Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendu Hebdomadaire des ateliers de soutien pour les femmes 8 et 9 Août
9 août 2026Les droits des femmes pendant le déplacement
Un atelier pour 20 femmes du camp d’Al-Durra – ouest de Deir al-Balah – région centrale.
Au cœur du camp d’Al-Durra, où les détails de la vie quotidienne se mêlent au lourd fardeau du déplacement, vingt femmes se sont réunies dans un petit espace qui, cette fois-ci, portait une signification différente de la sécurité. La rencontre a commencé par une question simple qui a ouvert la voie à une vaste discussion : que reste-t-il des droits d’une femme lorsqu’elle perd son foyer et vit sous une tente ?
Certaines femmes pensaient que parler de droits en temps de guerre était une question à remettre à plus tard, et que la seule priorité devenait l’accès à l’eau, à la nourriture et à un endroit sûr où dormir. Mais la dignité, la protection et l’accès équitable aux services ne sont pas des considérations secondaires, mais des droits fondamentaux que les crises n’annulent pas. L’animatrice s’est attachée à rapprocher les concepts juridiques et humanitaires de la réalité quotidienne des femmes. Les participantes ont discuté du droit des femmes à être protégées contre la violence et l’exploitation, ainsi que de leur droit à bénéficier des services essentiels sans discrimination dans la dignité.
L’accent a également été mis sur leur droit d’accéder aux informations concernant les aides, les services, les mécanismes de plainte et les moyens de contacter les organismes compétents en matière de protection.
L’une des participantes a parlé de son sentiment d’impuissance lorsqu’elle avait besoin d’un service particulier sans savoir à quel organisme s’adresser ni de quelle manière revendiquer son droit.
À partir de cette expérience, les participantes ont abordé l’importance de rendre les informations claires et accessibles à toutes les femmes, notamment à celles qui ne disposent ni d’un réseau de soutien ni d’une connaissance préalable des services disponibles. Les femmes ont discuté de la manière dont elles peuvent se soutenir mutuellement lorsqu’un problème survient, partager des informations fiables ou orienter une personne ayant besoin d’un service vers l’organisme approprié.
Les participantes ont proposé de créer des liens simples entre les femmes vivant dans une même zone, afin qu’aucune femme ne reste seule face à un problème nécessitant intervention ou soutien.
La protection n’apparaissait plus comme relevant de la responsabilité d’une seule institution, mais comme une responsabilité commune qui commence par la prise de conscience et se développe grâce à la coopération. La discussion a également porté sur la présence des femmes dans les décisions quotidiennes au sein du camp, en particulier celles liées à l’organisation des services et à la définition des besoins et des priorités. Certaines femmes ont donné des exemples de décisions prises précédemment sans les consulter, alors même que les conséquences de ces décisions avaient eu un impact direct sur leur vie dans le camp. La connaissance des mécanismes d’orientation et de protection aide une femme à entreprendre la démarche appropriée lorsqu’elle fait face à un danger ou à une violation, ou lorsqu’elle a besoin d’un soutien spécialisé.
L’un des principaux axes de la discussion concernait la manière de protéger les filles dans un contexte de déplacement, compte tenu du manque d’espace, de l’absence d’intimité et des changements dans le rythme quotidien de la famille. Le dialogue a insisté sur l’importance d’écouter les filles, de respecter leurs inquiétudes et de les encourager à signaler toute situation qui leur donne un sentiment d’insécurité. Une véritable protection commence par la confiance, car une fille qui se sent écoutée est davantage en mesure de demander de l’aide au moment opportun.
L’animatrice a abordé ces questions comme faisant partie de la réalité du déplacement, en reliant chacune d’elles à un droit clairement identifié que la femme peut connaître et défendre. Le chemin menant au point d’eau, à la file d’attente pour recevoir une aide, à la tente, aux installations sanitaires et aux espaces d’attente.
L’une des participantes a expliqué comment sa voisine l’avait aidée à accéder à un organisme fournissant un service de protection, ce qui a ouvert une discussion sur l’importance du soutien entre femmes en période de crise. Une autre a indiqué que de nombreuses femmes ne demandaient pas d’aide parce qu’elles craignaient le regard de la société ou pensaient que leurs problèmes n’étaient pas suffisamment importants.
