Chronique “Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Des terres qui produisent et des enfants qui plantent leurs premiers plants
19 octobre 2026
- Le compte rendu des trois étapes pour soutenir l’agriculture à Deir al-Balah 18 octobre 26
Dans l’une des exploitations agricoles de Deir al-Balah, les enfants se sont penchés sur la terre pour essayer de planter de leurs propres mains. Ils ont écouté des explications sur l’agriculture, puis ont mis en pratique ce qu’ils avaient appris, avant que chacun ne plante un jeune plant dans un petit récipient pour l’emporter et en prendre soin. Cette visite dans une exploitation ayant bénéficié du projet de distribution de plants leur a permis de se rapprocher de la terre et de passer un moment d’apprentissage et de plaisir, loin des pressions de la vie sous les tentes.
Cette scène illustre l’un des volets du projet Soutenir les agriculteurs et les enfants et renforcer la résilience agricole à Deir al-Balah, mis en œuvre par l’UJFP pour aider les agriculteurs à retrouver leur capacité de travail et proposer aux enfants des expériences éducatives et récréatives liées à l’agriculture et à la nature.
Le volet agricole du projet a été réalisé en trois étapes successives : le labour et la préparation des terres, la réparation et la réhabilitation des serres endommagées, puis la distribution et la plantation des jeunes plants. Les deux premières étapes ont été achevées en septembre 2026, tandis que la troisième a été réalisée le 17 octobre 2026, avec la distribution de 38 765 plants à 35 agriculteurs faisant vivre 35 familles.
L’agriculture face à la perte des terres et à la hausse des coûts
L’agriculture dans la bande de Gaza se heurte à des obstacles qui s’accumulent en raison de la guerre et des dommages qu’elle a causés aux terres, aux serres et aux moyens de production. De nombreux agriculteurs éprouvent des difficultés à accéder à leurs terres ou ne parviennent pas à se procurer les moyens nécessaires pour reprendre leur activité sur les parcelles qui restent accessibles.
Avec la diminution des terres utilisables, des formes de coopération sont apparues entre agriculteurs. Certains de ceux qui ont perdu l’accès à leurs terres s’associent à des agriculteurs disposant de parcelles exploitables et partagent les coûts de production ainsi que les revenus après la récolte. Certains de ces partenariats reposent sur des liens de parenté et de confiance, qui facilitent l’organisation du travail et la répartition des charges dans des circonstances où un agriculteur peut difficilement assumer seul les risques. Mais disposer de terres et d’un savoir-faire ne suffit pas pour démarrer une nouvelle saison. Le sol doit être labouré et préparé, les serres endommagées nécessitent des travaux d’entretien et des couvertures, puis viennent le coût des plants et les soins qu’ils exigent. Le projet a donc été conçu pour répondre à ces besoins dans un ordre où chaque étape prépare la suivante, afin de permettre aux agriculteurs de passer de la préparation à la plantation.
Première étape : labourer et préparer 25 dunums pour la culture
Le travail a commencé par le sol, avec le labour de 25 dunums de terres agricoles sous serre dans la région de Deir al-Balah, au bénéfice direct de 25 agriculteurs dans le besoin.
Les bénéficiaires ont été sélectionnés sur la base d’une enquête de terrain et d’une évaluation des besoins, en donnant la priorité aux agriculteurs qui ne pouvaient pas assumer eux-mêmes le coût du labour. Les travaux ont également été coordonnés avec eux en fonction de l’état de préparation des terres et des interventions nécessaires pour la saison agricole.
Cette étape a permis aux agriculteurs d’accomplir une opération essentielle avant la plantation et a allégé une partie des coûts de la reprise du travail. Lorsque les ressources financières sont limitées, le coût d’une seule prestation peut retarder toute une saison, même si la terre est disponible et que l’agriculteur est prêt à travailler. Après le labour, il a été possible de poursuivre la préparation du sol et les opérations nécessaires avant la mise en terre des plants, parallèlement aux travaux de réhabilitation des serres endommagées.
