Manifestation du 17 octobre à Montpellier : un journaliste visé par un tir de LBD
Samedi 17 octobre, vers 18 h, le journaliste Ricardo Parreira a été touché à la cuisse par un tir de LBD alors qu’il photographiait des affrontements devant le Polygone. Casque marqué « PRESS » sur la tête, il affirme avoir été visé délibérément par un policier de la compagnie départementale d’intervention. Le 6 octobre, il disait déjà avoir reçu des coups de la part de CRS rue de la Loge
Il est environ 18 h, samedi 17 octobre, à l’entrée du centre commercial Polygone, allée Jules-Milhaud. La manifestation du premier acte « Gen Z x Gilets jaunes », qui a réuni au moins 40 000 personnes dans l’après-midi, s’est éclatée en plusieurs foyers d’affrontements dans le centre-ville. Ricardo Parreira, journaliste et collaborateur de Reflets Info, couvre l’un d’eux : une unité de la compagnie départementale d’intervention (CDI) de Montpellier fait face à un groupe de manifestants.
Selon son récit, il est identifiable comme journaliste. Il porte un casque sur lequel le mot « PRESS » est inscrit en grandes lettres, un appareil photo et un sac à dos de travail. Les manifestants avancent vers la ligne de policiers, postée à une dizaine de mètres du magasin Générale d’Optique, en s’abritant derrière des grilles et des plaques de bois. Quelques projectiles sont lancés. Les policiers répondent par un tir de LBD, une grenade de désencerclement qui explose aux pieds de deux manifestants, puis plusieurs grenades lacrymogènes qui retombent plus loin.
Le journaliste se tient alors sur la gauche de l’entrée du Polygone, à quelques mètres des manifestants, en train de prendre des photos. Quelques secondes plus tard, près de la vitrine de Générale d’Optique, il reçoit un projectile de LBD dans la cuisse gauche. Il estime se trouver à 10 ou 15 mètres de la ligne de policiers, sur leur droite. « Je le répète : je suis isolé. À aucun moment je ne m’interpose entre les manifestants et les forces de l’ordre, et je ne me trouve pas dans leur ligne de tir », insiste-t-il. Il en conclut avoir été « délibérément visé par un policier de la CDI en raison de [sa] qualité de journaliste ».
Ricardo Parreira a été pris en charge par les street medics présents ce jour-là. Leur bilan provisoire, établi à partir des retours de onze équipes, fait état d’une soixantaine de personnes blessées, dont neuf par des impacts de LBD. Le collectif estime ce chiffre en dessous de la réalité et affirme que deux de ses membres, identifiés et en train de soigner, ont eux aussi été visés. Lors d’une conférence de presse le 20 octobre, la préfète de l’Hérault a indiqué que 1 600 grenades avaient été utilisées par les forces de l’ordre ce jour-là et que 37 policiers avaient été blessés, sans préciser la nature de ces blessures. La préfecture a annoncé 63 interpellations.
Ce n’est pas la première fois que le journaliste dit avoir été pris à partie par des policiers. Le 6 octobre, en marge d’une manifestation lycéenne, il s’était approché d’une unité de CRS rue de la Loge pour observer des écussons non réglementaires sur leurs uniformes. Selon son récit, un agent lui avait alors donné un coup de coude au niveau de l’arcade, avant qu’un autre ne le frappe d’un coup de matraque et qu’un troisième ne le pousse. Le chef d’unité était intervenu pour calmer ses hommes. Ricardo Parreira est par ailleurs cofondateur d’Indextrême, une plateforme qui recense les symboles utilisés par l’extrême droite.
Il n’est pas le seul. Depuis le début du mouvement lycéen, Le Poing a documenté plusieurs cas de journalistes visés par des policiers à Montpellier. Le 2 octobre, Valentin Levetti, de stup.media, a été percuté au tibia par un policier à moto alors qu’il filmait une interpellation ; il a porté plainte pour violences volontaires aggravées. Le 6 octobre, Aury Bouzar et Samuel Clauzier, tous deux indépendants, disent avoir reçu respectivement un coup de bouclier et un coup de matraque sur leur matériel. Dans plusieurs de ces cas, les agents mis en cause ne portaient pas de numéro RIO visible, pourtant obligatoire.
Pour Ricardo Parreira, ces épisodes ne relèvent pas du hasard. « Les agressions verbales et physiques visant les journalistes constituent, d’après mon expérience sur le terrain, une pratique récurrente de la part de certains policiers », affirme-t-il. Selon lui, ces violences « bénéficient trop souvent d’une forme de protection de la part de la hiérarchie », ce qui donne à certains agents, « qui supportent mal d’être filmés ou photographiés », le sentiment de pouvoir agir en toute impunité.
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE SUIVANT :

