Devant le Conseil Départemental, la mobilisation des agriculteurs-trices en colère reprend dans l’Hérault
Plusieurs dizaines de manifestant-es ont répondu à l’appel de la Confédération Paysanne ce mercredi 7 janvier. Une reprise des actions contre la gestion de la crise de la dermatose et le Mercosur, entre Montpellier et Lunel.
Iels étaient plusieurs dizaines à avoir répondu ce mercredi 7 janvier à l’appel de plusieurs Confédérations Paysannes* (celles du Gard, de l’Hérault, des Bouches du Rhône ou encore de la région PACA). Dès 10h30 les agriculteurs-trices se sont retrouvé-es, muni-es de quelques engins agricoles, à l’espace La Cadoule de Vendargues. De là, le convoi a rejoint Montpellier et le Conseil Départemental, vers Alco. Objectif : demander aux élu-es héraultais une prise de position sur la gestion sanitaire de la crise de la dermatose.
Depuis plusieurs mois, et avec une nette accélération depuis le mois de décembre, la Confédération Paysanne, le Modef et la Coordination Rurale* s’opposent à l’abattage systématique des troupeaux de bovins dont une ou quelques têtes sont contaminés par cette maladie, non transmissible à l’homme, et demandent une politique de vaccination généralisée des troupeaux.
La dermatose a déjà frappé la Réunion en 1992, et l’épidémie y a été vaincue sans abattage systématique, par une politique de vaccination généralisée. Si le gouvernement maintien son cap pour le moment, appuyé par les syndicats FNSEA** et Jeunes Agriculteurs**, les périmètres de vaccination ont été étendus en décembre par le ministère de l’Agriculture. Le département de l’Hérault est tout entier concerné par une campagne de vaccination obligatoire aux frais de l’État, avec près de 7 000 bovins vaccinés dans l’Hérault depuis le 19 décembre, selon la préfecture.
À Alco, les syndicalistes paysans sont rejoints par quelques soutiens, avec par exemple la présence de quelques membres de Solidaires Étudiant-es. Une délégation a pu rencontrer Kléber Mesquida, président du Conseil Départemental, et Yvon Pellet vice-président délégué à l’économie agricole et à l’aménagement rural, par ailleurs maire de Saint Géniès des Mourgues. Les deux élu-es ont affirmé leur rejet de la politique actuelle du gouvernement sur la dermatose. Kléber Mesquida a affirmé devant la foule avoir envoyé le 19 décembre une lettre au 1er Ministre, demandant une accélération de la vaccination, un renforcement des contrôles sur les déplacements de bétail, et une prise en compte des protocoles alternatifs proposés par les syndicats contestataires.
Si l’Hérault compte peu de bovins, c’est un des territoires d’implantation de la race camargue, particulièrement fragile puisque de faible effectif, et souvent élevée en extensif. De nombreux manadiers-ères ont d’ailleurs participé aux actions du mois de décembre dans le département. Dans le rassemblement, une banderole flanquée d’un « Faites l’amour, pas le Mercosur » est venue rappeler d’autres sources de mécontentement.
Les discussions autour d’un traité entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur, qui instaurerait la plus grande zone de libre-échange mise en place par l’UE, inquiètent et mobilisent beaucoup le monde agricole, en France comme dans le reste de l’Europe.
Les manifestant-es sont ensuite reparti-es pour installer un barrage filtrant sur l’A9 au niveau de Lunel, jusque tard dans la nuit. Un camion de tomates espagnoles à destination de la Hongrie a par exemple été intercepté. Les manifestant-es l’ont laissé repartir avec son chargement, non sans peinturlurer le camion avec du faux sang.
La Coordination Rurale de l’Hérault a elle rejoint ce jeudi 8 janvier une action coorganisée par la CR et la Confédération Paysanne près de la frontière franco-espagnole. Le péage d’entrée sur l’A9 de Perpignan Sud est actuellement bloqué par les manifestant-es, après que la gendarmerie les ait empêché-es de mettre les pieds sur l’autoroute elle-même. Côté espagnol, ce sont une centaine de tracteurs qui bloquent l’autoroute entre Barcelone et la frontière.
