Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Gaza : une génération en quête d’avenir
23 juillet 2026Un texte d’Abu Amir le 23/07 sur les enjeux d’avenir pour les jeunes et les étudiants de Gaza
Dans la bande de Gaza, la réflexion sur l’avenir ne commence pas après l’obtention du diplôme, mais accompagne l’étudiant dès ses premières années d’études. Les jeunes ne se préoccupent pas seulement du choix de leur spécialité ou du métier dont ils rêvent, mais réfléchissent également à la manière de poursuivre leur éducation, de subvenir à leurs besoins essentiels et de surmonter les conditions qui entravent constamment leur parcours. Les enjeux liés aux jeunes et aux étudiants constituent une dimension essentielle de l’avenir de l’ensemble de la société. Chaque étudiant contraint d’interrompre ses études, et chaque diplômé qui perd l’espoir d’obtenir une opportunité adaptée, représentent la perte d’une énergie qui aurait pu contribuer au développement et à la reconstruction de la bande de Gaza. Il est donc impossible de considérer les problèmes des jeunes comme des questions individuelles : ce sont des enjeux collectifs qui influencent la stabilité sociale et économique ainsi que la capacité de la société à se relever.
Les étudiants font face à des difficultés qui dépassent largement celles des programmes scolaires et des examens. L’accès à un environnement éducatif stable est devenu, en soi, un véritable défi. Beaucoup d’entre eux souffrent d’interruptions répétées de leurs études, du manque de matériel pédagogique et des difficultés d’accès à Internet et à l’électricité, ce qui rend l’enseignement à distance et l’apprentissage autonome encore plus complexes. Le problème ne se limite pas à la perte d’heures d’enseignement, mais s’étend également à l’état psychologique des étudiants. Vivre sous une pression permanente affecte leur concentration, leur motivation et leur capacité à planifier leur avenir. Un étudiant peut se retrouver incapable de penser aux examens ou à son orientation universitaire, même s’il possède l’ambition et les aptitudes nécessaires pour réussir.
Malgré cela, de nombreux étudiants poursuivent leurs études avec des moyens limités. Certains s’appuient sur les livres disponibles, d’autres partagent les appareils électroniques avec les membres de leur famille, tandis que d’autres encore étudient dans des lieux temporaires ou au sein de petits groupes. Ces tentatives témoignent d’un attachement évident à l’éducation et d’une conscience profonde du fait que le savoir demeure l’un des moyens les plus importants de préserver l’avenir des jeunes. Après des années d’études, les diplômés se trouvent confrontés à un autre défi : l’absence d’opportunités professionnelles adaptées. L’obtention d’un diplôme universitaire ne garantit pas un emploi correspondant à la spécialité étudiée ou aux efforts fournis. Certains diplômés sont contraints de travailler dans des domaines éloignés de leur formation, tandis que d’autres attendent pendant de longues années sans parvenir à obtenir un emploi stable.
Cette réalité influence la manière dont les jeunes perçoivent l’éducation et le travail. Un étudiant peut s’interroger sur l’utilité de poursuivre une spécialité qui ne lui offre aucune perspective claire, tandis qu’un diplômé peut ressentir de la frustration lorsqu’il ne trouve aucun espace lui permettant de mettre en pratique ce qu’il a appris. Cependant, le problème ne réside pas dans un manque de compétences chez les jeunes, mais dans la limitation des possibilités qui leur sont offertes. La bande de Gaza compte un grand nombre de diplômés et de jeunes créatifs dans les domaines de la médecine, de l’ingénierie, de l’éducation, des médias, de la technologie et des arts. Toutefois, les conditions économiques difficiles, la faiblesse des projets productifs et le nombre limité d’institutions capables de recruter restreignent leur capacité à transformer leurs connaissances en réalisations concrètes.
L’émigration est également devenue une idée très présente dans la vie de nombreux jeunes. Certains la considèrent comme une occasion de poursuivre leurs études ou d’obtenir un emploi, tandis que d’autres y voient un moyen d’échapper à une réalité qui épuise leur énergie sans leur offrir un espoir véritable. Cependant, la décision de partir n’est pas facile, car le jeune ne quitte pas seulement un lieu : il s’éloigne aussi de sa famille, de ses souvenirs et de sa communauté. De nombreux jeunes vivent ainsi dans l’hésitation, partagés entre le désir de rester et de contribuer à la construction de leur patrie, et la nécessité de rechercher une vie plus stable ailleurs. Cette question ne peut pas être résolue simplement en demandant aux jeunes de rester. Il faut leur offrir de véritables raisons pour que le choix de rester devienne possible. Les jeunes ont besoin de possibilités d’éducation et d’emploi, de sécurité, ainsi que d’un environnement leur permettant de développer leurs compétences et de réaliser une partie de leurs ambitions.
