Politique
Reportage 10 juin 2021

Des premières assises intergalactiques réussies pour la presse libre

Le week-end dernier, Le Poing était aux premières assises intergalactiques de la presse libre et indépendante, près de Nice. Organisé par le journal niçois Mouais, ce week-end de rencontres nous a profondément rassuré : certes, nous sommes de petits médias parfois fragiles, mais nous ne sommes pas seuls.

Après un long trajet dans l’arrière-pays niçois durant lequel la chère camarade du Poing nous apprend que le philosophe Gilles Deleuze était fan de Claude François (ça nous fait une belle jambe), nous empruntons une étroite et sinueuse piste pour rejoindre le lieu des festivités, suivis par la voiture des copains et copines de La Mule du Pape. L’équipe du journal niçois Mouais, qui organise ces assises, nous accueille avec leurs beaux t-shirt rouges floqués du nom de leur revue, dans une ferme magnifique avec des oliviers « aussi beaux qu’en Cisjordanie » selon Brigitte.

« Un journal de gauchistes à Nice ? Ouah, ça doit être dur !», rigole-t-on sur le parking. Pourtant, le lendemain, une manifestation féministe en soutien aux personnes migrantes a réunie des milliers de manifestants dans la ville de Christian Estrosi. Des militants d’extrême droite voulant attaquer la manifestation ont été repoussés deux fois et ont fini par partir en courant. Comme quoi, on n’est jamais à l’abri de bonnes surprises…

A peine arrivés, on (re)découvre tout un écosystème de médias alternatifs, libres, indépendants, « pas pareils » , ainsi que les gens qui les font vivre : Les Marseillais du Ravi (journal d’enquête et de satire) et de Primitivi (qui ont projeté leur excellent film sur « la bataille de la Plaine »), Mediacoop (pure-player basé à Clermont-Ferrand), la revue écolo lyonnaise Silence !, L’empaillé (canard aveyronnais, notre coup de cœur), L’Arlésienne (« gazette-enquête-anisette », on est fan), Acrimed (la base) ou bien encore La Brique (venue de Lille, ils sont déters !) – désolé pour ceux qu’on n’a pas cité !

C’est une carte de la presse « pas pareille » réalisée par l’Âge de faire et affichée sous un kiosque à journaux qui nous a fait lever les yeux de notre trou montpelliérain : « Ah mais on est autant que ça à faire de la presse alternative ? » Pas loin de 80 titres sont référencés. Certains sont purement bénévoles, d’autre salariés sous statut associatifs ou en Scoop – bref, une presse parallèle qui résiste tant bien que mal aux médias mainstream (« utilisez les bons mots : ce n’est pas la presse mainstream mais la presse dominante ! » rappelle justement un militant d’Acrimed).



Ateliers, conférences-gesticulées, concerts, fiestas et débats ont rythmé le week-end, dont l’un animé par La Mule, La Brique, Le Poing et Cédric Herrou, qui a raconté comment il s’est servi des médias dominants pour la cause des sans-papiers. On y a causé objectivité (ça n’existe pas et ça concerne ce compte-rendu), lien entre journalisme et militantisme (on peut être journaliste et militant même s’il faut bien avoir conscience qu’une « opinion juste » ne fait pas une information juste pour autant), rapport avec les journalistes des médias dominants (ce ne sont pas tous des salauds, loin de là, et c’est toujours utile d’avoir de bonnes relations avec eux) ou bien encore ce qui fait notre singularité. Ce dernier point pose question : certes, le fait que l’on ne soit pas dirigé par des marchands de bétons ou de canons nous définit et nous donne une certaine liberté éditoriale, mais si nous n’avons pas de moyens, alors cette liberté reste partielle. Un journalisme de qualité se passe difficilement d’envoyés spéciaux, de correspondants locaux, de journalistes bien payés, etc., et à ce titre, la clochardisation de la presse, y compris dominante, est inquiétante…

Moments émotions, quand une lectrice chante les louanges de nos médias indépendants, lorsqu’un vieux journaliste de l’Âge de faire s’enthousiasme de la reprise du flambeau par la jeune génération, ou quand un militant d’Acrimed constate que son travail n’y est pas pour rien dans la création de ces nouveaux médias…

Ce sont surtout les moments informels qui ont été le plus enrichissant, d’abord parce qu’on peut désormais clairement affirmer que Le Poing poutre La Mule aux échecs (enfin presque), et aussi parce qu’on s’échange des numéros, des astuces pour construire un modèle économique viable, des informations croustillantes, etc. Bref, la presse « pas pareille » s’organise, et ça n’est pas prêt de s’arrêter !

Gloire à l’équipe de Mouais pour l’organisation de ces assises fort enrichissantes. Seul bémol : on nous les avait vendues comme  « intergalactiques », donc on est un peu déçu·e·s de ne pas avoir croisé de journalistes de Mars ou de Saturne… Peut-être seront-ils là l’an prochain, qui sait… En tout cas nous on y sera pour sûr !


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