Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Les habitants de Gaza attendent la reconstruction

16 septembre 2026
Scolarisation des enfants dans les camps de Déplacé.e.s crédit photo UJFP Gaza

Un texte d’Abu Amir le 15 septembre : des décombres de la guerre à la bataille pour retrouver une vie normale

À Gaza, la fin de la guerre n’est plus le plafond des aspirations des habitants. Après des années marquées par les morts, les déplacements et les destructions, la question qui se pose désormais à des millions de Palestiniens est passée de « Quand les combats prendront-ils fin ? » à une question plus directement liée aux détails de leur quotidien : « Quand la vie pourra-t-elle recommencer ? »

Les maisons transformées en ruines, les écoles mises hors service, les hôpitaux qui luttent pour retrouver leurs capacités, et les rues dont le visage a changé dessinent tous le portrait d’une bande de Gaza qui n’a pas seulement besoin de réparer ce qui a été endommagé, mais d’un vaste processus visant à reconstruire les conditions fondamentales de la vie.

Mais le chemin de la reconstruction ne commence pas simplement avec l’arrivée des matériaux de construction. Plusieurs dossiers politiques et sécuritaires extrêmement complexes font obstacle à toute tentative de passer de la guerre à la stabilité, notamment l’avenir des armes dans la bande de Gaza, la nature de l’autorité qui sera chargée de gouverner Gaza, le rôle des différentes forces palestiniennes, ainsi que la possibilité de mettre en place des arrangements sécuritaires internationaux ou régionaux.

Au milieu de tous ces calculs, le citoyen attend le résultat le plus simple et le plus concret :retrouver une maison, voir une école rouvrir ses portes, disposer d’un hôpital capable de fournir des soins et avoir la possibilité de vivre loin de la peur.

La reconstruction… un rêve qui dépasse les murs

Pour les familles qui ont perdu leur logement, reconstruire une maison ne signifie pas simplement récupérer un bien matériel. Dans le contexte palestinien, la maison est liée à la stabilité, à l’intimité et à la mémoire. Sa perte signifie donc l’arrachement d’une partie de la vie quotidienne de la famille. De nombreux habitants ne recherchent ni le luxe ni la reproduction de la vie qui existait avant la guerre dans tous ses détails ; ce qu’ils souhaitent dans un premier temps, c’est le minimum de stabilité. Un endroit sûr où dormir, de l’eau propre à l’usage, de l’électricité, des soins de santé, une éducation pour les enfants et un moyen permettant au chef de famille de retrouver sa source de revenus.

Cela fait de la reconstruction un projet social avant d’être un projet d’ingénierie. Reconstruire les bâtiments sans relancer l’économie, les services et les institutions ne suffira pas à faire revivre la bande de Gaza.

Les décombres ne sont pas le seul problème Le paysage urbain est la partie la plus visible de la catastrophe, mais ce n’est pas la seule chose qui doit être reconstruite.

Une économie a subi un choc immense, des familles ont perdu leurs sources de revenus, des enfants ont vu leur parcours scolaire interrompu, le secteur de la santé a vu ses capacités épuisées et les infrastructures de services ont besoin de réparations considérables. Les conséquences psychologiques et sociales de la guerre nécessiteront également des années de travail, en particulier pour les enfants et les familles qui ont vécu le déplacement et la perte de proches et de biens.

C’est pourquoi parler de la reconstruction de Gaza ne devrait pas se limiter au nombre de maisons qui seront bâties ou au montant des fonds qui seront injectés dans la bande de Gaza. La question est beaucoup plus vaste : comment reconstruire une société capable de vivre et de produire, et pas seulement de reconstruire des bâtiments ?

Les armes… l’obstacle qui précède la reconstruction Parallèlement, le dossier sécuritaire reste fortement présent dans toute discussion concernant l’avenir de la bande de Gaza. La présence d’armes dans les zones résidentielles représente, pour les détracteurs du Hamas et des factions armées, l’un des principaux obstacles à une transition vers une nouvelle réalité sécuritaire, tandis que les factions considèrent cette question sous l’angle du conflit, de l’occupation et du droit à la résistance. Mais pour le citoyen qui vit au milieu des conséquences de la guerre, la situation apparaît davantage à travers ses résultats quotidiens. Les habitants veulent des quartiers qui ne se transforment pas à nouveau en champs de bataille. Ils veulent des arrangements capables d’empêcher le retour du cycle de la violence et recherchent des garanties qui donnent un sens durable aux investissements consacrés à la reconstruction des maisons, des écoles et des équipements publics.

