À Montpellier, manifestation en musique contre la criminalisation des free-parties

Elian Barascud Publié le 30 mai 2026 à 17:23
Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi à Montpellier au son de la techno, pour s'opposer aux projets de loi « RIPOST » et « 1133 ». ("Le Poing")

Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi à Montpellier au son de la techno, pour s’opposer aux projets de loi « RIPOST » et « 1133 », qui prévoient de criminaliser organisateurs et participants de de free parties

Il est 14h, ce samedi 30 mai. Une sono ornée d’un drapeau antifasciste crache de la techno devant l’entrée de la mairie de Montpellier. Ils sont plusieurs sound-systems de l’Hérault à avoir fait le déplacement pour cette « manifestive ». L’objectif : dénoncer la criminalisation de ces fêtes libres dédiées à la musique techno.

Deux projets de loi dans le viseur


Le sénat a adopté ce mardi 26 mai le projet de loi RIPOST. Celui-ci exposerait les organisateurs à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour « organisation d’une free party », considérée comme un délit, et les participants à six mois de prison pour « participation à une rave party interdite ». Il viendrait renforcer le projet de loi 1133, en attente d’adoption par le Sénat, qui prévoyait déjà six mois de prison et 30 000 euros d’amende pour « contribuer » à l’organisation — auparavant, seule une contravention de 1 500 euros était adressée aux organisateurs — ainsi qu’une saisie systématique du matériel sonore.

Les organisateurs revendiquent l’abandon de ces projets de loi, le passage de la gestion des free parties du ministère de l’Intérieur au ministère de la Culture, et la démission d’Emmanuel Macron.

« On passe un cap dans la répression »

« Aujourd’hui, on ne se rassemble pas dans la nature mais en ville pour revendiquer notre droit à la fête libre », explique Sen, porte-parole de la Manifestive à Montpellier. « Cela fait 30 ans que notre mouvement subit un harcèlement médiatique et policier. On a déjà essayé le dialogue, mais là, on passe un cap dans la répression. La Macronie a choisi d’emprisonner des artistes, des techniciens, mais aussi le public de ces rassemblements. Au départ, on vient danser pour se libérer d’un quotidien déprimant, car on n’a pas les moyens de payer des places de festival hors de prix, mais maintenant on risque des amendes faramineuses ou des blessures par la police, qui profite de la clandestinité de nos fêtes pour utiliser des techniques de répression illégales », dénonce le jeune homme.

Des « laboratoires de la répression »

C’est justement ce que dénonce un récent communiqué de la Ligue des droits de l’homme, co-déclarante de cette manifestive, à propos d’une free party ayant eu lieu dans le Morbihan dans la nuit du 21 au 22 mai dernier : « Plusieurs dizaines de blessés sont à déplorer parmi les participantes et participants, nassés et pris pour cibles de tirs tendus (illégaux) — à courte distance — de LBD, grenades de désencerclement et de gaz lacrymogène. Des tirs à la tête sont relevés ainsi que des blessures dans le dos de personnes. »

« Les free parties, comme les banlieues, ont toujours été des laboratoires de la répression. L’arsenal répressif testé d’abord sur un segment de la population finit par toucher tout le monde », analyse Patrick Chemin, membre de l’union syndicale Solidaires 34, elle aussi co-déclarante de la manifestation. « On est là pour défendre une culture populaire qui ne rentre pas dans les cases de la société marchande. »

La lutte contre la répression a également poussé Victor, la vingtaine, à faire le déplacement. « Je n’aime pas trop la techno et les free parties ne sont pas mon genre de soirée, mais je suis solidaire des teufeurs et des teufeuses face à leur criminalisation.»

Des manifestations similaires auront lieu partout en France les 6 et 13 juin. Les lieux et horaires sont à retrouver ici.

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