Malgré ces difficultés, un certain nombre de jeunes ont réussi à tirer parti de la technologie pour ouvrir de nouvelles perspectives. Beaucoup se sont orientés vers la programmation, le design, la traduction, le marketing numérique, la création de contenu et le travail indépendant en ligne. Ces domaines ont permis à certains d’entre eux d’entrer en contact avec des marchés extérieurs, de générer des revenus et de développer leur expérience en dehors des limites du marché du travail local. Les initiatives de formation et les incubateurs d’entreprises ont également aidé certains étudiants et diplômés à lancer de petits projets et à proposer des services numériques. Toutefois, le travail à distance ne constitue pas une solution complète, car il nécessite une connexion Internet stable, de l’électricité, des appareils adaptés et des moyens de paiement fiables. La concurrence sur le marché du travail numérique exige une formation continue, la maîtrise des langues et la capacité de construire une solide expérience professionnelle. Les jeunes ont donc besoin d’un soutien institutionnel structuré qui les aide à développer leurs compétences, au lieu de dépendre uniquement de leurs efforts individuels.
Outre les difficultés liées à l’éducation et à l’emploi, la santé mentale apparaît comme l’un des enjeux les plus importants auxquels sont confrontés les jeunes et les étudiants. L’inquiétude face à l’avenir, le chômage, la pression des études, la perte de stabilité et la nécessité d’assumer des responsabilités familiales dès un jeune âge sont autant de facteurs qui laissent des traces profondes dans leur vie. Ces pressions peuvent se manifester par l’isolement, la perte de motivation, des difficultés de concentration ou un sentiment permanent d’impuissance. Bien souvent, ces émotions sont considérées comme une faiblesse personnelle, alors qu’elles constituent une réaction naturelle à une réalité extrêmement dure. Les jeunes ont besoin d’espaces sûrs dans lesquels ils peuvent exprimer leurs inquiétudes et bénéficier d’un soutien psychologique ainsi que d’une orientation professionnelle. Les écoles, les universités et les institutions communautaires ont également besoin de programmes qui aident les étudiants à gérer le stress, à prendre des décisions et à renforcer leur confiance en leurs capacités.
Il est également important de ne pas présenter les jeunes de Gaza uniquement comme des victimes. Ils sont porteurs d’initiatives, d’idées et de talents. Beaucoup d’entre eux ont démontré leur capacité à faire du bénévolat, à organiser des campagnes communautaires, à fournir un soutien éducatif aux enfants, à créer de petits projets et à utiliser l’art, les médias et la technologie pour exprimer leurs préoccupations.
Cependant, la mise en valeur des réussites individuelles ne doit pas dissimuler l’ampleur des problèmes existants. Les jeunes peuvent créer des opportunités limitées, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, réparer l’économie, reconstruire les institutions ou garantir un système éducatif stable. C’est pourquoi la reconnaissance de leurs réalisations doit s’accompagner d’un travail sérieux visant à traiter les obstacles qui empêchent des milliers de jeunes de réaliser leur potentiel.
Cette génération a besoin d’une éducation adaptée aux évolutions contemporaines, de programmes de formation liés aux besoins du marché du travail, d’un soutien aux petits projets, d’espaces culturels et sportifs, de services de santé mentale accessibles et d’opportunités équitables pour obtenir des bourses d’études. Les jeunes ont également besoin de jouer un rôle réel dans les décisions qui concernent leur avenir. Il est impossible d’élaborer des politiques destinées à la jeunesse sans les écouter, ou de concevoir des programmes éducatifs et professionnels qui ne partent pas de leurs besoins réels. Investir dans la jeunesse ne se limite pas à proposer de courtes formations ou des aides temporaires. Cela exige la construction d’un parcours intégré qui commence à l’école et se poursuit à l’université, dans la formation professionnelle, dans l’emploi et dans la participation à la vie de la société. Les jeunes de Gaza ne recherchent pas un avenir dépourvu de difficultés, mais une chance équitable leur permettant de mettre leurs capacités à l’épreuve, de construire leur vie et de contribuer au service de leur communauté. Ils souhaitent que leur diplôme marque le début d’un parcours professionnel, et non qu’il soit simplement un document ajouté à des années d’attente. Ils veulent que leur ambition devienne un projet réalisable, et non un rêve sans cesse reporté.
Il est impossible de construire l’avenir de la bande de Gaza sans sa jeunesse. Plus la mise à disposition de possibilités d’éducation, d’emploi et de stabilité sera retardée, plus les pertes subies par la société à long terme seront importantes. En revanche, leur fournir les outils, l’espace et la confiance nécessaires ne constitue pas seulement un soutien à une catégorie d’âge, mais une étape essentielle vers une société davantage capable de se relever, de poursuivre son chemin et de construire son propre avenir.
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