C’est là qu’apparaît l’une des équations les plus difficiles de la prochaine étape : comment parvenir à des arrangements sécuritaires stables sans que la réorganisation de la bande de Gaza ne devienne elle-même une nouvelle source de conflit ?

Une force internationale peut-elle faire partie de la solution ?

Face à la complexité de la situation, certains habitants de Gaza et certains observateurs évoquent l’idée de la présence d’une force ou d’une mission internationale dans le cadre de futurs arrangements transitoires. Les partisans de cette proposition estiment que la présence d’un acteur international pourrait fournir un cadre sécuritaire temporaire, contribuer à maintenir le calme, protéger les civils, surveiller certains arrangements convenus et créer un environnement plus favorable au lancement de la reconstruction. Cependant, la présence d’une force internationale ne constituerait pas automatiquement une solution au problème. La réussite d’un tel dispositif dépendrait de la nature du mandat qui lui serait accordé, des parties qui coopéreraient avec elle, de ses mécanismes d’action, des limites de ses pouvoirs et du degré d’acceptation dont elle bénéficierait auprès des Palestiniens, ainsi qu’aux niveaux régional et international.

La question politique la plus sensible resterait également posée : cette force serait-elle simplement un élément sécuritaire temporaire ou ferait-elle partie d’un dispositif transitoire plus large comprenant la gestion, la gouvernance et la reconstruction des institutions ?

Gaza a besoin d’une nouvelle gestion de la vie

La reconstruction nécessite davantage qu’une décision politique. Elle a besoin d’un appareil administratif capable de définir les priorités, de gérer les fonds, de coordonner l’aide, de contrôler les projets et de garantir que les ressources destinées à la population ne deviennent pas un nouvel objet de conflit politique. C’est ici que se pose la question de l’avenir de la gouvernance de la bande de Gaza. La poursuite de la situation actuelle, selon ses détracteurs, pourrait compliquer l’obtention d’un soutien international et le lancement d’un vaste processus de reconstruction. D’autres estiment cependant que contourner les forces présentes sur le terrain sans parvenir à un consensus palestinien pourrait à son tour créer un vide politique et sécuritaire.

Entre ces deux orientations, il semble urgent de trouver une formule qui place les services publics au-dessus des considérations organisationnelles, accorde davantage d’espace aux institutions civiles pour agir et garantisse une participation plus large à la gestion de la phase transitoire. Car les personnes qui ont payé le prix de la guerre ne veulent pas que leur avenir devienne l’otage d’un nouveau conflit sur la question de savoir qui détient le pouvoir de décision. Le citoyen veut des garanties… pas des promesses Au fil des années, les habitants de Gaza ont entendu de nombreuses promesses concernant la reconstruction, mais leur expérience leur a appris que l’argent et les projets ne suffisent pas à garantir la stabilité.

Ce dont le citoyen a besoin cette fois, c’est d’une vision différente : un plan clair, des étapes précises, une partie responsable, un contrôle de la mise en œuvre et des garanties que ce qui sera construit ne redeviendra pas, peu de temps après, un nouveau champ de ruines. Cela exige de traiter les causes susceptibles de reproduire le conflit, et pas seulement ses conséquences.

Car si une maison est reconstruite sans garantir la sécurité, la peur restera présente. Si une école rouvre ses portes sans la continuité de l’enseignement, le processus restera incomplet. Si une usine est reconstruite sans une économie capable de fonctionner, les emplois ne reviendront pas.

La véritable reconstruction commence donc lorsque la sécurité, l’économie, les services et la gouvernance deviennent des éléments interdépendants d’un même plan.

La jeune génération paie le prix le plus lourd. Parmi les dossiers les plus urgents figure l’avenir des enfants et des jeunes de Gaza. Toute une génération a vécu des années successives de guerres, d’interruptions scolaires et de déplacements. Elle a aujourd’hui besoin de bien plus que de retrouver des salles de classe. Elle a besoin d’un environnement sûr, d’une éducation stable, de services psychologiques et sociaux, ainsi que d’un horizon économique qui lui donne une raison de rester et de planifier son avenir.

