arrive à l’épuisement, tout devient plus difficile. J’ai besoin d’apprendre à demander de l’aide, même pour des choses simples. »

La séance insiste sur le fait que prendre soin de soi n’est ni une recette unique adaptée à toutes ni une épreuve que les femmes devraient réussir. Il s’agit d’un ensemble de possibilités déterminées par la situation, les capacités et les besoins de chacune, qui s’inscrit dans un dispositif plus large devant inclure la protection, le soutien social et psychologique et les services essentiels.

Dans les rencontres collectives, écouter une autre femme n’efface pas l’expérience propre à chaque participante, mais peut l’aider à sentir qu’elle n’est pas la seule à affronter des questions difficiles ou à traverser des journées éprouvantes.

La liberté de participer et le respect de la confidentialité demeurent donc essentiels. Aucune femme n’est contrainte de raconter une expérience douloureuse ni de révéler des détails dont elle ne souhaite pas parler. Les récits personnels ne doivent pas non plus être traités comme des objets de curiosité, mais comme des expériences humaines qui méritent le respect.

Au cours de la séance, une idée essentielle se précise : la paix intérieure ne signifie ni la disparition de toutes les peurs ni la capacité d’une femme à contrôler les circonstances qui l’entourent. L’équilibre psychologique consiste à reconnaître ses émotions, à trouver des moyens d’atténuer certains effets du stress et à savoir quand on a besoin de repos, de soutien ou d’une aide spécialisée. Il consiste aussi à faire preuve de davantage de compréhension envers soi-même, plutôt qu’à ajouter à sa souffrance un sentiment de culpabilité parce que l’on a peur ou que l’on est épuisée. Offrir aux femmes un espace sûr pour parler de leur souffrance représente donc un aspect du soutien, mais ne constitue pas l’aboutissement du parcours. L’écoute est importante et les exercices psychologiques peuvent être utiles, mais ils ne dispensent pas de répondre aux besoins qui rendent la vie quotidienne difficile et instable.

L’importance de ces rencontres organisées par l’UJFP réside dans l’ouverture d’un espace où une femme peut parler de son expérience sans se sentir obligée de cacher sa souffrance ou de justifier ses émotions. Elles lui offrent aussi la possibilité de nouer des liens avec d’autres femmes et de découvrir différentes façons de faire face aux pressions quotidiennes. Parallèlement, la responsabilité de la cohésion familiale ou communautaire ne doit pas reposer sur la femme seule. Sa santé psychologique est un droit en soi, et non simplement un moyen de lui permettre de continuer à prendre soin des autres. Elle a le droit de recevoir du soutien parce qu’elle est une personne qui traverse des conditions difficiles, indépendamment des rôles qu’elle assume au sein de sa famille.

Derrière chaque femme déplacée se trouve une histoire que les chiffres ne peuvent résumer : l’histoire d’un lieu qu’elle a quitté, d’une vie qui a changé, d’enfants qu’elle tente de protéger ou d’un avenir qu’elle ne sait plus comment envisager. Certaines femmes peuvent choisir de partager les détails de leur expérience, tandis que d’autres préfèrent les garder pour elles. Dans les deux cas, le respect de leurs souhaits et de leur intimité fait partie intégrante de tout soutien véritable.

Dans le camp d’Al-Israa, à l’ouest de Gaza, les femmes ne cherchent donc pas une recette qui effacerait tout ce qu’elles vivent, mais un espace où elles puissent dire qu’elles ont peur et qu’elles sont fatiguées, où quelqu’un les écoute avec respect et les aide à retrouver un peu d’équilibre, sans leur demander de nier leur souffrance ni d’affronter seules l’inconnu.

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Partenariat et résistance : un atelier de soutien psychologique pour 20 femmes déplacées du camp d’Al-Durra à l’ouest de Deir al-Balah. Quand celle qui rassure les autres a, elle aussi, besoin d’être rassurée. Echange sur le soutien mutuel et la complémentarité familiale face aux pressions du déplacement

Certaines femmes savent mieux dissimuler leur peur qu’en parler. Elles sourient à leurs enfants alors que leur cœur tremble, cherchent des mots pour rassurer leur mari alors que ces mêmes mots ne parviennent pas à dissiper leurs propres inquiétudes, puis continuent à gérer les affaires familiales comme si rien ne pesait sur leur âme. Mais que se passe-t-il lorsque tous ces rôles s’achèvent et qu’il ne reste, sous la tente, qu’une femme épuisée par l’angoisse, qui a elle aussi besoin que quelqu’un lui demande : « Comment vas-tu, vraiment ? » Dans les camps de déplacés de la bande de Gaza, les peurs ne naissent pas toujours d’un événement majeur. Elles peuvent être réveillées par le bruit des frappes répétées, amplifiées par l’inquiétude pour les enfants ou ravivées par l’impossibilité de répondre aux besoins de la famille. Entre la peur pour ceux qu’elle aime et le souci d’empêcher ses proches de s’effondrer, la femme se retrouve prise entre des émotions qu’elle ne peut ignorer et des responsabilités auxquelles elle n’a pas le loisir de renoncer.

