À Montpellier, des étudiants boursiers à quelques jours de la rue : la FSE interpelle le Crous

Elian Barascud Publié le 3 septembre 2026 à 11:21
Mercredi 2 septembre, la Fédération syndicale étudiante (FSE) de Montpellier a tenu une conférence de presse devant les services centraux du Crous Montpellier-Occitanie. Le syndicat dit accompagner une dizaine d'étudiants sans logement à quelques jours de la rentrée. ("Le Poing")

Mercredi 2 septembre, la Fédération syndicale étudiante (FSE) de Montpellier a tenu une conférence de presse devant les services centraux du Crous Montpellier-Occitanie. Le syndicat dit accompagner une dizaine d’étudiants sans logement à quelques jours de la rentrée, dont deux pourraient se retrouver à la rue avant la fin de la semaine. Sollicité par Le Poing, le Crous invoque une tension exceptionnelle sur le logement étudiant

Depuis la pré-rentrée, une dizaine d’étudiants sans solution de logement ont contacté la Fédération syndicale étudiante (FSE), expliquent Gaël et Anna, militants du syndicat, lors de la conférence de presse qu’ils ont tenu ce mercredi 2 septembre. Certains font jusqu’à trois heures de trajet pour rejoindre leur faculté, soit six à sept heures de transport par jour de cours. D’autres, hébergés temporairement, comptent les jours.

Le syndicat détaille deux situations. Celle d’abord d’un étudiant venu de la région lyonnaise, boursier échelon 5, qui n’a obtenu aucun logement malgré sa participation à l’ensemble des tours d’attribution. « Je viens d’arriver pour mes études. J’ai fait trois demandes sur le site du Crous, qui était saturé, je n’ai pas eu de logement », raconte Benoît, inscrit en première année de LEA. « Actuellement, je loge dans un hôtel à une heure en transport de la fac, jusqu’au 8 septembre. Après, je n’aurai pas de solution. J’ai peur de devoir rentrer chez moi et abandonner les études. »

Interrogé sur ce cas, le Crous rappelle que les affectations relèvent d’un tour national, sur des critères définis nationalement, et invoque « le niveau exceptionnel de la demande » cette année à Montpellier : les logements ont été majoritairement attribués aux étudiants les plus prioritaires, l’échelon 4 constituant en général le minimum pour obtenir une chambre universitaire, les studios et T1 allant principalement aux échelons 6 et 7.

Le syndicat évoque ensuite le cas d’une étudiante mahoraise, boursière échelon 7, le plus haut niveau de bourse, qui loge dans un Airbnb jusqu’à samedi. Passé cette date, elle n’a nulle part où aller, affirme la FSE, qui assure que le Crous est informé de ces deux situations et l’accuse de « faire le choix de l’inaction ». Le Crous indique de son côté ne pas avoir eu connaissance de cette situation avant l’entretien avec le syndicat, et ne pas pouvoir confirmer, faute d’identité, que l’étudiante a bien constitué son dossier social étudiant et participé aux tours d’attribution.

Deux récits d’un même entretien

Lundi 31 août, une délégation de la FSE a été reçue par le responsable de la vie étudiante du Crous. D’après le récit du syndicat, aucune solution ne sort de cet entretien d’une heure : les logements d’urgence seraient réservés aux étudiants en situation de rupture familiale, ce qui exclurait l’étudiante mahoraise, dont la famille vit pourtant à plus de 7 500 kilomètres de Montpellier, et la demande d’une aide financière pour se loger dans le parc privé aurait été balayée. La FSE affirme que son interlocuteur lui a « ri au nez » sur ce point.

Le Crous confirme la rencontre et sa durée, mais en livre une autre version. Si aucune solution immédiate n’a pu être proposée, c’est qu‘« aucun logement n’est disponible depuis le 27 août », explique l’établissement, qui décrit un entretien « dans un cadre d’échange respectueux ». Il dément que les logements d’urgence soient réservés aux seules ruptures familiales : ces places, attribuées après une évaluation sociale individualisée, vont en priorité aux situations de très grande précarité nécessitant une mise à l’abri immédiate, notamment des jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance. Le dispositif reste toutefois très limité, reconnaît le Crous : quelques places aménagées dans un ancien logement de fonction. Quant à une compensation du différentiel de loyer avec le parc privé, aucun dispositif ne le permet, répond l’établissement, qui renvoie les étudiants vers son service social et les aides de droit commun.

