13 octobre : à Montpellier, des lycées pro et polyvalents entre mobilisation et poids de la répression

Julien Servent Publié le 14 octobre 2026 à 14:55
150 lycéen-nes bloquaient le lycée polyvalent Mermoz ce mardi 13 octobre 2026

Depuis l’extension nationale du mouvement lycéen parti de Saint-Denis fin septembre, les lycées professionnels sont en pointe de la lutte des jeunes. Pour l’acte V de la mobilisation, ce mardi 13 octobre, Le Poing est allé discuter avec des élèves de Mendès France et du lycée hôtelier Georges Frêche, avant de visiter le blocus installé devant le lycée polyvalent Mermoz.

L’aube de ce mardi 13 octobre se lève sur le lycée professionnel Mendès France, où sont proposées des formations dans l’automobile, la mécanique, la logistique, l’électricité ou encore le commerce. Le Poing a décidé de venir voir si, après plusieurs jours consécutifs de mobilisation, ce lycée professionnel tout prêt d’Odysseum allait reconduire.

Au matin de l’acte V de la mobilisation lycéenne, et maintenant étudiante, sous la lumière naissante de ce début de journée, l’imposant et austère portail en métal marquant l’entrée donne un aspect presque carcéral au bâtiment. Assez vite, on comprend que la mâtinée va être calme à Mendès France. Une dizaine de profs et membres de l’administration encadrent les entrées d’élèves. On se décide à aller discuter des événements en cours avec quelques élèves, qui pour la plupart s’apprête à rentrer en cours.

À Mendès France, soutien au mouvement et débats sur ses méthodes

« Y’a pleins de choses qui vont pas dans l’Éducation Nationale. », entame Nathan*. « Le manque de profs. Ici c’est pas trop dégradé les locaux, mais dans la plupart des lycées à Montpellier oui. » Dylan*, qui comme Nathan* soutient le mouvement lycéen, et y a participé sur une journée, fait le même constat. « En classe il y a des volets qui ferment pas. », ajoute-t-il.

Si plusieurs élèves ne veulent pas discuter avec la presse, les cinq que nous avons interrogés soutiennent le mouvement. « On a le droit de se plaindre. En cours on a de mauvaises conditions. », explique Enzo*. « On a pas la clim, pas le chauffage, ou alors ça marche pas, on a pas de télécommandes pour les vidéo-projecteur. » « Pour l’hiver ça va à Mendès France, mais c’est vrai que pour l’été ça peut poser problème avec la chaleur. », nuance Kévin*. « Pour les conditions d’études, moi je viens de La Réunion donc je suis habitué à pire. » À La Réunion aussi, les lycéen-des se mobilisent, depuis le 1er octobre, mettant en avant bâtiments délabrés, manque de profs et problèmes de harcèlement scolaire. « Je peux comprendre que les emplois du temps pour certain-es sont trop chargés, mais moi j’ai l’habitude de travailler avec des heures pleines. », reprend Kévin*. « Y’a aussi le prix de l’essence. », ajoute Enzo. « Nous on paie pas, mais on voit nos parents, c’est la galère. » En 2022, selon un rapport de l’Institut des Hautes Etudes de l’Education et de la Formation (IH2EF) publié le 29 mai 2024, sur les 102 370 élèves de CAP, 79,2% provenaient de milieux ouvriers, employés ou inactifs. Sur les 510 611 élèves préparant un baccalauréat professionnel, iels étaient 68,1%. À titre de comparaison, en lycée général et technologique, cette situation concernait 34,4% des élèves.

Sur la signification de cette journée de calme, en pleine mobilisation d’ampleur, les élèves interrogé-es sont partagé-es. La lutte lycéenne est-elle en train de s’épuiser à Mendès France ? « Moi je pense pas que les blocus vont reprendre », nous dit Enzo*. Pour Nathan*, qui pense que le mouvement est loin d’être fini dans son établissement, « c’est normal. Des jours on fait blocus, des jours on en fait pas. » « Franchement, aucune idée de si ça va repartir en blocus ici. Par exemple hier [NDLR : lundi 12 octobre], j’étais pas au courant du blocus, j’ai vu ça j’étais dans le tram. », témoigne un autre élève, Younès*.