À travers chaque récit, une image commune devenait plus claire : le déplacement change le lieu de vie, mais il ne doit pas priver les femmes de leur droit à la sécurité, au respect et à la participation.
L’animatrice s’est également arrêtée sur la notion de dignité, considérée comme un fondement reliant les différents droits, l’aide humanitaire doit être accessible de manière équitable et le besoin d’une femme ne doit pas l’exposer à des pressions, à l’exploitation ou au chantage. Les participantes ont pris conscience de l’importance de signaler tout comportement suspect ou dépassant les limites acceptables, en recourant à des voies sûres et fiables chaque fois que cela est possible. La discussion s’est élargie pour inclure les femmes les plus vulnérables, notamment celles qui vivent sans un solide réseau familial. La connaissance des organismes disponibles, l’échange d’informations exactes, le refus de garder le silence face aux violations et la participation aux discussions ont un impact sur la vie des femmes. Chaque femme qui découvre un nouveau droit peut ainsi devenir une source de soutien pour une autre, et chaque information correcte peut contribuer à prévenir une situation préjudiciable ou faciliter l’accès à un service indispensable.
Dans la partie consacrée au leadership, une discussion a porté sur l’image traditionnelle qui limite le rôle des femmes à recevoir les décisions plutôt qu’à participer à leur élaboration. Les participantes ont rejeté cette image en s’appuyant sur leur réalité quotidienne : elles gèrent les affaires familiales, suivent les besoins des enfants, recherchent des services et affrontent des crises permanentes.
À partir de cette réalité est apparue l’idée que le leadership n’est pas uniquement une fonction officielle, mais également la capacité de prendre des initiatives, d’organiser les besoins et de défendre l’intérêt général. Certaines participantes ont exprimé leur besoin de davantage de rencontres leur apportant des outils pratiques en matière de communication, d’expression et de revendication organisée de leurs droits.
À un moment de la discussion, une participante a déclaré que la guerre lui avait donné le sentiment que tout pouvait disparaître en un instant, y compris le sentiment même d’avoir des droits.
Elle a ajouté que la séance lui avait rappelé : « les circonstances difficiles n’annulent ni l’humanité des femmes ni leur droit à être traitées avec respect. » Une autre : « Nous pensions que la guerre faisait disparaître tous les droits avec elle et que réfléchir à ces droits était une forme de luxe. »
Elle a poursuivi : « Aujourd’hui, nous avons compris que connaître nos droits est la première étape pour préserver notre dignité et notre force à l’intérieur de la tente. »
Une femme n’a pas seulement besoin de ce qui lui permet de rester en vie ; elle a également besoin de protection, de respect et de la capacité de prendre des décisions concernant sa propre vie et celle de sa famille. Savoir quand dire non, quand demander de l’aide et quand défendre son droit ainsi que celui de ses filles d’une manière sûre.
À la fin du dialogue, l’animatrice a demandé à chaque participante de mentionner une idée qu’elle retiendrait de la séance et qu’elle tenterait d’appliquer ou de partager avec une autre femme. Les réponses ont été le refus du silence, la connaissance des organismes de soutien, la coopération entre femmes et leur attachement à leur droit de participer et d’être respectées.
L’une des femmes a déclaré qu’elle parlerait avec ses voisines de l’importance de partager des informations fiables plutôt que de dépendre des rumeurs qui circulent rapidement dans le camp.
Une autre a affirmé qu’elle encouragerait ses filles à lui parler ouvertement lorsqu’elles ressentent de la peur ou de l’insécurité, au lieu de garder le problème pour elles-mêmes. Une troisième participante a déclaré qu’elle se sentait désormais davantage prête à exprimer les besoins de sa famille lors des réunions communautaires, plutôt que de se contenter d’écouter. Les femmes sont ainsi reparties avec une conscience accrue du fait que les droits ne dépendent pas de l’existence d’un logement permanent ou d’une vie stable, mais accompagnent chaque être humain où qu’il se trouve. Les besoins des femmes pendant le déplacement ne devraient pas être pris en compte uniquement lorsqu’un problème survient, mais devraient faire partie intégrante de la planification quotidienne des services et des mesures de protection.