Le syndicat évoque par ailleurs le cas d’une étudiante étrangère menacée d’expulsion de sa résidence pour avoir dépassé la durée maximale de trois ans en logement Crous. Une étudiante française dans la même situation aurait pu conserver sa chambre deux ans de plus, soutient la FSE, qui dénonce une règle discriminatoire. « Ça fait trois ans que je vis dans une résidence Crous. J’ai appris fin juillet que je n’allais pas être renouvelée, alors que j’avais déposé mon dossier », témoigne Emmanuelle*, en master d’économie sociale et solidaire à Paul-Valéry. « Je devais quitter le logement que j’occupe le 31 août, j’y suis encore. Je vais avoir 50 euros de frais supplémentaires. Je ne peux pas payer et personne ne peut me loger. J’aimerais être logée au Crous un an de plus, le temps de finir mes études, ou un mois ou deux, le temps de trouver une autre solution. »

Sur ce point, le Crous conteste toute différence de traitement liée à la nationalité et parle d’une « interprétation erronée de la réglementation » par la FSE : la durée maximale d’occupation pour un cursus de master est de trois années, une règle nationale que l’établissement dit se borner à appliquer. Le CROUS ajoute également que lorsqu’un occupant se maintient dans les lieux après la fin de son titre d’occupation, une indemnité d’occupation illicite s’applique, assortie d’une pénalité forfaitaire de 50 euros, des dispositions votées par son conseil d’administration. Et de souligner que « tout maintien irrégulier pénalise un étudiant bénéficiaire d’une attribution », les logements proposés lors des tours correspondant précisément à ceux libérés par les non-renouvellements.

Un parc sous tension

Pour la FSE, ces situations individuelles renvoient à un déséquilibre structurel. Selon les chiffres avancés par le syndicat, le Crous compte 8 000 logements à Montpellier, quand l’université Paul-Valéry et l’université de Montpellier réunissent à elles seules 31 000 étudiants boursiers. Des ordres de grandeur que confirment les données transmises par le Crous : son parc compte 8 718 places à Montpellier, réparties entre six cités universitaires (4 852 places) et 24 résidences (3 866 places), et 10 795 sur l’ensemble de l’académie, pour environ 37 000 étudiants boursiers. L’établissement, qui ne dispose pas d’un décompte exhaustif des étudiants sans solution de logement, tous n’ayant pas déposé de demande auprès de ses services, attribue la pénurie de cette rentrée à une très forte hausse des renouvellements, qui a réduit d’autant les logements proposés lors des campagnes d’affectation. À ce jour, « aucune disponibilité n’est recensée à Montpellier » sur la plateforme trouverunlogement.lescrous.fr, où les places libres sont publiées au fil des campagnes.

Le Crous met en avant l’effort de construction engagé : près de 500 logements livrés au cours des deux dernières années, entre la résidence Voie Domitienne (290 logements), la Résidence internationale (102) et la résidence Boutonnet (72), et 169 logements rénovés qui ouvriront prochainement à la résidence du Parc. Un rythme que la FSE juge très en deçà des besoins : le syndicat y voit la conséquence des baisses de budget du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et pointe aussi la généralisation, à cette rentrée, des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires, soit 3 000 euros l’année de licence et 4 000 euros celle de master d’après son communiqué.

La FSE exige que le Crous loge l’ensemble des étudiants boursiers menacés de se retrouver à la rue, dans son propre parc ou en finançant des hébergements d’urgence, et qu’il prenne en charge, à défaut, la différence de loyer avec le parc privé sur l’année. Le syndicat réclame plus largement une hausse du budget du Cnous, la construction de nouveaux logements et la rénovation du parc existant, la publication du nombre de chambres libres dans chaque cité universitaire, et les mêmes droits de location pour les étudiants étrangers que pour les étudiants français.

*Le prénom a été modifié.

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