Depuis le début de la vague de mobilisations lycéennes partie de Saint-Denis fin septembre, les lycéen-nes de filières professionnelles sont à la pointe. Le gouvernement ne s’y est pas trompé. Lecornu, dimanche 4 octobre, dans une lettre à sept de ses ministres pour répondre aux larges revendications lycéennes, suggèrait aux lycéen-nes de proposer « une meilleure représentation des lycéens professionnels dans les instances académiques et nationales ».

Rectorats et préfectures non plus. Le 2 octobre, sur six lycées fermés administrativement dans l’Hérault par la rectrice d’Occitanie, avec cours en distanciel, on comptait trois lycées polyvalents proposant des filières professionnelles, et trois lycées professionnels, dont Mendès France, très mobilisé. Ces mesures étaient assorties d’interdictions préfectorales de se rassembler aux abords des établissements concernés, sous peine d’être considéré comme participant à un « attroupement ». « Attroupements » passibles de dispersion par la force, et d’éventuelles interpellations et poursuites judiciaires. Ces mesures avaient été prises officiellement « en raison des dégradations commises dans certains établissements et de l’absence de conditions de sécurité suffisantes pour les élèves et les enseignant-es ». Après une journée du 1er octobre particulièrement chaude. À Montpellier, des départs d’incendie avaient dégradé les lycées Jules Guesde, Mermoz et Mendès France.

Rebelote le 6 octobre : 12 établissements héraultais étaient concernés par des mesures équivalentes. Parmi eux, six établissements professionnels, quatre lycées polyvalents, et seulement deux généraux et technologiques. Dans le lot, toujours Mendès France, auquel était venu s’ajouter le lycée hôtelier Georges Frêche, tout proche.

Ce vendredi 9 octobre encore, trois jeunes âgés de 15 à 17 ans étaient interpellé-es, soupçonné-es d’avoir mis le feu à un container à poubelles enterré devant le lycée la veille, en marge d’un rassemblement autour du lycée. L’un d’eux avait déjà fait l’objet d’une interpellation la semaine précédente, pour des tags aux abords de Jules Guesde. Cette mâtinée du 13 octobre, le lycée Mendès France porte encore les cicatrices de ces incendies. De larges traces noires rappellent le tas de poubelles qui a longuement brûlé contre le portail d’entrée, et du plastique fondu est encore visible à certains endroits du parvis.

« Les dégradations c’est pas ce qu’on demande. Je suis d’accord avec les revendications, et qu’on manifeste pour améliorer les choses. Mais tout casser et tout brûler non. », jauge Younès*. « Des élèves qui sont pas du tout du lycée viennent quand même pour le dégrader. C’est dommage que les personnes de ce lycée n’aient pas les couilles de faire un blocus pacifiste. » « C’est n’importe quoi les casseurs-euses, iels ont dégradé notre lycée alors qu’il était bien. », abonde Enzo*. Les infrastructures de Mendès France sont relativement récentes. Ce lycée, auparavant appelé lycée La Méditerranée et situé sur l’avenue Clémenceau, à deux pas du lycée général et technologique, a été déménagé près d’Odysseum pour la rentrée 2009, les anciens locaux étant jugés vétustes et trop petits. Même son de cloche chez Kévin*, qui ne participe pas au mouvement malgré sa sympathie : « Tout casser c’est pas mon délire. » Nathan lui prône des méthodes plus musclées : « Si on est pas entendu-es, le mouvement peut aller au delà de brûler des poubelles devant le lycée. Si on brûle devant les lycées, si on fait le gros bordel, si on fait un peu n’importe quoi, ça pourrait remonter à celleux qui sont haut placé-es, pour qu’on nous entende. » Le blocus lui-même peut être considéré dans ses désavantages parmi les élèves soutenant le mouvement : « On a fait notre rentrée le 28 septembre, mais on a pu commencer les cours que la semaine dernière. Pour celleux qui ont envie de travailler, c’est un peu chiant. », nous explique Kévin*.