Dans le camp d’Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, où 20 femmes déplacées se réunissent dans un atelier interactif organisé par l’équipe de l’UJFP, Partenariat et résistance : le rôle de la femme dans le soutien à l’homme dans les camps de déplacés, afin de renforcer la complémentarité familiale dans le contexte du déplacement.

Cette rencontre ne se limite pas à discuter de la manière dont une femme peut soutenir son mari face aux pressions de la vie. Elle ouvre aussi la voie à une question plus profonde : qui soutient la femme lorsqu’elle épuise ses forces à soutenir les autres ?

Lors de telles rencontres, leur premier besoin est de trouver une personne qui les écoute sincèrement et leur laisse la possibilité d’exprimer leurs peurs sans interruption ni jugement préalable. Dans cet atelier, l’espace consacré à l’écoute prend une importance particulière.

L’animatrice ouvre la discussion par une question qui rejoint le quotidien des participantes : « Lorsque votre mari revient fatigué ou silencieux, accablé par les soucis liés aux conditions de vie et au déplacement, comment réagissez-vous avec lui ? Et vous aussi, trouvez-vous quelqu’un qui vous interroge sur votre fatigue et vous donne la possibilité de parler de ce qui vous pèse sur le cœur ? »

Cette question n’appelle pas une réponse unique, car chaque femme a son expérience et chaque famille vit des circonstances différentes. L’une peut évoquer ses tentatives pour apaiser son mari lorsque son inquiétude s’intensifie, tandis qu’une autre revient sur des situations où elle a senti que les responsabilités dépassaient sa capacité à les supporter. Le déplacement met à l’épreuve la capacité d’adaptation de toute la famille, et préserver sa cohésion exige une compréhension mutuelle qui dépasse la répartition des rôles et des tâches quotidiennes.

On peut entendre des mots sans percevoir la peur ou la tristesse qu’ils dissimulent. Dans le contexte du déplacement, un petit désaccord peut provoquer une tension disproportionnée, pas nécessairement parce que le problème est complexe, mais parce que chacun vit sous une pression permanente. Un espace réduit partagé par tous les membres de la famille, des ressources insuffisantes pour répondre à l’ensemble des besoins, des enfants qui demandent des soins et de l’attention, ainsi que des inquiétudes quotidiennes concernant la nourriture, l’abri et la sécurité : autant de facteurs qui mettent les nerfs à rude épreuve et laissent moins de place à la patience et à la compréhension.

Que se passe-t-il lorsque le mari revient accablé de soucis et choisit de se taire ou se montre facilement irritable ? Comment une femme peut-elle exprimer ses besoins sans que la conversation se transforme en confrontation ? Et que peut faire la famille lorsque les responsabilités s’accumulent et que chacun estime porter la plus grande part du fardeau ? L’animatrice encourage les participantes à distinguer la compréhension des pressions vécues de la justification des comportements préjudiciables. Faire preuve d’empathie envers la fatigue de l’autre ne signifie pas effacer ses propres besoins, de même que la préservation de la famille ne devrait pas reposer sur les seules épaules de la femme. Le partenariat commence par la reconnaissance des limites et des capacités de chacun des deux conjoints. Répartir les responsabilités et parler clairement de ses besoins peuvent contribuer à réduire les malentendus. Ainsi, plutôt que d’attendre que les autres remarquent sa fatigue, une femme peut l’exprimer clairement et calmement. Et plutôt que d’interpréter ses demandes comme des reproches, son mari peut l’écouter et chercher à comprendre ce dont elle a besoin.

L’animatrice souligne que les mots choisis dans les moments de tension peuvent faire une grande différence. La notion de partenariat cesse d’être une idée générale pour devenir une pratique quotidienne qui commence par de petits gestes : une question sincère sur l’état de l’autre, le partage d’une tâche éprouvante, le respect des moments de fatigue et un accord pour reporter la discussion lorsque la colère est à son comble.

L’animatrice invite les femmes à s’installer confortablement, à relâcher leurs épaules et à s’accorder quelques instants de calme, loin de la liste des tâches qui les attendent à l’extérieur du lieu de rencontre. Elle les guide ensuite pour qu’elles respirent naturellement et lentement, en portant leur attention sur le mouvement de leur respiration et sur leurs sensations corporelles.« Nous ne sommes pas obligées de résoudre tous nos problèmes à cet instant. Nous pouvons nous accorder un peu de temps pour nous apaiser et apprendre à gérer le stress, étape par étape. Chacune de nous a le droit de se reposer un peu et de reconnaître sa fatigue sans se sentir coupable. »

Grâce à ces indications, chaque participante peut expérimenter l’exercice de la manière qui lui convient. L’une peut trouver dans la régulation de sa respiration un moyen d’atténuer son stress, tandis qu’une autre préfère se concentrer sur les objets qui l’entourent ou bouger doucement ses mains et ses pieds pour retrouver un ancrage dans le moment présent.