Une société qui reconstruit les bâtiments tout en laissant ses nouvelles générations sans éducation ni perspectives d’emploi sera confrontée à une nouvelle crise, même si les traces de destruction disparaissent des rues. C’est pourquoi la reconstruction des écoles et des universités doit aller de pair avec la reconstruction du système éducatif lui-même.

De la gestion de la guerre à la gestion de la paix

Le principal défi auquel Gaza pourrait être confrontée ne résidera peut-être pas dans la collecte des fonds ou l’entrée des matériaux de construction, mais dans le passage d’une logique de gestion de la guerre à une logique de gestion de la vie.

Pendant les années de conflit, les priorités sont liées à la survie, à la résistance et à la réponse aux situations d’urgence. La phase de relèvement exige, elle, une mentalité totalement différente : une planification à long terme, des institutions efficaces, des services stables, une économie productive et une sécurité qui permette aux habitants de penser à demain. Cette transformation ne sera pas facile. Les forces qui ont pris l’habitude de gérer la bande de Gaza dans des conditions de conflit seront confrontées à de nouvelles exigences. De même, toute autorité qui assumera la responsabilité de la prochaine phase se retrouvera face à une société épuisée, à des besoins immenses et à des attentes populaires élevées.

La réussite de la prochaine étape dépendra donc dans une large mesure de la capacité des différentes parties à faire passer les intérêts de la population avant les calculs politiques étroits.

Une autre bataille… mais cette fois pour la vie Gaza ne se trouve pas aujourd’hui face à une simple bataille pour reconstruire les pierres, mais face à une bataille pour retrouver la vie elle-même. Le citoyen qui vit dans un abri temporaire ne veut pas entendre parler de plans à long terme autant qu’il veut savoir quand il pourra rentrer chez lui. La famille qui a perdu sa source de revenus cherche une possibilité de travailler, et non de nouvelles déclarations. L’enfant qui a cessé d’aller à l’école attend le jour où il pourra retrouver sa place en classe, au lieu de voir son avenir éducatif rester une simple possibilité. C’est pourquoi tout futur arrangement politique ou sécuritaire sera finalement évalué à l’aune de sa capacité à répondre à ces questions quotidiennes.

Réussira-t-il à protéger les civils ? Empêchera-t-il le retour des combats ? Permettra-t-il l’entrée de l’aide et des matériaux nécessaires à la reconstruction ? Créera-t-il un environnement permettant de relancer l’économie ? Et conduira-t-il à une administration capable de servir la population au lieu de maintenir la bande de Gaza dans un état d’attente permanente ?

Le véritable test commence après la guerre

La fin des combats peut constituer une première étape, mais elle n’est pas la fin du chemin.

Le test le plus difficile commence lorsqu’il faut transformer le calme en stabilité, la stabilité en reconstruction et la reconstruction en vie normale. Cela exige un consensus politique palestinien, des arrangements sécuritaires clairs, un soutien international de longue durée et une administration capable de travailler avec transparence, ainsi que la participation des habitants de Gaza eux-mêmes à la définition de leurs besoins et de leurs priorités.

La bande de Gaza n’a pas seulement besoin d’un projet destiné à reconstruire les murs, mais d’un projet capable de reconstruire la confiance dans l’avenir.

En fin de compte, les habitants de Gaza ne mesureront pas le succès d’un quelconque plan politique au nombre de conférences organisées ou de déclarations publiées, mais à ce qui se passera dans leurs rues, leurs maisons, leurs écoles et leurs hôpitaux. Lorsque le citoyen de Gaza pourra ouvrir la porte de sa nouvelle maison sans craindre de la perdre à nouveau, lorsque l’enfant pourra aller à l’école sans penser à la guerre et lorsque le travail reprendra dans les marchés et les usines, ce n’est qu’à ce moment-là que l’on pourra dire que la reconstruction a véritablement commencé.

Avant cela, les habitants de Gaza continueront d’attendre, non seulement la reconstruction de ce que la guerre a détruit, mais aussi la construction d’une nouvelle étape de leur existence, dans laquelle leur vie ne sera plus suspendue indéfiniment entre les armes, la politique et les promesses.

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