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Analyse 2 mai 2020

Le 1er mai sauvegardé et renouvelé à Montpellier et Sète

Rassemblement le 1er mai 2020 devant la mairie de Sète (photo empruntée à la page facebook "LDH Sète")

Gilet-jaunisée, anti-sécuritaire, internationaliste, festive : face au confinement, la grande journée des luttes des travailleurs a été marquée par un renouvellement de ses significations.

Plusieurs actions ont réussi à se dérouler pour marquer la journée du 1er Mai à Montpellier. Les syndicats héritiers du mouvement ouvrier sont habituellement à la barre de cette « fête » qui honore les luttes des travailleurs. Mais dans le contexte 2020, les unions syndicales locales n’avaient que mollement répercuté les instructions données par les centrales au niveau national. Lesquelles étaient déjà bien tièdes, en appelant à la diffusion de messages sur les réseaux sociaux, et à d’hypothétiques casserolades aux balcons. Lesquelles ne correspondent guère aux usages protestataires dans l’Hexagone.

À contrario, c’est donc bien en se retrouvant dans la rue, que plusieurs dizaines de Montpelliérain·e·s ont tenu à manifester leur attachement « aux libertés publiques essentielles », au premier rang desquelles « la liberté d’expression et de circulation ». On cite ici un appel commun de la Ligue des Droits de l’homme (LDH), du Droit au Logement, de la Cimade et du MRAP.. Lequel ne manquait pas de mentionner particulièrement la garde à vue survenue à Toulouse après des poses de banderoles à des balcons. Et ces organisations appelaient donc à un « 1er Mai internationaliste, pacifiste, antifasciste… et libre ».

On n’est pas en train de citer un banal et sempiternel communiqué inter-orgas. Parmi les signataires, on relève ainsi Droit au logement, organisme activiste qui agit à ras du terrain auprès des premières victimes sociales de la crise. On relève la Cimade, un organisme qui se mobilise très concrètement en soutien aux sans papiers. On relève que « l’antifascisme » et la défense des droits de l’homme dénoncent, au fond, la société de contrôle sécuritaire. Et on relève qu’en période de crise aigüe à Montpellier, ce ne sont plus les syndicats qui se mettent aux avant-postes de ces questions premières sur l’agenda de la résistance anticapitaliste.

Responsable de la Ligue des Droits de l’Homme, Jean-Paul Vogelle explique, à titre personnel : « mettre en avant le sort des migrants, c’est élargir les questions, ne pas seulement s’en tenir à la défense des droits acquis des travailleurs ». Ainsi a-t-il fait partie d’un regroupement d’une quinzaine de personnes en fin de matinée devant les locaux de la Cimade et du Réseau Éducation sans frontières, rue du Faubourg Boutonnet. Ces personnes s’accordaient leur heure quotidienne de sortie dérogatoire au confinement, pour « converger », tout en respectant scrupuleusement les gestes barrières.

Photo empruntée sur la page facebook “LDH Montpellier”

D’autres s’étaient disséminées en ville, pour apposer diverses affichettes renouvelant les appels aux droits. Mais là encore, la LDH élargit grandement son éventail de préoccupations, en appelant à « une société économiquement juste, socialement fraternelle, écologiquement durable ». Ailleurs en ville, d’autres militants se savaient suffisamment nombreux à résider dans le quartier, pour se fixer l’objectif de parcourir leur kilomètre de tolérance jusqu’au Parc Tastavin. Ils y furent une dizaine, tout de même dissuadés pour certains, contrôlés pour d’autres, mais non sanctionnés, par des policiers qui ne semblaient pas là par hasard.

Sophie Mazas, autre figure de la LDH, portant en famille un écriteau « COVID-1984 – Non à la surveillance de masse », tout en protestant vigoureusement contre ces contrôles d’identité, se réjouissait « d’avoir été applaudie par des habitants sur le chemin », avec ses slogans et sa musique. Mais alors les gilets jaunes ? Ils ne pouvaient disparaître ! Au rond-point Chez Paulette, une banderole a été fixée, reprenant le modèle toulousain incriminé : « Macronavirus – À quand la fin ? »

Photo empruntée sur la page facebook “LDH Montpellier”

En plein centre ville, rue Durand, on a vu surgir une banderole jaune genêt (et non muguet), genre Prés d’Arènes, et son gilet associé : « Ecoles Hopitaux sacrifiés ». Dans cette rue qui en comptait déjà d’autres, un nouvel écriteau est aussi apparu, mentionnant : « Profits pour eux, ou partage pour tous ? » Sans en faire un acte pleinement politique, une quinzaine habitants décidèrent de lever le verre sur le trottoir un instant, assumant à la vue de tous que le refus du contrôle sécuritaire passe aussi par un rien d’insubordination festive.

Et notons qu’à Sète, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées devant l’Hôtel de Ville. Ces mobilisations qui s’ébrouent, ces énergies et ces axes alternatifs, ces modes d’action disséminés, sont peut-être à réfléchir et à débattre en vue d’autres rendez-vous futurs.

Photo empruntée sur la page facebook “LDH Montpellier”

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