Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendus des ateliers de soutien psychologique pour les femmes

3 août 2026
Soutien psychologique dans le camp d'Al- Israa crédit photo ujfp Gaza

Les ateliers de soutien psychologique pour les femmes les 2 et 3 Août

Un sourire au cœur du déplacement

Dans le camp d’Al- Durra : persévérer la joie et l’espoir

Dans les camps de déplacement, les femmes tentent de préserver la cohésion de leur famille et de dissimuler leurs craintes, de ne pas transmettre leur anxiété à leurs enfants. La responsabilité devient encore plus lourde pour les mères dont les fils et les filles se préparent aux examens du baccalauréat. La tente, devenue à la fois un lieu pour dormir, cuisiner et recevoir les proches, s’est également transformée en salle d’étude, malgré l’absence de calme, d’électricité, de sièges et de moyens pédagogiques adaptés. Les mères continuent d’encourager leurs enfants, en essayant de protéger leurs rêves des conséquences de la guerre et du déplacement.

La séance intitulée Un sourire au cœur du déplacement : persévérer dans la joie et l’espoir , mise en œuvre par l’UJFP dans le camp d’Al-Durra, situé à l’ouest de la ville de Deir al-Balah, a accueilli 20 femmes, mères et déplacées, ayant des fils et des filles en classe de terminale préparant le baccalauréat. La rencontre a commencé par un dialogue ouvert sur la situation des élèves au sein du camp et sur les difficultés qu’ils rencontrent pendant leurs études. Les mères ont parlé de l’exiguïté des tentes, de l’absence d’éclairage, du bruit constant, de la peur des bombardements et de leur incapacité à fournir des livres et des fournitures scolaires. Elles ont également exprimé leur sentiment d’impuissance lorsqu’elles voient leurs enfants essayer d’étudier dans des conditions qui dépassent leurs capacités d’endurance.

La séance comprenait un ensemble d’activités interactives associant libération émotionnelle et création de moments de joie. Les femmes ont participé à un exercice leur permettant d’exprimer leurs craintes liées à l’avenir de leurs enfants, puis elles ont travaillé à transformer ces inquiétudes en messages positifs pouvant être adressés aux élèves pendant la période des examens. L’animatrice a également discuté avec les participantes de méthodes simples permettant de soutenir psychologiquement leurs enfants, notamment les écouter sans les réprimander, ne pas comparer leur niveau scolaire à celui des autres et éviter de leur rappeler constamment la difficulté des conditions de vie ou les résultats attendus aux examens. L’accent a été mis sur l’importance d’utiliser des paroles d’encouragement et de réconfort, d’accorder aux élèves de courtes périodes de repos et d’aménager, dans la mesure du possible, un espace d’étude à l’intérieur de la tente.

Au cours d’une autre activité, les mères ont notamment proposé que les familles voisines s’accordent sur des horaires précis pendant lesquels le bruit serait réduit, qu’elles partagent les moyens d’éclairage et les fournitures scolaires, et qu’elles aménagent des espaces communs où les élèves pourraient effectuer leurs révisions.

L’activité festive a eu un effet manifeste sur l’atmosphère de la rencontre. Chaque mère a écrit à son fils ou à sa fille un message de fierté et d’encouragement, dans lequel elle exprimait son appréciation pour les efforts accomplis afin de poursuivre les études malgré le déplacement. Les messages ne mettaient pas l’accent sur les notes ou les résultats, mais plutôt sur le courage des élèves et leur détermination à protéger leurs rêves.

Progressivement, la séance est passée d’un espace dominé par l’anxiété à un espace rempli d’espoir. L’une des participantes a décrit son expérience en ces termes :« Nous pensions que la guerre avait détruit toute possibilité de joie et que nos enfants avaient perdu leur avenir. Mais, au cours de la séance, nous avons compris que le fait qu’ils poursuivent leurs études à l’intérieur de la tente constitue déjà une véritable victoire. Nous avons appris comment rester à leurs côtés et les soutenir sans accroître leur peur ni leur stress. »

Une autre participante a ajouté : « La joie qui naît au cœur de la tente a une saveur particulière, car elle ressemble à cette vie que nous sommes déterminées à continuer de vivre. Je suis repartie aujourd’hui avec une grande énergie d’espoir. Je suis devenue davantage capable d’accueillir ma propre peur et celle de mes enfants, et de créer un moment de fierté avec les moyens les plus simples. »

Un esprit de solidarité s’est manifesté entre les participantes, notamment à travers leur volonté d’échanger les outils pédagogiques, de soutenir les élèves et de coopérer afin de créer des conditions favorables aux études au sein du camp. Elles ont quitté la séance en croyant davantage en leur capacité à préserver l’espoir et en comprenant que le soutien apporté à leurs enfants repose avant tout sur l’écoute, les paroles bienveillantes et l’expression de la fierté.

