À Gignac, le RN voit un complot antifasciste… et saisit la préfète

Le Poing Publié le 11 mars 2026 à 23:18
Manifestation montpelliéraine contre l'extrême-droite le 14 juin dernier à Montpellier. (Photo de Mathieu Le Coz/Hans Lucas)

Un rassemblement contre le racisme prévu samedi 14 mars à Gignac a provoqué l’indignation d’une députée RN de l’Hérault. Persuadée que l’initiative vise son camp en pleine période électorale, elle a saisi la préfète. Le collectif local, lui, assure parler de racisme et de fascisme en général. Si certains se sentent visés, c’est peut-être qu’ils se reconnaissent

À Gignac, la mobilisation nationale contre le racisme prévue samedi 14 mars a déclenché une réaction pour le moins nerveuse du côté du Rassemblement national.

Le Collectif citoyen de Gignac et de la vallée de l’Hérault appelle en effet à un rassemblement à 10 h 30 sur le marché hebdomadaire, dans le cadre d’une journée d’action organisée partout en France contre le racisme, le fascisme et les violences d’État. L’appel, largement diffusé à l’échelle nationale, évoque notamment la mémoire de plusieurs victimes de violences racistes ou policières et appelle à se mobiliser « pour barrer la route au fascisme » et défendre l’égalité des droits.

Un appel politique, donc, mais pas spécifiquement municipal. Du moins jusqu’à ce qu’une élue RN décide d’y voir un message personnel.

Sur Facebook, la députée RN de l’Hérault Manon Bouquin s’est ainsi alarmée de ce rassemblement, qu’elle présente comme une tentative d’« enfreindre le droit électoral » à la veille du scrutin. Selon elle, ce collectif « citoyen » serait en réalité « d’extrême-gauche » et organiserait une mobilisation visant en particulier la candidate RN Amélie Drevet.

Dans son message, la députée traduit même le vocabulaire militant pour ses lecteurs. « Rassemblement antifasciste et luttes locales », écrit-elle, ce qui signifierait selon elle « contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux ». Une interprétation qui a au moins le mérite de la franchise.

Surtout, l’élue s’inquiète du timing de l’initiative, organisée la veille de l’élection municipale. Elle rappelle que les candidats et leurs soutiens sont normalement soumis au silence électoral durant cette période et s’interroge sur la possibilité pour la mairie d’autoriser le stand prévu sur le marché.

Conclusion de cette inquiétude institutionnelle : la députée annonce avoir saisi la préfète de l’Hérault afin d’« alerter sur cette infraction annoncée du code électoral », pour que les électeurs puissent voter « dans des conditions sereines ».

Du côté du collectif local, la réponse ne s’est pas fait attendre. Les organisateurs rappellent que leur rassemblement « ne parle pas du RN mais du racisme, du fascisme et de l’extrême droite en général ». Ils soulignent également qu’il s’agit d’un appel national dont ils se sont simplement emparés localement, et qu’il « n’a jamais été question des municipales ».

Quant au lien établi par la députée entre ce rassemblement et son parti, les militant-es laissent chacun juge. « Si la députée y voit un lien avec son parti, c’est de sa responsabilité », écrivent-ils, estimant que la sortie publique de l’élue relève surtout d’une tentative « d’intimider la mobilisation ».

En tout cas, une chose est sûre : il suffit parfois de prononcer les mots « fascisme » ou « extrême droite » pour que certains responsables RN lèvent la main tout seuls.

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