Grève des AESH à Montpellier : “La titularisation oui, mais pas au rabais”
Environ 80 accompagnants d’élèves en situation de handicap ont manifesté ce mardi 9 juin devant le rectorat de Montpellier. Ils contestent la proposition du ministère de ne titulariser qu’une minorité d’entre eux, et s’alarment du déploiement prochain des Pôles d’appui à la scolarité (PAS) dans l’Hérault
Six mois après leur dernière journée de mobilisation, les AESH sont de retour devant le rectorat de Montpellier. Ce mardi 9 juin, environ 80 accompagnants d’élèves en situation de handicap se sont rassemblés à l’appel d’une intersyndicale (FSU, SUD Éducation, CGT, UNSA, Force Ouvrière, SNALC…) pour dénoncer les premières orientations issues des groupes de travail ouverts en mai par le ministère de l’Éducation nationale, qu’ils considèrent comme une promesse de titularisation vidée de son sens avant même d’avoir été faite.
10 à 20% : l’offre qui fâche
Depuis des années, les AESH réclament la création d’un véritable corps de fonctionnaires. Ils sont aujourd’hui environ 132 000 agents contractuels (soit le deuxième métier de l’Éducation nationale derrière les enseignants), pour des salaires inférieurs à 1 000 euros mensuels, souvent à temps partiel contraint.
Le 20 mai, le ministère a enfin ouvert des négociations sur leur potentielle titularisation, mais la perspective agitée lors du premier groupe de travail a vite douché les espoirs : le ministère envisagerait la fonctionnarisation d’une minorité d’entre eux seulement, à travers la création de nouveaux métiers d‘« assistants d’accessibilité » ou de « conseillers d’accessibilité », laissant la grande majorité dans la précarité. La fourchette évoquée, 10 à 20% des effectifs, est vécue comme une provocation par bon nombre d’entre elles. “Cette histoire des 10 à 20%, c’est diviser pour mieux régner. On veut un vrai statut de fonctionnaire et faire partie intégrante des équipes éducatives. La titularisation oui, mais pas au rabais”, tranche Laetitia, de SUD Éducation.
Olivier, AESH à Saint-Jean-de-Védas, lui aussi syndiqué chez SUD, abonde: “On milite pour qu’on soit tous titularisés. On est quand même le deuxième corps de métier de l’Éducation nationale après les profs.” Il évoque aussi une perspective redoutée : “Le gouvernement veut nous faire travailler 35h par semaine sur des activités périscolaires. Toujours pour 900 euros par mois.”
Les PAS, ou l’art de faire plus avec moins
Les “PAS” (Pôles d’appui à la scolarité) cristallisent une bonne part de la colère. Ces nouvelles structures sont destinées à remplacer les PIAL (Pôles inclusifs d’accompagnement localisés) et à apporter, selon le ministère, “une réponse de premier niveau” pour les élèves à besoins particuliers.Expérimentés depuis la rentrée 2024 dans quatre départements, les PAS ont connu un parcours législatif agité : adoptés par l’Assemblée nationale puis le Sénat en 2025, leur généralisation a finalement été retoquée en commission mixte paritaire, puis à nouveau rejetée par les députés en nouvelle lecture en mai 2026. Le gouvernement n’en poursuit pas moins leur déploiement par voie réglementaire : près de 500 PAS étaient en place à la rentrée 2025, et 1 000 supplémentaires sont prévus pour septembre prochain, dont 25 dans l’Hérault selon la FSU.
Pour les syndicats, cette réforme est moins une avancée qu’un habillage. L’enjeu est de taille : avec les PAS, c’est l’Éducation nationale elle-même qui deviendrait prescriptrice de l’accompagnement, se substituant aux MDPH pour notifier les besoins des élèves. “L’éducation nationale va devenir prescripteur et payeur”, résume Olivier. “On craint que les élèves atteints de troubles ‘dys’ ou de TDA ne soient plus notifiés”, évoquait déjà en décembre Nathalie, AESH aux Escholiers de la Mosson. “Un bon moyen de faire des économies sur le dos des AESH”, prophétisait-elle.
L’autre conséquence redoutée : un élargissement géographique des missions. “Le PAS, c’est une extension du territoire d’activité d’un AESH, comme le prévoyait déjà le PIAL. Là, je vais devoir aller bosser à 40 bornes de chez moi, toujours pour 900 euros par mois”, décrit Olivier. Il assure que dans d’autres départements, des collègues “sont contraintes de vivre dans leur voiture à cause de ça.”
Au-delà du bras de fer sur les statuts, les manifestants alertent sur une dégradation concrète des conditions de travail. “Les fiches SST et les accidents du travail explosent chez les AESH”, avertit Olivier. “Si le gouvernement ne réagit pas, il va y avoir des drames.”
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