La séance a confirmé que la réussite des élèves du baccalauréat dans les conditions du déplacement ne se mesure pas uniquement à leurs résultats scolaires, mais également à leur capacité à rester attachés à l’éducation malgré la peur et les privations. Elle a également montré que les mères, malgré toutes les charges qu’elles portent, sont toujours capables de transformer la tente, d’un espace de pression et d’anxiété, en un espace d’encouragement, de résilience et de détermination à vivre.

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Ensemble vers la sérénité

Un atelier de soutien psychologique dans le camp d’Al-Israa, à l’ouest de Gaza

Au milieu de tentes éprouvées par les déplacements forcés, dans un lieu où les bruits de la vie quotidienne se mêlent aux sentiments de peur et d’anxiété permanentes, vingt femmes déplacées se sont réunies à la recherche d’un moment de calme leur permettant de reprendre leur souffle et de retrouver une part de l’équilibre psychologique perdu. l’ UJFP a organisé un atelier Ensemble vers la sérénité , dans le camp d’Al-Israa. L’atelier a réuni vingt femmes déplacées vivant dans le camp. L’atelier a été organisé en réponse à un besoin croissant de créer des espaces sûrs dans lesquels les femmes peuvent exprimer leurs sentiments, loin des lourdes responsabilités quotidiennes imposées par la réalité du déplacement. La séance leur a ainsi offert l’occasion de sortir temporairement du tourbillon des responsabilités et de se recentrer sur elles-mêmes, en considérant le soin de soi comme une composante essentielle de leur vie.

Les femmes se sont assises en cercle, ce qui leur a permis de se voir et d’écouter les différentes expériences. L’animatrice a demandé à chaque participante de choisir un mot décrivant son état psychologique à cet instant. Des mots tels que la peur, l’épuisement, la tension et la nostalgie ont été prononcés, aux côtés d’autres mots porteurs d’espoir, de patience et de volonté de continuer.

L’animatrice a ensuite proposé une série d’exercices de respiration consciente et d’apaisement personnel. Les participantes ont appris à ralentir et à réguler leur respiration, à détendre les muscles du visage et des épaules, et à se concentrer sur le mouvement de l’air entrant et sortant de leur corps.

La rencontre comprenait également un exercice de retour à l’instant présent par l’utilisation des sens. Les participantes ont été invitées à observer les objets présents autour d’elles, à écouter les sons proches, à toucher certains objets rassurants et à se concentrer sur les détails du lieu. Cette activité les a aidées à détourner leur attention, même temporairement, des souvenirs douloureux et des anticipations négatives. Elle leur a aussi fourni un outil concret à utiliser lorsqu’elles ressentent de la confusion ou l’impression de perdre le contrôle de leurs pensées. L’animatrice a expliqué que le rétablissement du sentiment de sécurité commence parfois par de petits détails, comme sentir la stabilité de ses pieds sur le sol, se concentrer sur un son apaisant ou tenir un objet familier qui aide la personne à rester connectée à la réalité qui l’entoure. L’atelier a réservé un espace au dessin expressif. Des feuilles et des crayons de couleur ont été distribués, et chaque femme a été invitée à dessiner ce qui représentait son état psychologique ou l’image de ce qu’elle espérait atteindre. Les dessins ont fait apparaître des maisons disparues, de longues routes et des tentes entourées d’inquiétude, mais aussi des arbres aux racines solides, de vastes ciels, des cœurs unis et des mains entrelacées.

Les activités se sont poursuivies avec un exercice de visualisation guidée. Les femmes ont fermé les yeux pendant quelques minutes et ont écouté la voix de l’animatrice, qui les guidait vers l’imagination d’un lieu leur procurant sérénité et chaleur. Certaines participantes ont choisi le bord de mer, tandis que d’autres sont revenues, par la mémoire, à la maison familiale ou à un moment calme partagé avec des personnes qu’elles aiment. L’atelier comportait également une activité d’écriture libre. Chaque participante a reçu une feuille sur laquelle elle a écrit ce qui occupait son esprit. Les femmes ont noté leurs peurs, les choses qui leur manquaient et les messages qu’elles n’avaient pas pu exprimer. Elles ont ensuite choisi librement de conserver leurs écrits ou d’en partager une partie avec le groupe.