Tous nous affirment que quasiment tous-tes les élèves soutiennent le mouvement. Côté personnels, le constat paraît plus mitigé. « Quelques profs soutiennent, mais pas tous. On en a parlé un peu, même s’iels évitent de trop s’exprimer là dessus. », nous apprend Nathan*. Le 1er octobre, alors qu’une partie des lycéen-nes mobilisé-es avaient opté pour des dégradations aux alentours du lycée, la direction de l’établissement décidait de confiner les professeurs-heures présent-es dans son enceinte.

À Georges Frêche, souvenirs de garde à vue et envies de liberté

Petit à petit, les élèves de Mendès France rentrent en cours. On décide donc de se rendre au lycée professionnel hôtelier Georges Frêche, tout proche. Là bas non plus pas de mobilisation devant l’établissement pour cet acte V. Mais quelques élèves qui attendent devant l’entrée.

Kamel*, installé avec son groupe de potes, a tout de suite très envie de nous parler. « Les lycées sont en colère parce qu’ils sont en déficit. Y’a des fuites de gaz, un manque de matériel, un manque d’éducation. On est censé-es apprendre, être la France de demain. Notre lycée encore ça va, même si on a eu des fuites, de l’eau qui a coulé dans un des restaurants. », se désole-t-il. « Ici les profs iels sont gentil-les, on est dans d’assez bonnes conditions, mais ailleurs c’est différent. Je suis là depuis le début de l’année, et il n’y a pas grand chose à redire. », constate Paul*, installé seul un peu plus loin, et qui soutient le mouvement sans y participer. « Si je devais changer une chose dans mon lycée, ce serait le fait qu’on puisse pas sortir pour manger, on est bloqué-es à l’intérieur toute la journée. » Ce qui agace Kira, en seconde, dans son lycée, c’est l’interdiction des téléphones. « En soit ça me dérange pas trop », expose-t-elle. « Mais pour les BTS je trouve que ça les infantilise. Iels sont grand-es, iels ont pour la plupart leur permis et un travail à côté. Et les emplois du temps sont trop chargés. Je fais des activités extra-scolaires, et quand je rentre il est 22h30, et à cette heure je suis fatiguée, j’ai pas trop envie de faire mes devoirs. » A côté, son amie Imde acquiesce.

« Le ministre de l’Education fait pas grand chose. », reprend Kira. « Au gouvernement iels ont fait la loi casseur-payeur. Iels feraient mieux de rajouter plus de profs et de faire quelque chose pour les horaires au lieu de faire des lois comme ça qui servent à rien. » La loi casseur-payeur est une loi prévue par le gouvernement en réaction au mouvement lycéen, et qui projette de rendre possible de faire payer à un-e manifestant-e le coût de dégradations qu’iel n’a pas commises, s’iel se trouve dans un rassemblement où il y a de la casse. « Mais je trouve quand même qu’il y en a dans le mouvement qui dépassent un peu les bornes, quand iels brûlent des trucs, cassent des portails ou blessent des profs. », ajoute Kira, rejoignant l’avis de son amie Imde et de Paul*.

