Les agents du GSRI de Montpellier ont-ils tous les droits ?
Une vidéo tournée dans une résidence d’Aiguelongue relance les critiques contre le Groupement de Sûreté Résidentielle Inter-bailleurs. Derrière une intervention musclée revendiquée comme légale, plusieurs éléments interrogent : usage de la force, dissimulation du visage, entrave au droit de filmer… Et surtout, une question de fond : jusqu’où peuvent aller ces agents privés ?
C’est une séquence d’un peu plus d’une minute qui a déclenché la polémique. Le 27 février, le compte X Cerveaux Non Disponibles diffuse une vidéo tournée sur le parking d’une résidence ACM à Montpellier, dans le quartier d’Aiguelongue. On y voit des agents du groupement de Sûreté Résidentielle Inter-bailleurs (GSRI) interpeller deux individus. L’un est maintenu au sol, l’autre contrôlé debout. Une agente du groupement, masquée, empêche quelqu’un de filmer la scène.
Non, ce n'est pas l'ICE, et nous ne sommes pas aux USA. Cette scène se passe à Montpellier, ou une milice privée terrorise des habitants en toute "légalité" puisqu'ils ont été embauchés par des bailleurs sociaux pour faire régner l'ordre dans des quafiers de logements sociaux… pic.twitter.com/WdsofqCdQx
— Cerveaux non disponibles (@CerveauxNon) February 27, 2026
Un champ d’action élargi
Le cadre juridique de ces agents est fixé par le livre VI du Code de la sécurité intérieure, qui régit les activités privées de sécurité. A Montpellier, le groupement de Sûreté Résidentielle Inter-bailleurs, regroupant ACM Habitat, FDI Habitat, CDC Habitat social, Erilia, SFHE, Sète Thau Habitat Social et Promologis, inauguré en 2023, comporte quarante agents équipés de gilets pare-balle, de matraques et de chiens de combat.
Normalement, ces derniers réalisent des missions de surveillance et de gardiennage dans les immeubles appartenant aux bailleurs. Mais leur périmètre d’action a récemment été étendu. Un arrêté préfectoral pris par l’ancien préfet de l’Hérault et repris par Chantal Mauchet, actuelle locataire de la préfecture de l’Hérault, autorise, de manière temporaire, des missions de surveillance sur la voie publique autour du quartier d’Aiguelongue.
Une évolution qui questionne l’avocate Sophie Mazas, représentante de la Ligue des Droits de l’Homme dans l’Hérault, qui réagissait dans nos colonnes au moment de la publication de l’arrêté en novembre dernier : “Le préfet justifie ces missions de gardiennage et de surveillance par la commission de violences, donc des motifs qui sont normalement du ressort de la police. Derrière un habillage formellement respectueux du droit, qui rappelle l’interdiction des entreprises de sécurité de faire des missions de police, le préfet vise un objectif de police : il indique clairement que c’est au regard de ces violences qu’il autorise le GRSI à intervenir sur la voie publique. La prévention des violences, ce n’est pas du gardiennage, la légalité de cette décision peut être contestée.”
Le GSRI : pas des policiers
Point fondamental à retenir : ces agents ne sont pas des policiers et ne peuvent pas se prévaloir de l’autorité de l’État. Ils ne peuvent donc ni procéder à des contrôles d’identité, ni forcer quelqu’un à obéir à un ordre. Sur la vidéo, on les voit néanmoins maitriser quelqu’un au sol. Dans son communiqué, le GSRI revendique le bien-fondé de cette opération, et dénonce “des individus agressifs” ayant proféré des menaces de morts aux agents, ce qui les aurait poussé à intervenir au titre de l’article 73 du Code de procédure pénale. Lequel prévoit que n’importe quelle personne témoin de crime flagrant ou de délit flagrant peut appréhender son auteur pour le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche.
Le GSRI ne peut pas interdire de filmer
Si le GSRI affirme que son intervention était tout à fait légale, un point a néanmoins retenu l’attention du média 83-629, spécialisé dans la sécurité privée. L’agente masquée qui s’interpose physiquement pour empêcher un jeune de filmer la scène, le fait sans base légale selon le média, qui rappelle que “les forces de sécurité ne peuvent s’opposer à l’enregistrement d’images ou de sons dans l’exercice de leurs missions”. D’ailleurs, le défenseur des droits lui-même conseille de filmer les agents de sécurité privée en action, tout en rappelant l’importance des enregistrements vidéo dans le contrôle de la déontologie des personnes exerçant des activités de sécurité.
Les agents doivent être identifiables
Autre point non-règlementaire relevé par 83-629 : “La loi du 11 octobre 2010 interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. Ce texte s’applique à tout le monde. Les agents de sécurité privée n’en sont pas exemptés. Aucune dérogation n’existe dans le Livre VI du CSI pour cette catégorie d’agents.” De son côté, le GSRI justifie le port de la cagoule par son agente par des craintes de représailles.
En plus de masquer son visage, l’agente en question n’affiche pas son NUB (Numéro Unique de Bénéficiaire, les sept derniers chiffres du numéro de carte professionnelle de l’agent), soit l’équivalent du RIO chez les policiers, qui sert à les identifier en cas de violences ou litiges. Sur ce point, l’arrêté du 18 juillet 2023, en vigueur depuis le 1er octobre 2024, est clair : ce numéro doit figurer sur la poitrine, en haut à gauche, sur une bande de 54 mm x 15 mm, en Arial 36, visible en permanence. Pas étonnant, dans ces conditions, que Cerveaux non disponibles, qui a diffusé la vidéo, dresse une comparaison avec l’ICE, la milice anti-migrants des États-Unis, tant les images semblent montrer un sentiment d’impunité des agents…
Une privatisation de la sécurité qui interroge
Au-delà de cette intervention, l’affaire renvoie à une évolution plus large. Le GSRI s’inscrit dans le « continuum de sécurité », promu notamment par Gérald Darmanin, où acteurs publics et privés se partagent les missions de sécurisation. Pour le sociologue Matthijs Gardenier, cette dynamique s’inscrit dans une transformation profonde du rapport à la sécurité. Dans ses travaux, il décrit une montée des formes de « vigilantisme » et une dilution du monopole de la violence légitime de l’État. La sécurité devient un marché, impliquant entreprises privées, institutions et citoyens dans une surveillance dite “latérale”, non plus du bas vers le haut, mais de tout le monde sur tout le monde.
Une dynamique qui s’incarne localement avec, outre le GSRI, la proposition de Michaël Delafosse, maire “socialiste” de Montpellier et président de la Métropole, de mettre en place un “hôtel des sécurités” qui regrouperait police municipale, police nationale et entreprises privées du secteur de la surveillance dans un même bâtiment. Quand il s’agit d’être aussi sécuritaire que l’extrême droite, le PS est, comme toujours, à l’avant-garde.
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