*Troisième syndicat agricole, classé à gauche, qui organise des petit-es et moyen-nes exploitant-es, avec une bonne proportion d’exploitant-es en reconversion, souvent attiré-es par la très forte identité agro-écologique mise en avant par l’organisation
**Le Mouvement de défense des exploitant-es familiaux, ou Modef, classé à gauche, syndique principalement des petit-es agriculteurs-trices, quel que soit leur mode de production. Tout en défendant une transition écologique. Le syndicat est aujourd’hui affaibli, en dehors de quelques bastions comme les Landes, la Martinique ou la Guadeloupe.
***La Coordination Rurale est le second syndicat d’agriculteurs-trices, regroupant des petits et moyens exploitant-es en situation de fragilité sur le marché des filières de l’agro alimentaire. Elle est très critique du syndicat majoritaire, la FNSEA. De plus en plus de ses cadres affichent leur proximité avec l’extrême-droite, même si certain-es de ses membres peuvent être critiques envers ce camp politique. Le syndicat tend à radicaliser sa ligne anti-écolo, dans un contexte où le monde paysan se trouve de plus en plus pris en tenaille entre les aspirations écologiques de la société civile et la crise agricole. Non sans nuances. Serge Zaka, docteur et chercheur en agroclimatologie auquel le média écologiste Reporterre consacrait un portrait en mars 2023, est régulièrement l’invité de discussions organisées par des sections locales de la CR. La CR34 et les membres du parti Les Écologistes se retrouvaient fin juillet pour une discussion sur les enjeux agricoles. Avec des points d’accord, en matière de rejet des mégas-bassines, de lutte contre la bétonisation, de distribution des aides de la PAC, dans la foulée d’actions virulentes menées par le syndicat après des propos de Sandrine Rousseau jugés provocateurs « J’en ai rien à péter de la rentabilité des agriculteurs. », avait déclaré cette dernière interrogée à propos de la loi Duplomb visant à réduire les contraintes réglementaires des agriculteurs-trices, entre autres pour l’usage de pesticides, adoptée le 8 juillet 2025
****La FNSEA est le principal syndicat agricole, et revendique 212 000 adhérents-es sur 400 000 exploitant-es. Plus 50 000 chez les Jeunes Agriculteurs, son « antichambre » qui regroupe les moins de 35 ans. Les Jeunes Agriculteurs peuvent suivre une ligne autonome. En 2019 ils remportaient la Chambre d’Agriculture de Guadeloupe avec le Modef, contre la FNSEA. En 2025 sa section corse avait envisagé une alliance avec la Coordination Rurale. La FNSEA syndique des exploitant-es de toutes tailles, inséré-es dans les filières agro-alimentaire, mais défend en priorité les intérêts des plus gros-ses. Ce qui est très visible dans sa défense d’une attribution des aides de la PAC à l’hectare plutôt qu’à l’exploitant-e. La FNSEA peux parfois défendre les intérêts des petits et moyens exploitant-es, tant que cette défense ne rentre pas en contradiction avec les intérêts de l’agro-industrie. Elle est dirigée par Arnaud Rousseau, à la tête d’une immense exploitation agricole de plus de 700 hectares. L’homme est aussi président du groupe agro-industriel Avril, qui regroupe Lesieur, Puget. Il est actif dans l’alimentation des animaux d’élevage, les agrocarburants ou encore la chimie des huiles et protéines végétales, et président du Conseil d’Administration de Sofiprotéol, qui finance des crédits aux agriculteurs.trices. La FNSEA est une organisation tentaculaire sans équivalent en dehors de l’agriculture. Elle a un contrôle sur une bonne partie de la presse spécialisée. Elle fournit des services à ses adhérent-es, et est présente dans de nombreux organismes encadrant le monde agricole, comme le Crédit Agricole ou la Sécurité Sociale agricole, la MSA. Si bien qu’on peut y adhérer sur une logique d’un « il vaut mieux en être ».
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