Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Exposition culturelle à Gaza : deux années de créativité

17 juin 2026
Dernier coucher de soleil Rawan Murad crédit photo UJFP Gaza

Le compte rendu d’un travail artistique fait à Gaza depuis Avril 2024 et qui trace le chemin de la résistance! Initiative en partenariat UJFP/CREART/POD

Alors que la bande de Gaza continue de faire face à des défis humanitaires, sociaux et économiques complexes qui ont affecté tous les aspects de la vie quotidienne, la culture et les arts se sont imposés comme l’un des outils les plus importants pour protéger les individus des effets de l’isolement et des pressions psychologiques, tout en contribuant à reconstruire les espaces humains fragilisés par les crises successives. C’est dans cette perspective qu’a été organisée l’exposition artistique accueillie dans la salle de l’UJFP au sein du bâtiment de POD à Deir al-Balah. Ouverte au public le 9 juin 2026 et poursuivie pendant trois jours consécutifs, cette exposition a constitué l’aboutissement d’un parcours de deux années de travail culturel, artistique et éducatif alliant créativité, soutien psychosocial et développement humain. Elle a contribué à créer un espace sûr où enfants et artistes ont pu exprimer leurs émotions, leurs expériences et leurs aspirations à travers l’art.

L’histoire de cette initiative remonte à avril 2024, date du lancement du projet Renforcer la résilience culturelle pour la pratique de la liberté de pensée dans la bande de Gaza. Ce projet portait une vision allant bien au-delà de la conception traditionnelle des activités artistiques. Il visait à utiliser l’art comme un moyen efficace de renforcer la résilience psychologique et sociale des enfants, en leur offrant la possibilité d’exprimer leurs émotions et leurs expériences de vie à travers le dessin et les couleurs, à une période où le besoin d’initiatives capables d’aider les enfants à surmonter les pressions psychologiques et sociales imposées par les circonstances exceptionnelles vécues dans le territoire était particulièrement urgent.

Le projet a bénéficié du soutien de l’Agence catalane de coopération et a été mis en œuvre en partenariat avec les organisations CREART et POD. Six artistes professionnels ont été chargés de conduire les activités artistiques, d’encadrer les enfants et de développer leurs compétences créatives, afin de garantir l’atteinte des objectifs éducatifs, psychologiques et culturels du programme. Au cours de sa mise en œuvre, près de 1 200 enfants issus de différentes régions de la bande de Gaza ont participé à des dizaines d’activités et d’ateliers artistiques destinés à développer leurs compétences en dessin et en expression visuelle. Ces activités ont également constitué une forme de soutien psychosocial fondée sur l’art-thérapie. Les séances de dessin se sont transformées en espaces de dialogue, d’expression émotionnelle et de libération psychologique, où les enfants pouvaient partager leurs sentiments, leurs souvenirs et leurs aspirations. L’œuvre artistique est ainsi devenue un outil permettant aux enfants de retrouver une partie de leur équilibre émotionnel et de renouer avec eux-mêmes et avec leur environnement grâce à un langage visuel qui dépasse les limites des mots. Pendant deux années complètes, le projet a poursuivi ses activités de manière régulière et a réussi à construire une expérience culturelle remarquable alliant art et développement humain. Il a également contribué à renforcer la place de la culture comme composante essentielle de la résilience communautaire.

À l’issue officielle du projet, en avril 2026, une nouvelle phase a commencé avec les préparatifs d’une grande exposition artistique destinée à présenter les résultats de cette expérience de longue durée et à faire découvrir au public une sélection des œuvres réalisées par les artistes ayant participé au projet. Au cours des semaines précédant l’ouverture, les organisateurs et les artistes ont travaillé à la sélection des œuvres, à l’aménagement de la salle, à l’installation des tableaux et à la préparation d’un programme culturel permettant aux visiteurs de rencontrer les artistes et de découvrir leurs parcours humains, personnels et artistiques. Le 9 juin 2026, l’exposition a ouvert ses portes dans la salle de l’UJFP située dans le bâtiment de POD. Elle présentait un large éventail d’œuvres réalisées par cinq artistes professionnels ainsi que par dix artistes amateurs qui, au fil des dernières années, avaient développé leur pratique créative et perfectionné leurs compétences artistiques. Les œuvres exposées se distinguaient par la diversité de leurs styles et des thèmes abordés. Elles traitaient de nombreuses questions humaines, culturelles et sociales tout en reflétant les expériences personnelles des artistes et leur vision du monde qui les entoure. Cette diversité a conféré à l’exposition une dimension profondément humaine et en a fait un espace de dialogue et d’échange entre les artistes et le public.

Durant les trois jours de l’exposition, plus de 1 200 visiteurs ont franchi ses portes, un chiffre qui témoigne de l’intérêt que continue de susciter l’activité culturelle et artistique au sein de la société palestinienne malgré les nombreuses difficultés rencontrées. L’exposition a également accueilli des délégations et des représentants de nombreuses organisations internationales et locales opérant dans la bande de Gaza, ainsi que des membres de la municipalité de Deir al-Balah, qui ont souligné l’importance des arts et de la culture dans le renforcement de la cohésion sociale et la préservation de l’identité culturelle. Le Syndicat des artistes a également marqué sa présence par une délégation composée de nombreux artistes plasticiens et acteurs du secteur culturel, apportant à l’exposition une dimension professionnelle et culturelle significative et favorisant le dialogue entre les artistes et le public. L’un des moments marquants de l’exposition fut la présentation des artistes eux-mêmes devant les visiteurs. Ils ont eu l’occasion de se présenter et de commenter directement leurs œuvres, offrant ainsi au public la possibilité de découvrir les dimensions intellectuelles, humaines et émotionnelles qui se cachent derrière les tableaux exposés.