Quand les femmes prennent la parole… Les récits se croisent et les expériences diffèrent

Tous les récits ne sont pas faciles à évoquer, et chaque femme n’a pas besoin de raconter en détail ce qu’elle a vécu pour prendre part à l’atelier. Il est donc essentiel que la participation reste volontaire et que le droit de chaque femme au silence soit respecté au même titre que son droit à la parole. Dans un tel espace, une femme peut découvrir que ce qu’elle croyait être une expérience qui lui était propre rejoint également les sentiments d’autres femmes. Une autre peut trouver, dans les paroles d’une participante, une idée nouvelle qui l’aide à exprimer ses besoins ou à faire face à un conflit récurrent au sein de sa famille.

L’une des participantes déclare : « Bien des jours, je suis absorbée par mes enfants et les besoins du foyer, et j’essaie de paraître forte devant tout le monde. Mais moi aussi, j’ai besoin de quelqu’un qui m’écoute. Parfois, le simple fait de pouvoir parler sans être interrompue ni blâmée me donne le sentiment de ne pas être seule face à toute cette fatigue. »

Une autre participante ajoute : « Nous vivons tous des conditions difficiles et chacun porte des soucis qui ne se lisent pas toujours sur son visage. Lorsque nous essayons de nous comprendre au lieu de nous faire des reproches, nous avons davantage de chances de surmonter le problème ensemble. Mais il est aussi important de parler de notre propre fatigue et de ne pas oublier que la femme a besoin de soutien tout autant que l’homme. »

Permettre à la famille de trouver un fonctionnement dans lequel les deux partenaires se soutiennent, partagent les responsabilités et reconnaissent réciproquement leur droit d’exprimer leurs émotions et leurs besoins. Soutenir l’homme ne signifie pas que la femme doit tout supporter

Un véritable soutien repose sur la réciprocité. Un homme peut avoir besoin d’une parole bienveillante après une journée alourdie par les soucis, et une femme peut avoir besoin que quelqu’un partage avec elle la prise en charge des enfants ou écoute ses inquiétudes. Tous deux peuvent aussi avoir besoin d’un peu de temps pour retrouver leur calme ou de parler franchement des charges qui dépassent désormais leurs capacités. Comprendre les pressions psychologiques ne signifie pas non plus accepter les humiliations ou la violence. Chaque personne a droit à la sécurité et à la dignité. Solliciter une aide spécialisée ou faire appel à un organisme de confiance peut devenir nécessaire lorsque les problèmes dépassent la capacité de la famille à les gérer seule.

Dans le contexte du déplacement la famille n’affronte pas ses difficultés dans des conditions ordinaires. Elle tente de préserver son équilibre malgré la perte d’intimité, la pénurie de ressources et la répétition des peurs. Construire une relation fondée sur le respect et la compréhension ne supprime donc pas les causes de la souffrance, mais peut aider les membres de la famille à en affronter certains effets de manière plus coopérative.

L’une peut choisir de consacrer quelques minutes à une conversation calme avec son mari, en dehors des désaccords quotidiens, tandis qu’une autre décide d’exprimer clairement son besoin de repos ou d’aide. Une troisième peut choisir d’écouter son mari sans se précipiter pour proposer des solutions, tout en s’accordant le même droit de parler et d’être écoutée.

L’animatrice souligne que le changement ne se produit pas nécessairement en un jour, que le dialogue peut parfois se heurter à des difficultés et que les pressions peuvent de nouveau s’imposer dans le quotidien. Mais continuer à essayer, savoir présenter des excuses et rouvrir le dialogue après un désaccord sont autant de démarches qui peuvent aider à construire une relation plus compréhensive et plus coopérative.

Dans le camp d’Al-Durra, les questions que la vie pose aux femmes ne disparaissent pas à la fin de l’atelier, et les responsabilités ne s’arrêtent pas lorsqu’elles quittent le lieu de rencontre. Chaque participante retrouvera son quotidien, sa famille et ses besoins, ainsi que les conditions auxquelles elle tente de s’adapter. Mais la valeur de cette rencontre tient à la possibilité qu’elle offre aux participantes de s’arrêter un instant, de regarder leurs relations familiales sous un autre angle et de réfléchir au fait que le soutien ne se mesure pas au nombre de charges qu’une seule personne peut porter. Il se mesure à la capacité des membres de la famille à les partager sans qu’aucun ne perde son droit au repos et à l’expression de ses émotions.

À travers cet atelier, l’UJFP cherche à contribuer à la sensibilisation à l’importance du soutien psychologique et de la complémentarité familiale dans le contexte du déplacement. Dans un lieu où les espaces matériels se rétrécissent et où les soucis s’accumulent, offrir un espace sûr pour parler peut constituer une démarche d’une réelle valeur : un espace qui ne promet pas aux femmes la disparition de la souffrance, mais leur donne la possibilité de l’exprimer, de la comprendre et de chercher ensemble des moyens d’y faire face.

Ce n’est pas la force d’un seul partenaire qui protège la famille, mais le respect mutuel, l’écoute sincère, le partage des responsabilités et la conviction que chacun de ses membres a le droit de trouver quelqu’un pour le soutenir lorsque la vie devient trop lourde à porter.

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