Dans le camp d’Al-Durra, vingt femmes ont créé, au cours de cette rencontre, un petit espace de connaissance au milieu d’une réalité marquée par la pression et l’incertitude. Une femme consciente de ses droits est davantage capable de se protéger, davantage disposée à soutenir les autres et davantage présente dans les décisions qui façonnent les détails de la vie quotidienne. La phrase qui s’est répétée sous différentes formes parmi les participantes est restée celle qui résume le mieux l’esprit de la séance : les droits ne s’arrêtent pas à l’entrée de la tente. Ils commencent au contraire à l’intérieur de celle-ci, dans le sentiment qu’a la femme de sa propre valeur, dans sa capacité à prendre la parole et dans sa connaissance du chemin à suivre lorsqu’elle a besoin de soutien ou de protection. En temps de guerre, la connaissance n’est pas un luxe, mais un outil de protection, une source de force et un droit qui ne disparaît pas avec le déplacement.
https://drive.google.com/drive/folders/1VEXuOxzP-SISO7PJIozrrk57fSPgA-7N
Les femmes face aux pressions : une force communautaire
Dans le camp Al-Israa, à l’ouest de Gaza, où la guerre a redessiné les moindres détails de la vie quotidienne, vingt femmes se sont réunies pour un atelier animé par L’UJFP intitulé Renforcement de la résistance psychologique et gestion du stress chez les femmes
Le dialogue a commencé par une question directe sur ce qui épuise le plus les femmes dans leur vie quotidienne. Les réponses ont alors reflété une réalité complexe, marquée par l’anxiété, les responsabilités et l’incertitude. Certaines participantes ont parlé de l’épuisement lié au suivi constant des besoins des enfants, tandis que d’autres ont évoqué le poids des décisions quotidiennes dans un contexte de pénurie de ressources. Il est clairement apparu que les pressions ne constituaient plus un événement passager, mais qu’elles étaient devenues une composante permanente de la vie des femmes dans un contexte de déplacement.
Les participantes ont discuté de la manière dont une femme peut préserver sa capacité à réfléchir et à prendre des décisions, même lorsque les circonstances extérieures sont instables. La séance a également abordé la relation entre le stress continu et la manière dont une personne réagit à des situations simples au sein de la famille et de la communauté. La régulation de ses réactions devient donc un élément essentiel de la protection de soi-même et des relations avec son entourage.
Les participantes se sont exercées à des techniques destinées à les aider à apaiser les tensions et à retrouver un certain niveau de concentration dans les moments difficiles. Ces exercices comprenaient des méthodes de respiration consciente, d’organisation des pensées, d’expression sécurisée des émotions et de définition des priorités lorsque les responsabilités s’accumulent.
Sur le plan politique et communautaire, la séance a souligné que la protection de la santé mentale des femmes ne constitue pas une question individuelle détachée de la réalité du déplacement.
Lorsqu’une femme assume la responsabilité de sa famille sans recevoir un soutien suffisant, les pressions qu’elle subit à titre personnel deviennent une question qui affecte la structure même de la société. Soutenir psychologiquement les femmes constitue un investissement dans la stabilité des familles et dans la capacité de la société à faire face aux crises.
Les participantes ont discuté de la manière dont la communauté locale peut contribuer à alléger les pressions au lieu de les accentuer par des jugements ou des attentes irréalistes. Cette discussion a permis de redéfinir la force comme étant la capacité de demander de l’aide lorsque cela est nécessaire, et non comme le fait de dissimuler ou d’ignorer son épuisement. La séance a également introduit l’idée selon laquelle la femme n’est pas seulement bénéficiaire de protection, mais également partenaire dans la construction de la stabilité au sein de la famille, du camp et de la communauté locale. Ainsi, lui fournir un soutien psychologique est directement lié à son droit de participer, de s’exprimer et de voir ses besoins entendus et pris au sérieux.
Les femmes ont été invitées à identifier les sources de force qui les avaient aidées à surmonter de précédentes étapes de leur déplacement. Les réponses ont été diverses : la conviction de pouvoir continuer, le soutien de la famille, l’entraide entre voisines et la capacité à trouver des solutions malgré les ressources limitées. Déplacer l’attention de la seule ampleur des pertes vers les ressources intérieures et sociales que les femmes possèdent encore.La femme n’est pas uniquement une personne déplacée, une personne affectée ou quelqu’un qui assume des charges quotidiennes, mais également une personne porteuse d’expérience, capable de décider, de s’adapter et de prendre des initiatives.