Deuxième étape : réhabiliter les serres à l’aide de 800 mètres de film plastique agricole
La deuxième étape a ciblé 10 agriculteurs utilisant en commun des serres endommagées, en leur fournissant les couvertures plastiques nécessaires à leur réparation et en assurant le suivi des travaux d’entretien. L’aide comprenait 20 rouleaux de film plastique agricole de 40 mètres chacun, soit un total de 800 mètres. Les quantités ont été réparties en fonction des besoins réels des serres et de l’ampleur des dégâts, afin que les matériaux soient affectés aux travaux de réhabilitation nécessaires.
La fourniture des couvertures plastiques s’est accompagnée de la supervision des réparations et de la pose du plastique, jusqu’à la remise en état des serres pour leur utilisation. Des couvertures en bon état contribuent à créer des conditions plus favorables à la croissance des cultures et à limiter leur exposition aux éléments extérieurs. La réhabilitation des serres revêt une importance accrue compte tenu de la superficie limitée des terres agricoles auxquelles les agriculteurs peuvent accéder. Réparer une structure existante permet de la remettre en service et offre aux agriculteurs la possibilité de tirer parti des terres, du travail et du savoir-faire dont ils disposent. La fourniture de film plastique agricole a également allégé la charge financière des bénéficiaires, à un moment où les fournitures deviennent plus coûteuses et difficiles à obtenir, faisant de l’entretien un obstacle susceptible d’empêcher la reprise des cultures.
Troisième étape : distribuer et planter 38 765 plants au bénéfice de 35 agriculteurs
Après les travaux de préparation et de réhabilitation, la troisième étape a été réalisée le 17 octobre 2026. Elle a compris la distribution de 38 765 plants à 35 agriculteurs faisant vivre 35 familles. Les plants ont été mis en terre dans plusieurs serres agricoles. Cette étape a marqué le passage à la culture proprement dite : les travaux commencés par le labour du sol et la réparation des couvertures se sont concrétisés par des cultures nécessitant un suivi et des soins au cours de la période à venir. L’importance de la fourniture des plants réside dans le fait qu’elle complète les interventions précédentes. La préparation de la terre et de la serre permet de démarrer, tandis que la mise à disposition des plants donne à l’agriculteur la possibilité de tirer parti de cette préparation sans que leur coût ne devienne un nouvel obstacle.
Pour les familles bénéficiaires, la culture offre une possibilité de retrouver une partie des revenus dont elles dépendent pour satisfaire leurs besoins. Le volume de production et les retombées économiques dépendront toutefois de la croissance des cultures, des conditions dans lesquelles elles seront entretenues et de la continuité du travail pendant la saison. Les moyens de subsistance des familles agricoles sont liés à la poursuite du travail de la terre. Aider un agriculteur à commencer une nouvelle saison revêt donc une importance qui dépasse la fourniture d’intrants agricoles. Cela lui permet de reprendre une activité qu’il connaît et dont il dépend, et offre à sa famille une possibilité d’améliorer ses ressources au fil de la saison, jusqu’à l’entrée en production des cultures.
Le projet devrait également créer des possibilités d’emploi lors des étapes suivantes, notamment pour les travaux culturaux, les soins aux plantes et la récolte. Ces possibilités restent liées au volume de travail, aux besoins des agriculteurs et à l’évolution de la saison, mais elles montrent comment le soutien à la production peut bénéficier à d’autres personnes travaillant dans l’environnement de l’exploitation.
La coopération entre certains agriculteurs permet aussi de tirer parti du savoir-faire de ceux qui ont perdu l’accès à leurs terres et d’éviter qu’ils ne soient complètement coupés de leur métier. Dans ce cas, l’aide à l’approvisionnement en intrants soutient un partenariat concret au sein duquel les agriculteurs partagent le travail, les coûts et les responsabilités.