Dans une autre partie de la séance, les participantes ont réalisé une activité physique légère destinée à réduire les tensions accumulées dans le corps. L’animatrice a expliqué le lien entre la pression psychologique et les douleurs physiques, en précisant que l’anxiété permanente peut se manifester sous la forme de maux de tête, de tensions musculaires, de troubles du sommeil ou d’une irritabilité accrue.

Une activité intitulée La carte du soutien, au cours de laquelle chacune a représenté les personnes vers lesquelles elle pouvait se tourner lorsqu’elle se sentait épuisée ou avait besoin d’aide, telles que les membres de sa famille, les voisines, les amies, les bénévoles et les équipes de soutien intervenant dans le camp. La gestion des pressions ne doit pas être une responsabilité individuelle. La construction d’un réseau de relations solidaires constitue l’une des principales sources de protection psychologique dans un contexte de déplacement forcé.

La séance a également abordé la manière de distinguer les éléments que l’on peut contrôler de ceux qui échappent à la volonté humaine. Les participantes ont réparti leurs inquiétudes en deux catégories : la première concernait les choses qu’elles ne pouvaient pas changer, tandis que la seconde regroupait les petites actions qu’elles pouvaient entreprendre pour améliorer leur bien-être quotidien. Chaque femme a choisi une mesure concrète qu’elle essaierait de respecter, comme consacrer quelques minutes à une respiration calme, parler à une amie, alléger certaines responsabilités en demandant de l’aide, organiser autant que possible son temps de sommeil ou marquer une courte pause avant de réagir dans les moments de colère et de tension.

Une activité intitulée Une lettre à moi-même, chaque participante a écrit des paroles de soutien qu’elle avait besoin d’entendre dans les moments difficiles. Les femmes ont conservé ces messages comme des rappels personnels auxquels elles pourraient revenir lorsqu’elles se sentiraient impuissantes ou épuisées. Les mots que chacune avait écrits sont ainsi devenus une source simple de force et d’encouragement.

Pour renforcer le sentiment de compétence et la confiance en soi, les participantes ont pris part à une activité consacrée au récit des histoires de force. Chaque femme a raconté une situation difficile qu’elle avait réussi à surmonter pendant la période de déplacement, que ce soit en protégeant ses enfants, en aidant sa famille, en prenant une décision courageuse ou en soutenant une autre femme. Se lever malgré la fatigue, continuer à prendre soin des enfants, préparer un repas avec les moyens disponibles, apaiser un membre de la famille terrifié ou encore trouver la capacité de recommencer chaque fois qu’un nouveau déplacement est imposé. L’une des participantes a déclaré : « La peur et le trouble m’accompagnaient en permanence, et j’avais l’impression de ne pas pouvoir arrêter les pensées qui tournaient dans ma tête. Mais, au cours de cette séance, j’ai appris à m’arrêter quelques instants, à respirer profondément et à ramener mon corps vers un état plus calme, afin de pouvoir continuer à prendre soin de ma famille sans perdre ma capacité à tenir le coup. » Une autre participante : « Parler de sérénité au milieu des tentes semblait être quelque chose d’inaccessible. Mais j’ai découvert aujourd’hui que la sérénité peut commencer lorsque nous trouvons quelqu’un qui nous écoute et comprend ce que nous ressentons, et lorsque nous nous soutenons les unes les autres, au lieu que chaque femme porte seule le poids de ses peurs. »

Dans la partie finale de l’atelier, les participantes ont préparé une boîte de la sérénité . Chaque femme y a déposé une idée simple pouvant l’aider, ou aider une autre personne, à surmonter un moment difficile; respirer profondément, prier, écrire, marcher quelques instants, parler à une personne de confiance, boire de l’eau lentement, s’éloigner temporairement des sources de tension ou contacter l’une des femmes du groupe.

La rencontre s’est achevée par un cercle de gratitude consacré aux petites choses qui continuent de donner un sens à la vie malgré la dureté des circonstances. Certaines femmes ont parlé de la présence de leurs enfants, d’une amie se tenant à leurs côtés, d’un bref moment de calme ou encore de leur capacité à se lever et à poursuivre leur journée.

L’UJFP a également insisté sur l’importance de poursuivre ces séances et d’élargir leur portée afin qu’elles bénéficient à un plus grand nombre de femmes dans les camps de déplacés, les pressions psychologiques accumulées nécessitent un suivi régulier et non une intervention temporaire. Vingt femmes du camp d’Al-Israa ont créé un petit espace de sécurité. Elles ont ainsi affirmé que le soutien psychologique en période de déplacement forcé n’est pas un luxe, mais une nécessité humaine qui protège les femmes et les familles et renforce la société tout entière.

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