Un restaurant de Baillargues logeait ses salariés dans des conditions indignes

Elian Barascud Publié le 1 avril 2026 à 09:02
Capture d'écran google maps

Six travailleurs étrangers vivaient clandestinement dans un réduit dissimulé au-dessus des cuisines d’un restaurant de la zone industrielle de la Biste, à Baillargues, près de Montpellier. La préfecture de l’Hérault a ordonné par arrêté la fermeture immédiate de cet hébergement le 26 mars 2026, après deux contrôles révélant des conditions de vie documentées comme indignes par l’inspection du travail.

L’accès se fait par une échelle en fer escamotable, posée sur un sol glissant, sans garde-corps, dissimulée au fond d’une pièce servant de stockage derrière les cuisines. Une trappe donne sur un ensemble de huit pièces nichées sous le plafond de l’établissement.

C’est là que vivaient, à l’insu des autorités, six salariés du restaurant exploité par la SARL WIKOLYN, zone industrielle de la Biste à Baillargues : une femme et cinq hommes, de nationalités chinoise et bangladaise, employés comme cuisiniers, serveurs ou femme de ménage.

L’hébergement n’avait jamais été déclaré, en violation de la loi du 27 juin 1973 relative à l’hébergement collectif des travailleurs. Sa découverte est le résultat de deux opérations de contrôle du Comité opérationel départemental anti-fraude de l’Hérault, menées en mars dernier, en présence, de l’inspection du travail, de l’URSSAF et de la gendarmerie de Castries.

A six dans un logement insalubreLe rapport de l’inspection du travail, daté du 24 mars 2026 et repris dans un arrêté préfectoral du 26 mars, dresse un tableau accablant. L’ensemble de l’hébergement a été construit au centre du système de chaufferie du restaurant, laissant craindre un risque d’incendie « majeur » selon les autorités. Il ne comporte d’ailleurs aucun extincteur. En cas d’incendie, la seule issue de secours est la trappe accessible par l’échelle escamotable.

Les pièces elles-mêmes sont dans un état de dégradation avancée : trous dans les murs colmatés au ruban adhésif, prises électriques dénudées, fenêtres obstruées par du carton dans trois chambres. Il n’existe aucun système de ventilation de type VMC. Les murs sont jaunis, les odeurs nauséabondes. Un salarié dort sur des palettes en bois recouvertes d’un matelas. Quatre chambres sont dépourvues d’armoires ; les effets personnels sont posés à même le sol.

Quant à la salle de bain — unique, partagée par une femme et cinq hommes —, elle ne dispose d’aucune fenêtre ni d’aucun système de ventilation, et la douche est hors-service selon le rapport.

Fermeture immédiate, relogement à la charge de l’employeur

Face à ces constats, la préfète de l’Hérault a ordonné la fermeture immédiate de l’hébergement le 25 mars 2026, invoquant l’urgence sanitaire et sécuritaire, ainsi que « le danger auquel s’exposent les salariés hébergés ». L’arrêté préfectoral précise que les caractéristiques des locaux « ne permettent pas d’envisager une mise en conformité ».

La SARL WIKOLYN est mise en demeure de prendre en charge le relogement des six occupants, dans un périmètre compatible avec l’exécution de leurs contrats de travail. L’arrêté vise également l’article 225-14 du code pénal, relatif aux conditions d’hébergement contraires à la dignité humaine — une qualification pénale dont les suites éventuelles ne sont pas précisées dans le document administratif.

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