Partenariat de l’Université de Montpellier avec TotalEnergies : “une convention inquiétante”, selon les syndicats

Elian Barascud Publié le 11 juin 2026 à 14:12
(Photo : Université de Montpellier, DR)

Jeudi 11 juin, l’Université de Montpellier a officialisé une convention pédagogique avec TotalEnergies pour son Master Mention Énergie. Le vote en conseil de faculté s’est conclu à égalité avant que le président de séance use de sa voix prépondérante pour faire passer le texte. Syndicats et élus dénoncent un accord éthiquement problématique. La présidence de l’université assume

La signature a eu lieu ce jeudi 11 juin à 14h15, annoncée en grande pompe sur le site de l’université une semaine à l’avance. L’Université de Montpellier (UM) et TotalEnergies ont officialisé un partenariat pédagogique autour du Master Mention Énergie de la Faculté des Sciences. Le groupe pétrogazier interviendra notamment dans les enseignements via le dispositif “TotalEnergies Professeurs Associés”.

Le chemin vers la signature n’aura pas été sans accroc. La veille, lors du conseil de la Faculté des Sciences, les élus de la liste “Ensemble pour une université de service public”, soutenus par la FSU, Solidaires et la CGT, ont tenté de bloquer la convention. Résultat du vote : 14 pour, 14 contre, 2 blancs, 5 abstentions. Le président du conseil a alors exercé sa prérogative de double voix en cas d’égalité. La convention est passée.

Une présentation jugée trompeuse

Les opposants à cette signature la jugent “éthiquement problématique”. Premier problème selon eux : le préambule de la convention reprendrait des formulations de TotalEnergies sur la “transition énergétique” et la “neutralité carbone”. Des éléments que la Cour de cassation a définitivement jugés constitutifs de “pratiques commerciales trompeuses”. En mai 2026, Transparency International France a également saisi les autorités de contrôle du lobbying pour manquement de TotalEnergies à l’obligation de sincérité, sur la base de ces mêmes allégations adressées cette fois à des responsables publics.

Deuxième problème dénoncé par les syndicats, la convention accorderait à TotalEnergies un rôle dans la définition des contenus pédagogiques sur des sujets directement liés à la transition énergétique Les élus s’inquiètent d’une stratégie d’influence comparable, selon eux, à celle jadis déployée par l’industrie du tabac : les historiens des sciences ont documenté que TotalEnergies avait connaissance de l’impact climatique de ses activités dès les années 1970, tout en finançant la diffusion du doute scientifique. Troisième point relevé : une clause engage l’université à ne pas utiliser la marque TotalEnergies “dans des conditions qui pourraient porter préjudice” au groupe. Une formulation que les opposants jugent susceptible d’entraver la liberté d’expression des chercheurs.

La présidence balaie les critiques

Contacté par Le Poing, le président de l’université Philippe Augé défend le partenariat au nom des missions de l’établissement : “Il ne faut pas oublier les missions de l’université, notamment la formation de nos étudiants et leur insertion professionnelle, y compris dans le secteur privé.” Il renvoie sur les questions pédagogiques au doyen de la Faculté des Sciences, Jean-Michel Marin.

Ce dernier assure que “les contenus pédagogiques sont élaborés sous la responsabilité de l’équipe pédagogique du Master” et que “cette convention ne confère à TotalEnergies aucun pouvoir de décision sur l’orientation des formations”.Il affirme également que “l’indépendance académique des enseignants-chercheurs et la liberté pédagogique demeurent pleinement garanties par le cadre légal”.

Dans un communiqué publié le 10 juin, le syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM) soulève également la question d’une plainte déposée contre TotalEnergies pour des faits présumés de “complicité de crimes de guerre”, “complicité de torture”, “complicité de disparitions forcées” en lien avec des violences contre des civils dans des zones d’opération du groupe au Mozambique. La procédure est en cours, aucune condamnation n’a été prononcée sur ces chefs. Le doyen Marin estime que la Faculté des Sciences n’a pas à se prononcer sur des affaires judiciaires en cours. Philippe Augé, lui, renvoie à la conscience éthique des enseignants-chercheurs impliqués.

“politique du fait accompli”

Le SCUM, qui dénonce depuis plusieurs années le refus de l’université de transmettre aux élus étudiants la liste complète des partenariats, se heurte à une fin de non-recevoir de la présidence. Philippe Augé rappelle qu’il existe “des centaines de conventions signées chaque année” et que les procédures prévoient leur présentation en conseil où siègent des élus étudiants. Reste que la convention TotalEnergies était déjà annoncée publiquement sur le site de l’université avant même son passage en conseil de faculté, ce que les élus d’opposition ont qualifié de “politique du fait accompli”.

Les syndicats demandent désormais la résiliation de la convention, afin qu’“un débat ouvert puisse avoir lieu sur le sujet des partenariats avec les entreprises”. La direction de l’université n’a pas indiqué envisager de revenir sur la signature.

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