« Tout seul, on ne gagne rien » : le syndicat Locataires Ensemble s’organise à Montpellier
Une trentaine de personnes se sont réunies mardi 20 octobre à la brasserie le Dôme pour la réunion de rentrée de l’antenne montpelliéraine de Locataires Ensemble. Le syndicat mise sur l’organisation collective pour faire plier les bailleurs, comme à Lyon. Il a déjà une date en tête : l’élection des représentants des locataires au conseil d’administration d’ACM Habitat, du 25 novembre au 9 décembre
Des fuites, de l’humidité, des volets qui manquent, des courriers sans réponse. Les problèmes de logement sont souvent vécus seul, porte fermée. Locataires Ensemble veut faire l’inverse. « À la différence de beaucoup de syndicats de locataires, on ne pense pas que le conseil individuel suffise, explique Sylvain, président de l’antenne locale. Notre philosophie, c’est l’organisation collective. Si un locataire a une fuite, on va voir si ses voisins ont le même problème. Si c’est le cas, on les met tous autour de la table. C’est ce qui permet de gagner des choses face aux bailleurs. »
Selon ses responsables, l’antenne montpelliéraine a été créée en 2025. Elle accompagne aujourd’hui trois collectifs d’habitants, dont deux chez ACM Habitat. Elle appartient à une fédération nationale, créée en 2024, qui rassemble une douzaine de syndicats d’habitants dans toute la France et entretient des liens avec des syndicats de locataires européens, dont celui de Barcelone.
Le modèle lyonnais
À Lyon, la méthode a déjà produit des résultats. Adrien, militant lyonnais venu témoigner, raconte l’histoire d’une locataire dont l’appartement, exposé plein ouest, a atteint 36 °C cet été. Son bailleur, une filiale du Crédit Agricole, aurait refusé d’installer des protections. Des artisans solidaires ont alors posé des stores de fortune sur les balcons, couverts de slogans contre le bailleur. La presse a été appelée, et une grève des loyers a été évoquée. « La presse nationale a débarqué, et finalement le bailleur a lâché de l’argent », résume Adrien.
Selon le syndicat, la Compagnie foncière lyonnaise (CFL), filiale du Crédit Agricole Immobilier, a débloqué fin juin 1 million d’euros pour équiper 800 logements contre la chaleur. Le média Reporterre confirme que la CFL a annoncé une enveloppe d’un million d’euros pour installer brasseurs d’air, stores et persiennes sur son parc. Dans la foulée, le maire écologiste Grégory Doucet a annoncé le 15 juillet que la température intérieure serait intégrée aux critères d’évaluation de la salubrité des logements, une première en France.
« On a écrit à Michaël Delafosse pour qu’il fasse pareil. Pour l’instant, on n’a pas de réponse », indique Sylvain. Le maire de Montpellier, réélu en mars avec 50,13 % des voix au second tour, a pourtant eu tout l’été pour y réfléchir.
« Il s’est enfermé dans les toilettes avec le sèche-cheveux »
Côté montpelliérain, les témoignages ne manquent pas. Michaël est locataire chez ACM Habitat, le principal nailleur social de Montpellier, dans une résidence livrée en 2020. « Sur le papier, c’était beau, neuf et récent. Mais ça fait un moment qu’on constate des malfaçons », affirme-t-il. Il évoque un incendie, qu’il qualifie de criminel, dans les garages de la résidence. Depuis, dit-il, aucuns travaux n’ont été réalisés et des rats lui « rendent visite ». Il assure avoir financé des travaux lui-même et avoir saisi le bailleur sans résultat.
Il raconte aussi une visite pour un problème d’humidité. Selon lui, son interlocuteur lui a demandé s’il avait un sèche-cheveux, puis s’est enfermé dans les toilettes pour sécher les murs. « Depuis qu’ils sont en lien avec mon avocate, je les trouve beaucoup plus réactifs », ironise-t-il. Il affirme aussi n’avoir jamais vu personne nettoyer la VMC en six ans.
Avec ses voisins, il a commencé à s’organiser. Ils demandent notamment un miroir pour sécuriser une sortie de garage qu’ils jugent dangereuse, et ont écrit à l’élu de quartier. « Je suis assez tenace. J’ai écrit jusqu’au Premier ministre, parce que Delafosse ne répondait pas. Tant qu’à faire, je vais emménager à la SPA, je serai peut-être mieux. »
Cap sur les élections HLM
Pour peser, le syndicat veut aussi entrer au conseil d’administration d’ACM. L’élection des représentants des locataires aura lieu du 25 novembre au 9 décembre. Ce scrutin se tient tous les quatre ans, entre le 15 novembre et le 15 décembre, dans tous les offices HLM de France. Cinq sièges sont à pourvoir pour 24 000 logements, selon Thibault, militant du syndicat. « On pourra y porter une voix et avoir accès aux dossiers, notamment aux attributions », explique-t-il.
Encore faut-il pouvoir se présenter. Depuis la loi Égalité et citoyenneté de 2017, les associations de locataires doivent être affiliées à une organisation nationale siégeant dans certaines instances officielles pour présenter une liste. Locataires Ensemble ne l’est pas. Le syndicat présentera donc ses candidats sous la bannière du Droit au logement (DAL). Le défi est aussi de mobiliser. Lors du précédent scrutin, selon Thibault, 2 600 locataires seulement ont voté, soit 12,3 % du corps électoral.
Financement par cotisations et soutien d’un fonds
Le syndicat fonctionne grâce aux cotisations de ses membres. Il bénéficie aussi du soutien d’Énergie Solidaire, une association adossée à un fonds de dotation créée en 2017 pour lutter contre la précarité énergétique, qui collecte des dons et les redistribue à des associations. « Les locataires sont démunis et le gouvernement n’agit pas pour eux », estime Lucie Mendes, représentante locale de la structure. Elle cite le projet de loi « Relance du logement », qui supprime l’interdiction de louer quelque 700 000 logements classés F ou G. Adopté par le Sénat le 8 juillet, le texte est examiné en commission à l’Assemblée nationale depuis la mi-septembre.
En fin de réunion, les participants se sont répartis en petits groupes pour trouver comment faire grossir le syndicat. Parmi les idées : du porte-à-porte, des comités de quartier et des actions pour toucher les étudiants, jugés très exposés aux « bailleurs-prédateurs ». Prochaine échéance : le 25 novembre, ouverture du scrutin chez ACM. D’ici là, il faudra frapper à beaucoup de portes. Celles des voisins, à défaut de celle du maire.
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