Dans la Vallée de l’Hérault, l’antiracisme prend la place

Khalie Guirado Publié le 16 mars 2026 à 01:18
Rassemblement contre le racisme à Gignac

Ce samedi 14 mars au matin, entre 100 et 150 personnes se sont réunies sur la Place de la Victoire à Gignac pour dire “Non au racisme, aux fascistes et aux violences d’état”.

Si les grandes villes sont habituées à voir s’organiser la Marche des Solidarités, le fait est moins coutumier dans les petites villes et villages. C’est pourtant à Gignac, commune de la Vallée de l’Hérault de quelques 6000 habitant-es, qu’un collectif informel, soutenu par plusieurs associations et syndicats, a tenu à organiser un rassemblement au moment du marché hebdomadaire en cette veille d’élections municipales. Nous le relations quelques jours plus tôt sur le Poing, un évènement et une date que la députée RN de la circonscription, Manon Bouquin a pris pour son parti, persuadée de voir là une manœuvre « d’extrême-gauche [qui] entend enfreindre le droit électoral en organisant un rassemblement “antifasciste et luttes locales” » et qui viserait spécifiquement la tête de liste locale du RN Amélie Drevet. Ce qui n’a pas empêché le RN de décrocher quatre sièges au conseil municipal le lendemain.

Vers 10h30 ce samedi matin, le rassemblement prenait donc forme, peuplé d’habitant-es de Gignac mais aussi des villages voisins de la Vallée de l’Hérault jusqu’aux Hauts cantons du Lodévois. Si des départs étaient organisés depuis Montpellier, c’est bien majoritairement des personnes vivant dans les parages qui constituaient l’immense majorité du rassemblement. 150 personnes pour un rassemblement organisé quelques jours plus tôt, cela donnait du baume au cœur aux organisateurs, l’un d’eux nous confiant sa satisfaction quant à l’affluence.

Le rassemblement a débuté par une minute de silence en hommage aux victimes de racisme et de violences d’État citées dans l’appel national : Aboubacar Cissé, tué dans une mosquée, Djamel Bendjaballah, tué par un militant fasciste, El-Hacen Diarra, tué par la police, Mamadou Garanké Diallo, mort en voulant traverser la Manche pour fuir une OQTF. Des noms prononcés à voix haute sur un marché de village, dans le brouhaha des étals et des sacs à provisions et attirant la curiosité de quelques badauds.

Parmi les prises de parole, SUD Éducation était présent. La Confédération Paysanne a également tenu à rappeler le distinguo sans ambage avec la Coordination Rurale dont les accointances avec l’idéologie d’extrême droite sont patentes, et l’attachement de la Conf’ à une agriculture qui ne se construit pas contre les travailleurs étrangers ni contre les migrant-es.

Le rassemblement s’est terminé autour de cafés et viennoiseries du marché. “Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde !”, confie un participant. Une satisfaction largement partagée dans le rassemblement.

C’est que faire vivre le discours anti-raciste, l’afficher sur les murs, se réunir, l’affirmer publiquement, est essentiel, dans une ruralité qui affiche de façon décomplexée sa préférence raciste. Le sociologue Benoît Coquard, dans ses travaux sur les classes populaires rurales, décrit comment la vie sociale dans les campagnes s’organise autour de liens forts de proximité, de bandes de proches, de réseaux de solidarité très locaux. Un « déjà nous » qui peut, selon la direction qu’on lui donne, se refermer sur lui-même ou au contraire s’ouvrir à d’autres. Se compter, se retrouver sur une place, nommer des choses ensemble : c’est précisément dans cette logique que s’inscrit ce genre d’initiative. Pas spectaculaire, mais concret.

Il faut pourtant nommer une limite. Ce samedi matin à Gignac, le cortège était blanc. Très blanc. Dans un territoire qui compte pourtant des associations actives dans l’accompagnement des personnes étrangères, des collectifs qui travaillent au quotidien sur les droits des migrant-es, des gens directement concernés par les violences et les politiques dénoncées dans l’appel. Leur absence n’est pas un détail. Elle dit quelque chose des frontières encore à franchir, des ponts encore à construire.

Ce rassemblement ne va pas à lui seul changer le rapport de forces dans la Vallée de l’Hérault, mais ce samedi-là, la place était prise.

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