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Analyse 24 juillet 2021

« La quatrième vague, c’est nous » : 8000 manifestant·e·s à Montpellier contre le pass sanitaire

Foule compacte à Montpellier le 24 juillet contre le pass sanitaire.

La mobilisation contre le pass sanitaire se renforce partout en France. À Montpellier, ils étaient deux mille le 14 juillet, cinq mille le 17 juillet et huit mille ce samedi 24 juillet. L’été sera chaud.

Le dernier point de situation de l’agence régionale de santé d’Occitanie, évoquant une épidémie se diffusant à un rythme « alarmant » dans la région, n’a pas refroidi les ardeurs des Montpelliérain·nes. Dès midi, ils étaient une cinquantaine réuni·e·s en assemblée générale sur le parvis de l’opéra. Au cœur des palabres : la volonté de revendiquer le caractère anticapitaliste et antisécuritaire du mouvement, de passer à la vitesse supérieure avec des blocages et de se revoir le samedi 31 juillet à midi à l’Esplanade (à confirmer, lisez Le Poing).

Liberté individuelle ou collective ?

En début d’après-midi, les masses ont rejoint la place de la Comédie, avec des slogans clairs : « non au pass sanitaire », « nous ne sommes pas des complotistes », « Macron dégage ! » (un clin d’œil aux révolutions arabes ?), « c’est pas les soignants qu’il faut piquer, c’est les gendarmes et les policiers » (exemptés de vaccination obligatoire…) et le classique « liberté ! », répété sans cesse.
À propos de ce dernier slogan, Le Poing se permet une digression de philosophie politique : « entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ! » On peut s’inspirer de cette phrase d’Henri Lacordaire pour dénoncer, par exemple, le fait qu’un grand patron va justement se prévaloir de sa liberté pour exploiter, polluer et piller, et qu’il faille justement collectivement imposer des restrictions à sa liberté pour garantir les droits de toutes et tous, même si nous n’avons bien sûr aucune illusion sur les vertus des parlementaires (qui viennent de voter la loi « séparatisme », discriminant encore les musulman·e·s dans l’indifférence générale…)
Certains partisans de la vaccination (qui, rappelons-le, est une arme contre le covid, bien qu’elle ne soit pas suffisante) clament précisément que non, la vaccination n’est pas une histoire de liberté individuelle mais collective. Exemple : la vaccination n’a quasiment aucun effet sur les immunodéprimés pour qui la seule manière d’être protégé… c’est que les autres le soient ! Toujours est-il que cette soif de liberté est salvatrice face à cette caste politique apeurée à l’idée de perdre ses privilèges et qui misent sur l’arsenal sécuritaire pour retarder son inexorable chute.

Une lutte anti-autoritaire

Non, il n’est pas complotiste de considérer que le fait qu’il faille prouver sa bonne santé pour accéder à un lieu s’apparente à l’émergence d’un crédit social à la chinoise (les gouvernements ont tendance à s’aligner sur les standards démocratiques du pays le plus puissant, hier les États-Unis, aujourd’hui la Chine).
Tous les dispositifs soi-disant « exceptionnels » des états d’urgence ont fini par rentrer dans le droit commun (la perquisition administrative imposée après les attentats du Bataclan était présentée comme provisoire et elle est pourtant toujours d’actualité…) Dans une tribune, le nouveau collectif montpelliérain « Autodéfense & révolution » résume bien la situation : « En Chine le système de crédit social ne concerne pas uniquement l’état de santé, mais aussi les dettes et le paiement des amendes, dessinant les contours d’un contrôle social intégral. La logique répressive du pass sanitaire c’est l’exclusion sociale comme punition. Il pourrait à la longue s’appliquer à d’autres champs non sanitaires (solvabilité de l’individu, casier judiciaire, emploi, etc). »

On remarque que le nouveau et détestable préfet de l’Hérault, Hugues Moutouh, a encore misé sur un dispositif policier léger ce samedi et on constate d’ailleurs qu’il n’y a pas eu de « débordements », nouvelle preuve s’il en fallait que c’est bien l’État qui fixe le niveau de la violence, et non les manifestants. En revanche, une vingtaine de nazillons de la Ligue du Midi – un obscur groupe d’extrême-droite ouvertement raciste et sexiste – a tapé l’inscrut’ et en a profité pour taper un militant communiste. Pas d’inquiétude : au début du mouvement des gilets jaunes, l’extrême-droite se croyait aussi en terre conquise, avant d’avoir été rapidement et durablement marginalisée. Et justement, le fameux slogan phare des gilets jaunes « on est là, pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur ! » a enflammé les manifestants, à deux pas de la préfecture, avant une écoute collective de de Bob Marley et John Lennon sur l’Esplanade…

À samedi prochain !


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