PoliceJustice
Analyse 23 mars 2020

Covid-19 : l’Iran libère 85 000 détenus quand la France opte pour la carotte et le bâton face aux mutineries

par Le Poing

La République islamique d’Iran, qui a condamné à mort 253 personnes en 2018, a décidé de libérer provisoirement 85 000 détenus pour limiter les risques face à la pandémie de Covid-19. Les prisonniers purgeant une peine de moins de cinq ans ont recouvré la liberté, sans savoir quand ils seront de nouveau engeôlés. Pendant ce temps-là, l’administration pénitentiaire française promet une réponse « ferme » à l’encontre des détenus qui oseraient participer à des mouvements de contestation.

Mutineries partout

Surpopulation, hygiène déplorable, manque d’accès aux soins : les prisonniers sont une population à risque en temps de pandémie. Un détenu a succombé au coronavirus à Fresnes, et un cas a été avéré dans la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (VLM). Selon le témoignage d’un prisonnier de VLM, ceux qui présentent des symptômes ne sont pas testés mais transférés en cellules d’isolement. Pour les malades, c’est la double-peine, les cellules d’isolement, autrement appelés mitards, ayant été qualifiées par la Commission nationale consultation des droits de l’Homme de « torture blanche » : « altération des sens, déstabilisation des repères spatio-temporels, décompensation psychologique, etc. » La suspension des parloirs est également une mesure très impactante pour les détenus ; ils ne peuvent plus voir leur famille, faire l’amour ou bien encore se faire livrer de la viande ou du cannabis. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les prisonniers français aient imité leurs homologues italiens. Une trentaine de prisons ont été touchées par des mouvements de contestation depuis l’annonce du confinement, notamment à Grasse, Béziers, Draguignan, Uzerche, Le Mans, Rennes, Marseille, Aix-en-Rovence, Nanterre, Varenne-le-Grand, Lille, Neuvic… Dans la plupart des cas, les détenus ont refusé de réintégrer leur bâtiment cellulaire pendant qu’ils étaient dans la cour de promenade, et certains sont parvenus à monter sur les toits, notamment à Uzerche.

« Les meneurs ont été identifiés […] Notre réponse sera ferme » a menacé l’administration pénitentiaire. Poursuites pénales, sanctions disciplinaires : toutes les options sont sur la table. D’une part, l’administration pénitentiaire cherche à éviter un embrasement massif et coordonné dans les prisons en réprimant les mutins pour dissuader les autres détenus de s’y mettre, et d’autre part, elle cherche à acheter la paix sociale en compensant la suspension des parloirs avec la télévision gratuite pour tous les détenus, un forfait téléphonique (permettant d’appeler sur les téléphones disponibles dans les cours de promenade), l’aide pécuniaire pour les indigents, et, surtout, l’octroi exceptionnel de réductions de peine« en prenant compte du bon comportement de chacun durant la période de confinement » , comme le prouve ce document, daté du 22 mars, distribué aux prisonniers de Villeneuve-lès-Maguelone :

Mais pour le moment, l’État n’envisage pas de libérer des prisonniers au nom de la lutte sanitaire contre le covid-19, ce qui explique notamment le maintien des procédures de comparution immédiate malgré la fermeture des tribunaux. Et on peut craindre que l’instauration du couvre-feu dans de nombreuses villes, dont Montpellier, et le durcissement des sanctions pour non-respect du confinement, désormais puni de six mois de prison, envoient davantage de monde en prison, dont des personnes positives au covid-19.


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