Paul* nous explique qu’à Georges Frêche, à part une tentative avortée de blocage, le calme a régné. « Des lycéen-nes ont essayé de mettre des poubelles devant le lycée. Mais l’administration est venue, iels nous ont empêché-es, iels nous ont poussé-es à l’intérieur. », détaille Kamel*. « Iels rigolaient, iels se foutaient de notre gueule. La CPE nous a dit qu’on avait pas le droit de manifester. Après ça une fois y’en a qui sont venu-es au lycée et qui ont mis de l’alcool dans une poubelle et jeté un briquet dedans, et ça a explosé. » Le jeune homme n’a pas l’air de se sentir très écouté dans son établissement. « Il y a eu une journée venant de la hiérarchie qui obligeait nos profs et l’administration à nous faire nous exprimer sur la vie au lycée et ce qui se passe en ce moment. », raconte-t-il. « Mais ça c’est fait dans les conseils du lycée, et mon délégué de classe m’a dit que pendant toute l’heure iels n’ont pas pû s’exprimer sur les revendications des élèves, c’était juste les profs qui échangeaient entre elleux. Donc on sait pas si ça va changer. »

En l’absence de mouvement suivi sur son lycée, Kamel* s’est mobilisé autour de quelques autres établissements de Montpellier. Ce qui lui a valu quelques mauvais souvenirs. « Les actions des CRS c’est le pire. On pourrait nous interpeller parce qu’on bloque et qu’il faut pas, mais utiliser la violence comme ça… », se scandalise-t-il. « Vendredi on était un groupe de sept à l’arrêt de tram Odysseum, on allait le prendre. Les CRS se sont arrêté-es sur les rails du tram, iels sont descendu-es, iels nous ont mis des coups de matraque. Y’en a un qui m’a étranglé et qui m’a dit « toi tu vas pas passer entre les mailles du filet ». Alors que j’avais rien à me reprocher, j’ai pas été violent, j’ai pas essayé de courir, je leur ai pas manqué de respect. Iels nous on insulté, moi de « sale arabe », un ami à moi de « sale noir ». Dire des trucs comme ça et être violent-es face à des enfants, c’est pas correct. On a été enfermé-es pendant 32 heures, on avait le droit à rien. On est passé-es au tribunal, avec des avocats commis d’office. Je suis tombé sur un bon, mais un ami à moi est encore enfermé parce que l’avocat c’était pas un bon, pour le dire il était raciste. Il l’a rabaissé, il lui a dit que c’était de ça faute, qu’il avait qu’à pas participer au mouvement. Après des bavures policières comme ça, c’est normal que certain-es lycéen-nes s’énervent et répondent à la police. Si ça devait m’arriver de nouveau, déjà je resterais calme, mais s’il devait y avoir vraiment de l’abus je m’exprimerais. »

Quoi qu’il en soit, le jeune Kamel* ne compte pas lâcher l’affaire. « Jusqu’à la manifestation des gilets jaunes le 17 octobre, ça va continuer, c’est sûr. Et après, à voir. », conclut-il.

À Mermoz, convergence des luttes et stratégies

On prend ensuite la direction du lycée polyvalent Mermoz, un des bastions des mouvements lycéens montpelliérains. Sans surprise, l’établissement est mobilisé. Réparti-es entre les deux entrées, un total d’environ 150 élèves tiennent le blocus. Tout a été plutôt calme en ce début de matinée, de l’avis général, malgré quelques feux de poubelles.

On commence par rencontrer Ilias*, en seconde générale à Mermoz, particulièrement affecté par le manque de profs et de moyens dans son établissement. « J’ai pas eu d’ennuis personnels avec la police, mais ils peuvent être assez agressifs-ves. », raconte-t-il. « Si on reste comme ça devant le lycée, tout va revenir comme avant et peut être qu’il va rien se passer. Je pense que quand il y a des dégradations ou des feux de poubelle ça fait plus réagir. » Il regrette que plus de profs ne soient pas avec les bloqueurs-euses devant les entrées, en admettant ne pas trop savoir dans quelle proportion iels soutiennent leurs élèves, faute de contacts depuis le début d’un mouvement dans lequel il s’investit beaucoup. Quelques profs du lycée sont quand même présent-es ce matin, avec des chasubles du syndicat Solidaires. « Le mouvement va durer, on nous écoute pas, je vois rien changer alors on va continuer. », assure-t-il.