La séance a également abordé les effets du discours intérieur négatif, notamment lorsque la femme se sent incapable de répondre à tous les besoins de sa famille. L’accent a été mis sur l’importance de distinguer la responsabilité réelle du fait de se rendre responsable de choses qui dépassent ses capacités dans des circonstances sur lesquelles elle n’a aucun contrôle. Les participantes se sont entraînées à reformuler certaines pensées génératrices de pression de manière plus réaliste et équilibrée, sans pour autant ignorer la difficulté de la situation.
Dans le cadre du volet consacré au soutien collectif, la séance s’est transformée en un espace ouvert d’échange d’expériences. Les femmes ont parlé de l’importance de disposer d’une personne vers laquelle se tourner lorsque la pression devient plus forte que leur capacité à la supporter. La solidarité entre les femmes ne constitue pas simplement une relation sociale, mais qu’elle fait partie intégrante d’un réseau de protection communautaire en période de crise prolongée. Une femme qui écoute une autre femme, qui l’oriente vers un service approprié ou qui l’aide à organiser ses besoins contribue concrètement au renforcement de la communauté.
Il a été souligné que les émotions difficiles ont besoin d’un espace permettant de les reconnaître et de les réguler, plutôt que d’être réprimées jusqu’à se transformer en une tension permanente.
L’une des participantes a expliqué que la fatigue qu’elle ressentait n’était plus seulement physique, mais qu’elle était devenue un poids psychologique l’accompagnant dans tous les détails de sa journée. Elle a ajouté : « Aujourd’hui, j’ai appris comment me libérer de ce poids et gérer mes pressions afin de pouvoir continuer à rester forte et stable devant mes enfants. »
Une participante .a déclaré : « La résilience est une compétence, et je quitte cette séance avec le sentiment de disposer d’outils qui me rendent davantage capable d’affronter la dureté des jours. »
La séance a souligné que les politiques et les réponses humanitaires doivent considérer les femmes comme des partenaires dans la planification et le processus de relèvement. Elles doivent également intégrer le soutien psychosocial dans les services essentiels, plutôt que de le traiter comme un service secondaire qui pourrait être reporté.
Sur la gestion du stress, l’accent a été mis sur l’importance de diviser les grands problèmes en petites étapes pouvant être traitées progressivement. Cette approche a aidé les participantes à distinguer ce sur quoi elles peuvent exercer une influence de ce qui échappe à leur contrôle. Elle les a également encouragées à protéger leur énergie contre l’épuisement dans des domaines qu’elles ne peuvent pas modifier, et à la consacrer à des décisions quotidiennes plus réalistes.
À la fin de l’activité, chaque participante a été invitée à identifier un outil qu’elle commencerait à utiliser lorsqu’elle sentirait son niveau de stress augmenter. Ce changement de perception a constitué l’un des principaux résultats de la rencontre, puisqu’il renforce la capacité des femmes à demander du soutien avant que la pression n’atteigne des niveaux encore plus difficiles à gérer.
L’importance de construire une culture communautaire respectueuse des besoins psychologiques et qui ne réduise pas la force des femmes à leur seule capacité à supporter les difficultés.Les droits ne peuvent être pleinement garantis par la seule protection juridique, tout comme la résistance ne peut être complète sans sentiment de sécurité, capacité à participer, possibilité de prendre des décisions.
L’expérience du camp Al-Israa a montré que les femmes n’ont pas besoin d’un discours leur demandant de supporter davantage de difficultés, mais d’outils, d’espaces et d’un soutien qui reconnaissent le poids de ce qu’elles portent. Elle a également montré que l’investissement dans la santé mentale des femmes renforce la stabilité des familles et consolide la capacité collective d’adaptation aux circonstances changeantes.
En ce sens, la séance est passée du statut de simple espace de formation à celui d’un espace redonnant toute sa place à la femme en tant qu’élément essentiel de la protection de la famille et de la structure même de la résilience communautaire.
La rencontre s’est conclue par un message clair : soutenir les femmes sur le plan psychologique, c’est protéger l’être humain, renforcer la famille et investir directement dans la capacité de la société à affronter les crises et à continuer de vivre dans la dignité.
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