«J’ai croisé tous les collègues, les forces de l’ordre»: nouvel audio accablant sur les liens entre la police et les milices d’extrême droite
Le 24 octobre, un cap a été franchi : à l’initiative de l’influenceur montpelliérain Charlie Mombert, des milices se sont formées pour « protéger » les commerçants. Dans les faits, elles ont tabassé des manifestants dans plus d’une dizaine de villes, sous la protection de la police. Le ministre de l’Intérieur nie toute complicité, mais les preuves ne laissent aucun doute. Le Poing, qui avait alerté en amont, a identifié la milice montpelliéraine et publié une photo et des audios attestant de sa « coopération » avec la police. Ces révélations ont été reprises par Franceinfo, Libération, l’Humanité, HuffPost, Blast… Nous publions aujourd’hui un nouvel audio.
« Si, si, tu peux entraver »
Officiellement apolitiques, ces milices disent vouloir protéger les commerçants après les pillages du 17 octobre. Le Poing a documenté une autre réalité : tatouages liés au suprémacisme blanc chez leur chef, Charlie Mombert, et messages racistes à foison sur leurs groupes Telegram. À Montpellier, un administrateur du groupe est membre des Frères dissidents, groupuscule complotiste et souverainiste. L’initiative est soutenue par les Jeunes d’Oc, groupe identitaire dont le porte-parole, Anthony Ilhat, est accusé par Streetpress d’avoir tabassé des étudiants début octobre. Le 24 octobre, les vidéos de la milice montpelliéraine ont largement circulé, tant sa coopération avec la police y paraît évidente.
Le Poing a identifié les miliciens, publié la photo de l’un d’eux posant avec un écusson « CRS » offert par un policier, et diffusé un audio où un administrateur du groupe se félicite d’une « bonne coopération avec les forces de l’ordre », « il y a eu une coordination et une coopération avec la police à chaque fois. »
Le même administrateur a publié un autre audio, dans la matinée du 24 octobre, dont voici le contenu : « Si, si, tu peux entraver. […] Ce matin, j’ai croisé tous les collègues, les forces de l’ordre, etc., en leur expliquant ce que j’avais dit à tout le monde. L’entrave, c’est vraiment si elle est nécessaire. S’il y a un mec qui a été violent, agressif, et que vous arrivez à l’appréhender, et qu’il n’y a pas besoin de l’entraver, tant mieux. Ce qui est important, s’il est entravé, c’est qu’il ne soit pas mis sur le ventre, et qu’on prévienne rapidement les forces de l’ordre. »
« Jamais jusqu’à tuer »
L’administrateur en question a aussi publié une sorte du tutoriel du bon milicien :

Le procédé se veut légaliste, mais rien ne va. L’article 73 du Code de procédure pénale permet à quiconque assiste à un crime ou à un délit flagrant puni de prison d’en appréhender l’auteur sur le moment. Il ne permet pas de patrouiller en bande pour « entraver ». Quant à l’article 803, il limite le recours aux menottes… pour ceux qui ont le pouvoir d’en poser. Le visuel se veut tout de même rassurant : pour défendre un bien, c’est « jamais jusqu’à tuer volontairement ». Ouf !
Le 29 octobre, la préfète de l’Hérault a rappelé que seules les forces de l’ordre « disposent du monopole de l’usage légitime de la force ». Elle a prévenu que ceux qui s’engageraient dans « une entreprise de sécurité privée » devraient « répondre de [leurs] actes devant la Justice ». Les miliciens ont pourtant été identifiés, et aucun n’a été interpellé. Pire : une personne arrêtée et violentée par la milice et remise à la police a été condamnée par la justice.
Des milices qui se structurent
Après le fiasco du 24 octobre, les milices sont globalement restées en retrait, au niveau national, lors de la mobilisation du 31 octobre, mais elles n’ont pas dit leur dernier mot. Selon nos informations, Charlie Mombert cherche à les structurer en « formant » des représentants, ville par ville. À Montpellier, trois militants d’extrême droite étaient tout de même présents le soir du 31 octobre. Violentés par des antifascistes, ils ont été secourus par une charge policière.
L’Observatoire des libertés de Montpellier a dénoncé « l’action de petits groupes hostiles et violents avec les manifestants, soutenus par les CRS habituellement stationnés à Montpellier. La réitération de ce comportement de milice en lien avec les forces de l’ordre est particulièrement inquiétante. »
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