Plus loin, on entame une longue discussion avec un groupe de quatre élèves mobilisé-es. Clara* est en terminale générale. « En soit à Mermoz on a pas les meilleurs bâtiments, en été c’est la galère, mais on a pas les pires non plus. C’est aussi en solidarité avec les autres établissements où ça a commencé dans la banlieue parisienne. » Erwan*, en 1ère STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable ; filière technologique) va dans son sens : « On a des locaux qui partent en cacahuètes, on manque de profs. On espère que ce qu’on fait ça va faire bouger les choses. »

Le ministre de l’Education Nationale annonçait ce jeudi 8 octobre que 3000 profs remplaçant-es seraient affecté-es dans les établissements se trouvant dans des situations « très problématiques. » « Déjà pourquoi iels les ont pas sorti-es avant ? », réagit Elisa*, en terminale générale. « Et certain-es de ces profs reçoivent deux affectations, parce qu’iels sont déjà contractuel-les. Le gouvernement ne crée pas vraiment de nouveaux postes. Faut continuer jusqu’à ce qu’on ait des réponses concrètes.» Le ministère a puisé en urgence dans le vivier des Titulaires de Zone de Remplacement (TZR) et de contractuel-les rattaché-es qui n’étaient pas identifié-es comme étant à temps plein devant des élèves. Faute de mise à jour en temps réel de logiciels académiques qualifiés « d’archaïques » par le ministre lui-même, des rectorats ont affecté des remplaçant-es sur des postes où un-e enseignant-e contractuel-le avait déjà recruté-e ou était déjà en place.

« La réponse policière est complètement démesurée par rapport aux mouvements qu’on fait. Et encore comparé à ailleurs ça c’est plutôt bien passé. », intervient Erwan*. Autour du blocus de Mermoz ce matin là, dans les rues longeant l’établissement ou sur les places d’Antigone toutes proches, on aura aperçu pas moins d’une vingtaine de camions de police, CRS et CDI, sans compter les unités de la Brigade Anti-Criminalité (BAC). « Cette semaine c’est un peu plus sévère. Mais la semaine dernière on a eu une compagnie de CRS très gentille, ils ont été vraiment géniaux. », nuance Mathilde*. « Iels nous ont même aidé à déplacer des poubelles. », s’amuse Elisa*. Avant de reprendre : « Mais n’empêche que le nombre de camions pour le nombre de jeunes qu’on est, c’est trop ! Je sais pas comment le gouvernement va faire si un jour y’a la guerre, ce qu’iels vont envoyer. C’est un peu hallucinant, c’est des armes de guerre qui sont utilisées par la police. Nous on est pas armé-es. Et en même temps ça montre qu’on leur fait peur. Nous à la base on demande une discussion. Ca aurait été simple d’organiser de vrais audiences et de nous donner les moyens qu’on demande. »

« La violence ça résoudra rien. Déjà qu’on demande plus de moyens pour nos infrastructures, si on vient commencer à casser et à en arriver aux mains, ça va rien arranger. Donc autant le faire pacifiquement », se positionne Erwan*. Le lycéen pointe les dégâts sur l’entrée du lycée Mermoz, fortement atteint par un gros incendie le 1er octobre : « Là il y en a peut être pour 500 000 euros. »

« On se revendique pacifistes, parce que ça nous permet aussi d’être écouté-es par les adultes, de pas nous cagouler et de gérer le truc plus légalement. Vu que y’a que les dégradations qui passent dans les médias, ça peut donner une mauvaise image. J’ai discuté avec des vieilles personnes qui pensent que le mouvement lycéen c’est juste des casseurs-ruses sans revendications qui veulent détruire la France. », explique Mathilde*. « Par contre je suis pas du tout contre qu’il y ait aussi des bandes parallèles qui foutent un peu plus le bordel. »

