Agde : la gauche locale dénonce une stèle « en mémoire des victimes du communisme »
Lundi 9 novembre, Aurélien Lopez-Liguori, maire RN d’Agde depuis mars, inaugure une stèle « en mémoire des victimes du communisme ». La veille, il reçoit l’essayiste Mathieu Bock-Côté, chroniqueur sur CNews. Une dizaine d’organisations de gauche, de syndicats et d’associations appellent à trois rassemblements. Elles ont aussi écrit à la préfète de l’Hérault pour qu’elle bloque le projet
Le visuel a des airs d’affiche de film d’action. Un « COMMUNISME » en lettres capitales éclaboussées de rouge, et en dessous deux portraits souriants : Mathieu Bock-Côté, chroniqueur d’extrême droite, et Aurélien Lopez-Liguori, maire RN de la ville. Sur Facebook, la ville d’Agde annonce deux rendez-vous « à l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin ». Le dimanche 8 novembre à 19 h, le Palais des festivités accueille une conférence intitulée « Le communisme : menace d’hier et d’aujourd’hui ». Le lundi 9 à 17 h 30, le maire inaugure une stèle boulevard du Saint-Christ, sous le pont de la D612. Selon la commune, cette stèle rend hommage aux « dizaines de millions de victimes du communisme », des victimes « trop souvent oubliées ». « Agde est une ville attachée au devoir de mémoire », assure la mairie.
Du côté de l’opposition de gauche locale, on n’a pas oublié grand-chose. Le 3 novembre, les sections et groupes locaux du PCF, de LFI, du PS et de Génération·s, ainsi que la LDH 34, SUD, l’UL CGT Agde-Pézenas, la FSU 34 et le PRCF ont signé un communiqué commun. Ils y déclarent s’opposer « avec la plus grande fermeté » à la pose de la stèle. Leur argument est d’abord local : à Agde, rappellent-ils, les victimes de la Seconde Guerre mondiale ont été tuées par l’armée nazie. Ils citent des résistants agathois, dont André Chassefière et Louis Bages, « fusillés ou tués dans les combats par les nazis ». Ils évoquent aussi le camp d’Agde, « de sinistre mémoire », où des républicains espagnols ont été internés après la victoire de Franco. Les signataires accusent le maire de « réécrire l’Histoire ».
Trois rassemblements en deux jours
Le collectif appelle à se réunir à trois reprises : le dimanche 8 novembre à 11 h devant la statue de la République, en haut de la promenade ; le même jour à 18 h 30 devant le Palais des festivités, 19 avenue Paul-Balmigère, avant la conférence ; et le lundi 9 novembre à 17 h boulevard du Saint-Christ, une demi-heure avant l’inauguration.
En parallèle, les mêmes organisations ont adressé une lettre ouverte à la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet. Ils y défendent une ligne juridique : un maire ne peut délibérer que sur des affaires d’intérêt communal, et la stèle n’en relève pas puisqu’aucune victime agathoise du communisme n’a jamais été recensée. Les seuls communistes que la mémoire municipale honore, écrivent-ils, sont des résistants et des réfugiés espagnols, avec des noms de rues et une plaque devant le collège René-Cassin. Ils demandent à la préfète d’intervenir au titre de l’article 72 de la Constitution, qui confie au représentant de l’État le contrôle administratif des collectivités. Concrètement, cela pourrait passer par un recours devant le tribunal administratif.
La lettre glisse quelques piques. Elle reproche au maire de mal connaître l’histoire d’Agde, ville où il n’aurait, selon les signataires, « jamais résidé ou si peu » avant son élection. Elle rappelle aussi que le PCF s’est fait appeler « le parti des 75 000 fusillés » après la guerre. Enfin, le texte vise le Front national, ancêtre du RN, et ses fondateurs. En 1972, parmi ceux qui fondent le parti figurent deux anciens Waffen-SS, Pierre Bousquet et Léon Gaultier, aux côtés de Jean-Marie Le Pen, condamné à plusieurs reprises pour des propos racistes et antisémites. Le collectif estime que Lopez-Liguori est donc « très mal placé » pour donner des leçons de devoir de mémoire.
Agde n’est pas pionnière. Le 23 août 2025, Saint-Raphaël (Var) a inauguré une stèle « en hommage aux victimes du totalitarisme communiste ». Quelques jours plus tard, Steeve Briois, maire RN d’Hénin-Beaumont, a annoncé qu’il voulait la même, pour classer le communisme parmi les « idéologies meurtrières du XXe siècle, avec le nazisme et l’islamisme ».
Bock-Côté en tête d’affiche
Pour la conférence, la mairie a fait venir un spécialiste de la menace « d’aujourd’hui ». Mathieu Bock-Côté, sociologue québécois, est chroniqueur au Figaro et sur CNews, et intervient aussi sur Europe 1, des médias du groupe Bolloré pour les deux derniers. En 2023, il a publié Le Totalitarisme sans le goulag, un livre où il décrit le progressisme et le « wokisme » contemporains comme une forme de totalitarisme feutré. Le communiqué de la gauche le qualifie de propagateur des « idées nauséabondes de l’extrême droite ». La mairie, elle, le présente comme un « sociologue », sans plus de détails.
Notons qu’en octobre 2024, La Gazette de Montpellier avait présenté de la même manière le chroniqueur pour définir le wokisme afin de répondre à une lettre adressée dans le courrier des lecteurs de l’hebdomadaire, qui s’inquiétait à propos d’enseignants de l’Université Paul Valéry, qui seraient en proie à « un wokisme délirant ». Et de corriger un autre lecteur qui s’indignait que Bock-Côté soit cité comme figure d’autorité dans l’édition suivante de l’hebdo du jeudi, en répondant : « Vous attachez plus d’importance à qui le dit, plutôt qu’à ce qui est dit. C’est un travers assez banal, qui ne favorise guère l’ouverture d’esprit ». L’hérault n’a donc pas attendu l’élection de maires RN pour que se propagent les idées de l’extrême droite.
Le devoir de mémoire, version Facebook
Aurélien Lopez-Liguori a pris la mairie en mars 2026. Au second tour, il a obtenu 54,87 % des voix face à la liste divers droite de Thierry Nadal. Comme les règles sur le cumul des mandats l’imposaient, il a quitté l’Assemblée nationale, et son suppléant, Bernard Chaumeil, l’a remplacé comme député. Fin août, le média Les Jours a révélé que ce dernier était membre d’un groupe Facebook privé, « Riposte Frontières », animé par l’équipe du site identitaire Frontières. D’après l’enquête, le groupe d’environ 6 000 membres contient des dizaines de commentaires racistes et antisémites, ainsi que des appels à la haine ou au meurtre. Le député n’y a rien publié lui-même. Il a seulement réagi à des messages anodins. Il n’a pas répondu aux questions des Jours ni aux nôtres.
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