Carburant, blocage de l’A75 : en pleine agitation agricole, mobilisations et convocation judiciaire à la CR de l’Aveyron
Julien Servent
Publié le 30 septembre 2026 à 14:31
Manifestation de la Coordination Rurale Aveyron à Rodez contre la hausse des carburants, le 21 septembre 2026. Crédit photo : CR12
La Coordination Rurale de l’Aveyron menait ce 21 septembre une manifestation à Rodez contre la hausse des prix des carburants. La préfecture a annoncé déposer une nouvelle plainte pour des dégradations, alors que le secrétaire du syndicat est déjà convoqué devant la justice ce mercredi 30 septembre pour des dégâts pendant les blocages de l’A75 et de la RN88.
Lundi 21 septembre, 300 personnes répondaient à l’appel de la Coordination Rurale de l’Aveyron, pour une mobilisation à Rodez contre la hausse des prix du carburant.
« Convergence des luttes »
Le syndicat agricole y avait convié « BTP, artisans, routiers, professions libérales », au nom d’une « convergence des luttes » Soit les professions concernées plus spécialement par l’usage du Gazole Non Routier (GNR), raffiné par les mêmes entreprises que le reste du carburant, dont les dividendes s’envolent actuellement, mais moins taxé par l’État. Deux radars automatiques préalablement sciés sur le réseau routier étaient déposés ce soir là devant le Centre des Finances Publiques et la préfecture.
Le co-président de la CR Aveyron, Éloi Nespoulous, prenait ensuite la parole pour mettre en avant la baisse tendancielle du revenu paysan : « Si nos produits étaient payés à leur juste valeur pour couvrir nos coûts de production, nous ne serions pas là ce soir » Avant d’enchaîner sur le mutisme des pouvoirs publics face aux marges de la grande distribution.
Agitation agricole montante
Cette action était menée alors que les actions paysannes se multiplient, au terme d’un été particulièrement dramatique en terme de chaleurs ininterrompues et de sécheresses. L’association Solidarité Paysans, qui accompagne des exploitant-s en difficulté, publiait le 23 septembre son rapport annuel sur la base de plus de 3 600 agriculteurs-trices aidé-es en 2025, en alertant sur le risque d’une « vague de suicides » et d’exploitations qui périclitent après cet été caniculaire.
La colère agricole est de nouveau dans une phase d’intensification en ce mois de septembre, avec des actions menées ces derniers jours dans les Deux-Sèvres, dans le Rhône, en Haute-Loire, en Ariège, en Dordogne, et dans de nombreux autres départements.
Mais c’est en Corse que la mobilisation s’envole. Jeudi 24 septembre, entre 800 et 1200 manifestant-es sont sorti-es dans les rues et sur les routes. Une mobilisation de très haut niveau, parfois même qualifiée de soulèvement (sans heurts) par la presse insulaire par son ampleur, dans une île peuplé d’à peine 365 000 habitant-es, pour 4 700 à 4 800 actifs-ives agricoles (hors saisonniers), et un nombre d’exploitations compris entre 2 600 et 2 900. En terme de proportion des actifs-ves agricoles, cette mobilisation insulaire est comparable aux plus grandes journées de manifestations agricoles de l’histoire sociale française.
Les ports d’Ajaccio et de Bastia ont été bloqués, ainsi que l’aéroport de Calvi et certains ronds-points et lycées agricoles. La préfecture de Bastia a aussi été investie et occupée par les manifestant-es. Les syndicats ont accepté de lever les barrages, non sans hésitations et divisions, en attendant une réunion avec le ministère de l’Agriculture à Paris qui doit se tenir ce mercredi 30 septembre.
Dans le viseur de ces mobilisations, que ce soit sur le continent ou sur l’île : l’insuffisance du plan d’indemnisation CASI, proposé pour pallier aux calamités agricoles de cet été. En 2023, le régime public de gestion des risques a été profondément réformé, avec un nouveau système reposant sur un rôle accru des assureurs privés pour les aléas significatifs. Sauf qu’au vu des prix des assurances privées et de la faiblesse des revenus agricoles, toutes filières confondues, seules environ 22,5% des surfaces étaient assurées en 2025.
Plainte de la préfecture et convocation au tribunal pour la CR de l’Aveyron
Dans la foulée de l’action du 21 septembre, la préfecture de l’Aveyron a annoncé le dépôt d’une plainte pour dégradations.
Déjà ce mercredi 30 septembre, Éloi Nespoulous, coprésident du syndicat aveyronnais, est convoqué devant le tribunal de Rodez. Cette procédure concerne les actions de blocage liées au mouvement contre la gestion gouvernementale de la crise de la dermatose nodulaire à l’hiver dernier, auquel avait aussi participé la Confédération Paysanne, le Modef, et des adhérent-es de base des Jeunes Agriculteurs-trices et de la FNSEA. Sont reprochées à la CR des dégradations pendant les blocages de l’A75 et de la RN88, notamment par rapport à des trous dans le bitume et des barrières de sécurité arrachées ou cassées.
« L’État a allumé le brasier. La France d’en bas est au bord de l’explosion. À force d’ignorer la détresse, l’État devra répondre de ses actes : non-assistance à personne en danger ! », a commenté publiquement le syndicat, en appelant à la solidarité devant le tribunal de Rodez dès 15h.
Le 8 septembre 2026, la CR du Lot-et-Garonne était condamnée en appel à près de 170 000 euros d’amendes et de dommages et intérêts pour des dégradations de biens publics et privés, des dépôts illégaux de déchets et des menaces envers des agents de l’État.
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