Montpellier : Solidarité Partagée ouvre un nouveau lieu d’accueil pour les familles sans abri
Dix mois après l’expulsion de son précédent lieu d’hébergement, l’association Solidarité Partagée a annoncé ce dimanche 30 août l’ouverture d’un nouvel espace d’accueil dans un ancien local commercial laissé à l’abandon. Des mères seules avec enfants devraient y être logées d’ici quelques jours
Quelque part dans la métropole de Montpellier, une demi-douzaine de bénévoles s’activent pour nettoyer un ancien local commercial abandonné. Affairé à réparer une fuite d’eau, Samuel Forest, président de l’association Solidarité Partagée, qui ouvre bénévolement des lieux d’accueil pour des familles sans abri depuis huit ans à Montpellier, explique : « Il faut de l’accueil d’urgence. On n’a pas les moyens de faire autrement qu’en récupérant des bâtiments inutilisés et laissés à la spéculation immobilière. »
Le 27 octobre dernier, la police avait expulsé, sur ordre du préfet, la trentaine de personnes – dont quinze enfants – hébergées dans l’ancien lieu de l’association, une entreprise désaffectée du nord de Montpellier occupée depuis deux ans. Le tout à quelques jours de la trêve hivernale, et sans solution de relogement. S’en était suivie une semaine de campement devant l’hôtel de ville, ponctuée de rassemblements quotidiens et de deux manifestations devant la préfecture, le temps que la mairie finisse par mettre les huit familles à l’abri à l’hôtel – une solution d’abord annoncée pour dix jours seulement. Le préfet de l’Hérault avait alors dénoncé une « instrumentalisation politique » et annoncé saisir le procureur contre l’organisateur du lieu, une attaque à peine voilée contre Samuel Forest.
« On a de la chance d’avoir des familles d’accueil qui peuvent proposer des solutions provisoires aux personnes à la rue qu’on accompagne. Mais aujourd’hui, elles sont épuisées et on a besoin d’un lieu plus pérenne. J’ai mis huit mois à le trouver et j’ai déjà fait quelques petites rénovations », poursuit Samuel Forest. Un lieu qui doit également servir de support au projet que l’association porte depuis sa création : « Nous voulons que les gens que nous accueillons, souvent sans papiers, puissent s’investir dans une activité citoyenne en créant un lieu de redistribution gratuite de ressources. »
Depuis l’automne, la situation ne s’est guère améliorée. En décembre, un nouveau rassemblement était organisé pour une famille à la rue, et Samuel Forest décrivait en mars, alors que des collectifs appelaient à la réquisition des logements vides, un hiver « très compliqué », avec des familles appelant le 115 tous les jours sans succès. Selon les estimations avancées par ces collectifs, environ 2 800 personnes vivraient à la rue à Montpellier. L’association Une école Un avenir, elle, comptait « environ 80 enfants à la rue » dans la ville au printemps 2025, et il manquait déjà 1 000 places d’hébergement d’urgence à Montpellier à l’automne 2024. À l’échelle nationale, le baromètre FAS/UNICEF publié le 26 août recense au moins 2 355 enfants restés sans solution après un appel au 115 à la veille de la rentrée, dont 514 de moins de trois ans : + 9 % en un an, + 42 % depuis 2022. Un chiffre sous-estimé, préviennent les auteurs, puisqu’il ne compte ni les familles en squat ni celles qui ont renoncé à appeler. Pour mémoire, l’objectif gouvernemental affiché en 2022 était « zéro enfant à la rue ».
En attendant, il reste encore des travaux de nettoyage à réaliser avant de pouvoir loger des familles. « D’ici quelques jours, on va pouvoir accueillir des mamans seules à la rue avec des enfants, sans solution, que l’on suit depuis un moment déjà. D’ici là, toute aide est la bienvenue », souffle Samuel Forest, avant de conclure par un message adressé à la mairie et à la préfecture de l’Hérault : « Ils nous connaissent et savent qu’on a aidé beaucoup de gens dans le besoin. Ce que l’on attend aujourd’hui, c’est du soutien, et un lieu pérenne pour que les familles ne passent pas l’hiver dehors. »
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