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Reportage 30 octobre 2021

Montpellier : entre sensibilisation et revendication, opération nettoyage du Lez

Petit échantillon des déchets récupérés dans le Lez lors de l'action de nettoyage du 26 octobre.

Ce mercredi 27 octobre, Greenpeace Montpellier organisait une opération de nettoyage du Lez, en partenariat avec les plongeurs du CESAM, et les assos “Montpellier Canoë Kayak” et “Sentinelles des rivières”, soutenus par toute une ribambelle de groupes écolos. L’occasion de mettre en lumière la pollution du fleuve. Mais aussi d’exposer une série de revendications portées vers la Métropole, à l’aube d’une nouvelle campagne du groupe sur le sujet.

Milieu de matinée, ce mercredi 27 octobre. Quelques dizaines de personnes se retrouvent, devant la Maison du Lez, pour entamer cette action de nettoyage du Lez. Membres du groupe local de Greenpeace, associatifs, simples participants, quelques journalistes : tout le monde joue son rôle, dans un ballet bien rôdé. Les membres de l’association “Montpellier Canoë Kayak” prêtent les embarcations qui serviront à partir à la pêche au déchet sur les eaux du fleuve montpelliérain. La collecte sous-marine est dévolue à l’équipe de plongeurs du CESAM.

On embarque. Novices, on ne capte pas forcément tout de suite l’intérêt de la mission. Au milieu du Lez, là où le niveau de l’eau est haut, le courant présent, peu de déchets restent à la surface. C’est en s’approchant des berges, de tout ce qui peut accrocher des flottants, ou encore de l’embouchure du canal du Verdanson qu’on saisit l’ampleur du phénomène. Bouchons et bouteilles en plastique, cannettes de bière par dizaines, masques évidemment, caleçons : on trouve vraiment de tout dans le cours de la rivière.

Pour les plongeurs du CESAM, la pêche est encore meilleure : quatre vélos, un caddie…

Les plongeurs du CESAM en pleine action.

Au moins autant qu’une entreprise de dépollution effective, l’action vise à la sensibilisation des habitants de Montpellier, et à porter une série de revendications devant la Métropole. La démarche s’articule pour le moment autour d’une pétition disponible en ligne, et est soutenue par tout un panel d’organisations écologistes locales : Montpellier Zéro Déchet, Pacte pour la Transition, Alternatiba, Clope – Collecte Locale Organisée Pour l’Environnement, Youth for Climate, Surfrider Foundation Hérault, Anv-cop21, Océan protection…

Selon un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature c’est 230 000 tonnes de déchets plastiques qui finissent chaque année dans la mer Méditerranée. « Une meilleure gestion des déchets dans les 100 villes les plus polluantes pourrait réduire le rejet de plastique dans la Méditerranée de 50 000 tonnes par an. » D’après Greenpeace Montpellier, 12 % des déchets retrouvés en mer proviennent des fleuves et des rivières.

Face à ce constat, la campagne lancée par Greenpeace n’en est qu’à ses débuts. Les prochaines semaines seront donc consacrées à un travail de mesure des problèmes de pollution fluviale, avec l’aide de spécialistes des rivières (techniciens, ingénieurs), et en lien régulier avec chaque délégation correspondante a la mairie (déchets, assainissement, urbanisme), pour pouvoir présenter un dossier abouti aux équipes de Michaël Delafosse.

D’ores et déjà, plusieurs actions sont exigées des pouvoirs publics locaux. Mener une campagne de sensibilisation forte auprès de la population, dans un premier temps. Sur le parcours que suivent les déchets que l’on laisse dans les rues, ou qu’on balance aux toilettes par exemple. Lors des crues, fréquentes dans la région, de nombreux déchets censés passer dans le réseau des eaux usées, puis en station d’épuration, se retrouvent directement dans le Lez. Plusieurs raisons à cela. Dans le centre-ville de Montpellier, les réseaux dans lesquels l’eau de pluie s’écoule rejoignent les réseaux d’eaux usées, c’est ce qu’on appelle un réseau unitaire. Problème : les capacités de traitement des infrastructures d’épuration se retrouvent débordées, et des eaux non assainies, sans filtrage ni traitement, se déversent dans le fleuve. La station d’épuration Maéra est d’ailleurs connue pour être vétuste sur un plan technique. Par ailleurs, la pluie transporte avec elle, via le ruissellement, une grande partie des déchets légers qui se retrouvent sur le sol de nos villes. Et dans le reste de la Métropole, munie d’un réseau qui sépare eaux usées et eaux de pluie, ces dernières vont directement dans les cours d’eau sans aucun traitement. La situation est aujourd’hui d’autant plus alarmante du fait de la crise sanitaire actuelle. En effet, les produits à usage unique sanitaires sont massivement utilisés (masques chirurgicaux, gants et lingettes). De plus, la vente à emporter, tout comme la livraison à domicile connaît une augmentation significative. Or, ces derniers sont connus pour leur forte utilisation de plastiques à usage unique.

Greenpeace exige donc des pouvoirs publics une politique d’affichage dans les lieux publics, d’ateliers dans les établissements scolaire, de formations dans le monde du travail.

Si le cahier de revendications qui sera adressé aux pouvoirs publics n’est pas encore finalisé, de nombreuses autres solutions complémentaires sont esquissées. Placer au niveau des points d’entrées, des grilles pluviales, et des avaloirs pour faire un pré-tri. Obliger les entreprises locales à respecter les normes écologiques en matière de rejet des eaux usées. Revoir l’aménagement des réseaux d’eau pluviale et installer des pièges à déchets dans les réseaux d’assainissement.

La régie locale de l’eau était jusqu’à peu séparée entre un pôle public, concernant la distribution, et un secteur privé, autour de l’assainissement, principalement détenu par Véolia. Le Poing écrivait déjà sur cette régie des eaux en 2015, dans son 20ème numéro papier. Il en ressortirais de grosses ambiguïtés sur la collusion entre intérêts publics et privés dans la gestion de la régie de l’eau.

Six ans plus tard, le 29 mars 2021, les élus de la Métropole ont voté pour le passage en régie publique de l’assainissement des eaux, sur l’intégralité des 31 communes. En parallèle, et après de nombreuses péripéties, la station d’épuration Maéra devrait bénéficier de travaux de rénovation, pour permettre la réduction de 50 à 75 % des déversements dans le Lez. Sa capacité sera portée de 175.000 à 215.000 m3/jour. Les travaux, dont le lancement est prévu en 2022, devraient permettre à l’équipement d’être livré petit à petit entre 2024 et 2026. Pour un coût de 145 millions d’euros.

Le passage en régie publique du pôle assainissement sera-t-il garant d’amélioration sur les niveaux de pollution du Lez ? La rénovation de la station Maéra est-elle à la hauteur de la hausse démographique importante que connaît la Métropole ? Le Poing tentera de répondre à ces questions prochainement.

Une prochaine action de nettoyage aura lieu mercredi prochain, le 3 novembre à 10h, à l’étang du Médard, au Grau-du-Roi ! Plus d’infos ici !


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