À la ferme, les explications deviennent une expérience concrète

Parallèlement aux étapes agricoles, le projet a consacré un volet aux enfants à travers la visite d’une exploitation bénéficiaire de la distribution de plants, en reliant l’activité éducative au travail réel qui s’y déroule. Pendant la visite, les enfants ont découvert le processus de plantation et écouté des explications sur la manière de mettre un plant en terre et d’en prendre soin. Ils sont ensuite passés de l’observation à la participation, en plantant eux-mêmes plusieurs jeunes plants et en expérimentant directement les différentes étapes du travail. Cette pratique donne un sens concret à ce que l’enfant apprend : il voit où placer le plant dans le sol, participe à sa plantation et découvre les soins nécessaires à sa croissance. Elle lui permet également de se familiariser avec un métier qui fait partie de la vie de la société palestinienne et de comprendre une partie des efforts consacrés par l’agriculteur à la production alimentaire. L’expérience ne s’est pas arrêtée aux limites de l’exploitation. Les enfants ont reçu de petits récipients qu’ils ont remplis de sable, et chacun y a planté son propre plant pour l’emporter chez lui et en prendre soin. L’enfant avait ainsi quelque chose à suivre après la sortie : un plant à arroser, dont il observerait l’évolution et avec lequel il apprendrait que la croissance demande du temps et de l’attention.
Un temps pour jouer et retrouver la joie
L’expérience agricole a été accompagnée d’activités récréatives organisées par les spécialistes, permettant aux enfants de jouer et d’interagir dans une ambiance joyeuse. Le programme associait connaissances, mouvement et participation, faisant de la visite une expérience variée qui répondait à leur besoin d’apprendre tout en s’amusant. Cet espace est important pour les enfants qui vivent sous les tentes, où les possibilités de jeu sont réduites et où se répètent les pressions du déplacement et les contraintes de la vie quotidienne. Sortir à la ferme change le rythme de leur journée et leur offre un lieu où bouger et partager une activité différente avec d’autres enfants. L’attachement des enfants à ces sorties se manifeste dans l’empressement de beaucoup d’entre eux à s’inscrire dans les écoles relevant de l’organisme chargé de la mise en œuvre, dans l’espoir d’avoir une occasion d’y participer. Cet engouement reflète leur besoin d’activités qu’ils attendent avec enthousiasme et dans lesquelles ils trouvent du temps pour rire, découvrir et se créer des souvenirs heureux. Les visites permettent de réunir les enfants et les agriculteurs dans un même espace : l’exploitation qui reçoit une aide pour reprendre sa production devient un lieu d’apprentissage, et le travail agricole offre un moyen de faire découvrir aux plus jeunes la terre et les personnes qui en prennent soin.
Une saison qui commence, des soins qui se poursuivent
Avec l’achèvement des trois étapes, le projet est passé de la réponse aux besoins de préparation et de réparation au soutien à la plantation sous serre. La priorité suivante consiste à assurer le suivi des cultures et à en prendre soin, afin que les aides fournies se traduisent par une production bénéfique aux agriculteurs et à leurs familles. L’enchaînement des interventions a montré l’importance de considérer les besoins de l’agriculteur comme des étapes liées entre elles : une terre préparée, une serre utilisable et des plants disponibles pour la plantation. C’est la complémentarité de ces éléments qui donne à la possibilité de démarrer toute sa valeur concrète.
Sur le plan éducatif, les enfants ont emporté avec eux une partie de l’expérience. Les petits plants qu’ils ont reçus nécessiteront des soins quotidiens, tout comme les cultures sous serre exigent le travail et le suivi des agriculteurs. À travers ces deux volets, le projet soutient une activité agricole dont dépendent des familles et offre aux enfants la possibilité de planter, d’apprendre et de trouver dans leur journée une place pour la joie.

Liens vers les photos et vidéos
Vidéo 1 : Labour du terrain
https://drive.google.com/drive/folders/10XKWoq4OF9NFu04XxhiEVxivHmQBX39N
Vidéo 2 : Remise en état des installations agricoles
https://drive.google.com/drive/folders/1Gg6RO-WGMgYzwovHsGHmgXgM1vVyVgdn
Vidéo 3 : Plantation des semis
https://drive.google.com/drive/folders/11KTNy1VS5YBzSF3a4ECJEBVg9y8Ku4hV
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