Parmi les artistes dont les œuvres ont suscité un intérêt particulier figurait Rawan Murad, qui s’est présentée comme une artiste visuelle née à Gaza en 1998 et titulaire d’une licence en psychologie obtenue à l’Université Al-Aqsa en 2021. Elle a expliqué avoir commencé à développer son talent de manière autodidacte à partir de 2020, avant de participer à de nombreuses formations, ateliers et événements artistiques qui ont contribué à enrichir son expérience créative et à élargir ses horizons artistiques. En présentant les œuvres qu’elle exposait, Rawan Murad a détaillé trois tableaux majeurs qui occupent une place importante dans son parcours artistique.

La Lune et Deux Mondes Le premier tableau, intitulé, est né du sentiment d’isolement et de séparation du monde imposé par les circonstances environnantes. L’artiste a expliqué que l’être humain s’est retrouvé comme exilé dans un univers isolé où le temps et l’espace semblaient séparés de tout ce qui était familier, entouré uniquement de ruines, de silence et de vide. Elle a ajouté que la lune demeurait le seul élément présent dans le ciel, observant la scène en silence. Cette image l’a inspirée à représenter deux mondes parallèles : un monde terrestre accablé par la destruction et l’isolement, et un autre monde céleste qui observe en silence tout en conservant une part d’espoir et d’ouverture.

Échec et Mat… L’Échiquier La deuxième œuvre où l’artiste s’est inspirée du sentiment de vide qui peut envahir l’être humain lorsqu’il perd les repères de sa vie habituelle et se retrouve entouré d’un paysage qui ne ressemble plus à ce qu’il connaissait auparavant. Elle a expliqué que les ruines n’étaient pas pour elle un simple élément visuel, mais un état émotionnel profond qui l’a amenée à réfléchir à la fragilité de l’être humain face aux grands bouleversements et à ses efforts constants pour préserver son humanité malgré toutes les difficultés. Selon elle, le tableau représente un conflit permanent entre la vie et la mort, entre la peur et l’espoir, entre la résignation et la volonté de continuer. L’être humain y évolue dans un ensemble complexe de circonstances, comme une pièce d’échecs cherchant une issue au cœur d’une partie dont il ne maîtrise pas tous les paramètres.

Le Dernier Coucher de Soleil troisième œuvre qui porte une dimension profondément humaine et personnelle. L’artiste y évoque son attachement aux petits détails du quotidien qui faisaient partie de sa routine habituelle, tels que contempler le coucher du soleil ou boire un café à la fin de la journée. Elle a expliqué que ces détails simples ont progressivement acquis une valeur particulière, car ils sont devenus les symboles d’une vie normale à laquelle chacun cherche à s’accrocher quelles que soient les circonstances. Selon elle, le tableau exprime les efforts constants de l’être humain pour préserver son humanité et son lien avec la vie et la beauté, même lorsque l’environnement qui l’entoure est marqué par les difficultés et les épreuves.

Ces œuvres ont suscité un vif intérêt parmi les visiteurs, qui se sont arrêtés pour discuter de leurs significations et de leurs messages humains. Les salles de l’exposition se sont ainsi transformées en un espace ouvert de réflexion sur le rôle de l’art dans la documentation des expériences humaines et dans le renforcement des capacités d’expression et de communication. L’impact de cette expérience ne s’est pas limité à Gaza. Il s’est étendu au-delà des frontières palestiniennes grâce à l’organisation simultanée d’une exposition parallèle sur la place du Parlement catalan à Barcelone, en Espagne, où des reproductions des mêmes œuvres ont été présentées au public européen. Cette initiative visait à faire connaître cette expérience artistique et culturelle à un public plus large et à présenter le projet lancé à Gaza deux ans auparavant. L’exposition de Barcelone a également été inaugurée le 9 juin 2026 et se poursuit jusqu’au 21 juin de la même année. Elle a donné à ces œuvres une dimension internationale et transmis un message culturel dépassant les frontières géographiques, affirmant que l’art possède une capacité unique à construire des ponts entre les peuples et à transmettre des expériences humaines universelles, quelles que soient les différences de langues et de cultures.

Cette présence internationale a également permis de mettre en lumière le projet et les efforts déployés pour utiliser l’art comme moyen de soutien psychosocial et de renforcement de la résilience culturelle des enfants. Cette exposition a démontré que la culture n’est pas un luxe que l’on peut remettre à plus tard en période de crise, mais qu’elle constitue un élément fondamental de la capacité des sociétés à préserver leur équilibre et leur continuité. Elle a également confirmé que l’art est capable de transformer les expériences humaines en messages visuels puissants, et que l’investissement dans les enfants et dans leurs capacités créatives constitue un investissement dans l’avenir et dans la construction d’une société davantage capable de s’exprimer, de dialoguer et de créer.

Entre les murs de la salle de l’UJFP au sein du bâtiment de POD, les histoires des artistes, des enfants, des partenaires de soutien et des visiteurs se sont rencontrées dans une expérience culturelle et humaine complète. Ces trois journées resteront le témoignage d’un parcours de deux années de travail continu et le symbole d’un message affirmant que le pinceau et la couleur peuvent être des outils efficaces pour créer l’espoir, préserver la mémoire et renforcer la résilience culturelle à Gaza.

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