Politique
Analyse 15 décembre 2020

Nouveau commissariat, des armes pour la municipale : les élus de Montpellier unis dans la répression

Des gendarmes mobiles devant le Polygone à Montpellier en décembre 2019 lors d'une manifestation

Le conseil municipal de Montpellier à majorité PS a donné son aval à deux propositions promettant de renforcer la police : un nouveau commissariat à La Paillade et le renouvellement des conventions permettant à la police municipale d’être armée. Youpi.

L’actualité française est dominée ces dernières semaines par les violences et le racisme dans la police, mais pas de quoi freiner la course au tout-sécuritaire à Montpellier. Le conseil municipal de ce lundi 14 décembre a validé la construction d’un nouveau commissariat à La Paillade, rassemblant polices municipale et nationale à l’horizon 2023. Tout en reconduisant la convention de coordination entre la ville de Montpellier et la direction départementale de la sécurité publique, mise en place sous l’administration de l’ancien maire, le macroniste Philippe Saurel. Ladite convention permettant à la municipale de « garder ses armes » dixit Sébastien Coste, délégué à la protection de la population et à la sécurité publique, affilié au groupe PS.

Des mesures non contestées par l’opposition « de gauche » incarnée par « Nous Sommes » d’Alenka Doulain, qui s’est abstenue au motif que la convention « aurait due être reconduite bien plus tôt ». On se demande pourquoi elle participe aux manifestations contre la loi « sécurité globale » dont l’article premier prévoit précisément le renforcement des prérogatives des polices municipales. Le concours du sosie de Darmanin reste ouvert…

Dans une ville proche, Béziers, Mohamed Gabsi a pu tâter des joies d’une police municipale renforcée : il est mort peu après son interpellation.
Depuis 1977, on compte 676 personnes mortes à la suite d’interventions policières ou du fait d’un agent des forces de l’ordre, dont 412 par balles. Parmi ces 412 personnes, 235 n’étaient pas armées, et seulement 68 avaient au préalable attaqué la police… Sans compter les affaires passées à la trappe.

Pour le maire PS Michaël Delafosse, « la sécurité doit être une coproduction, en matière de politiques publiques, entre gendarmerie, police et justice ». La « gauche » qui, historiquement, relie avec justesse la question sociale et les phénomènes de délinquance (bien que les inégalités n’expliquent pas tout), se vautre une énième fois dans un tout-sécuritaire aussi liberticide qu’inefficace.

Comme l’expliquent ces participants à la mobilisation montpelliéraine contre la loi « sécurité globale », « la sécurité, c’est pouvoir faire des projets, avoir accès à un toit, à un travail, à la santé, aux loisirs. C’est ne pas avoir peur du futur. Le capitalisme est incapable de répondre aux besoins de parties croissantes de la population. Son système craque de partout. Mais il essaiera de se maintenir par tous les moyens disponibles, y compris par la terreur. Ce n’est pas un hasard si la surenchère sécuritaire va de paire avec la dégradation de nos conditions de vie. Les forces de sécurité, quelles qu’elles soient ont structurellement pour fonction de protéger la propriété privée, les intérêts des possédants et des exploitants. »

Il ne s’agit pas pour autant de mettre sous le tapis les problèmes de délinquance qui pourrissent véritablement la vie quotidienne de beaucoup de gens, la récente fusillade au pied de la tour d’Assas en témoigne. Mais donner des armes à feu à une police raciste et sexiste qui ressemble de plus en plus à une milice n’est jamais une solution. Pourquoi ne pas imaginer, à la base des états généraux de la sécurité, avec les associations de terrain, pour trouver des solutions populaires ?


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