Clara* va aussi dans le sens d’une mobilisation plutôt pacifiste. « Mais ça nous dérange pas non plus les gens qui brûlent des poubelles, iels mettent personne en danger, même si c’est pas non plus très efficace. », appuit-elle. « Y’a foutre le bordel et foutre le bordel. Faire brûler des poubelles sur les voies du tram, ça paralyse, ça fait de mal à personne, c’est pas très grave. Brûler des lycées par contre, ça coûte des millions, et on en a besoin de cet argent. Le problème c’est que c’est très peu montré dans les médias les blocus pacifiques où on discute et où on informe les gens. »

« Après à la base si on parle autant du mouvement lycéen c’est parce que des lycées ont brûlé, on en aurait moins parlé si y’avait pas eu ça. », constate Elisa*. « C’est vrai qu’en même temps il en faut toujours des gens pour foutre le bordel », reconnaît alors Erwan*.

« L’administration est très condescendante. J’ai parlé avec le proviseur adjoint, il nous a dit qu’on s’était fait embrigadé-es et enfumé-es. », regrette Mathilde*. « Pour elleux on reste des enfants. Iels veulent nous protéger à l’excès et pensent qu’on sait pas trop ce qu’on veut. Et il y a quelque chose qui intéresse et qui inquiète beaucoup les lycéen-des, c’est par rapport aux absences non justifiées qui apparaissent dans les dossiers sur Parcoursup. Et ça peut être décisif. Le proviseur nous a dit qu’il supprimerait tout, que les absences n’auraient pas d’impact sur nos candidatures Parcoursup. Mais il met du temps à le faire, alors qu’il pourrait le faire direct. Malheureusement parfois il y a un décalage entre ce qu’il nous dit et ce qu’il fait vraiment. » Erwan* aussi regrette un manque de soutien de l’administration. « Iels viennent devant le lycée pour dire aux autres élèves de rentrer dès que c’est possible. », déplore-t-il. « Sur Joffre par exemple le proviseur les soutient vraiment, il aide à bloquer, il est présent sur les blocus, il envoie des mails à tout le monde en disant qu’il y a pas cours. », relève Clara*.

On en vient à se demander si le mouvement pourrait s’essouffler. « J’ai confiance, je pense que ça va continuer après les vacances. Le jeudi de la rentrée il y a déjà un appel à se remobiliser. », assène Mathilde*. « Et c’est vraiment important qu’on continue après, parce que là c’est vraiment l’optique des politiques qui se disent qu’il leur faut tenir jusqu’aux vacances pour que ça s’essouffle assez. Faut leur donner tord. Le 17 il faut que tout le monde se mobilise, c’est important que ce soit pas que les gilets jaunes. Chez les lycéen-nes ça s’est un peu déclenché comme ça sur le tas, mais ce qu’on veut c’est la convergence des luttes. » À l’évocation du 17 octobre, Erwan* rappelle la diversité du public de Mermoz : « Ici c’est un lycée polyvalent, il y a de tout, général, technologique, professionnel »

Élisa* voit d’autres avantages à cette date. « Peut-être que ça peut dépolitiser notre mouvement. », analyse-t-elle. « On nous dit qu’on est embrigadé-es par la France Insoumise. Alors qu’on est capables de réfléchir par nous même, on a pas besoin d’un chef qui nous dise quoi faire. Et le 17 comme il va y avoir des syndicats, tous les corps de métier, ça peut donner une autre image au mouvement lycéen. »

Mathilde* va dans son sens : « Déjà c’est chiant parce que ça dénigre LFI, et nous ça nous fait passer pour des petit-es qui devons nous appuyer sur les adultes, alors que pour le coup c’est nous qui avons commencé. C’est un mouvement lycéen, sans distinction politique parce que c’est juste une question de bien-être et de santé mentale. »

*Prénoms modifiés

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