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Reportage 9 octobre 2021

La fabrique des sans-papiers continue en plein Sommet Afrique-France

Rassemblement après la conférence de presse des collectifs sans-papiers ce vendredi 8 octobre à Montpellier

Alors que les Collectifs des Sans-Papiers souhaitaient s’inviter au Sommet France-Afrique pendant la grande parade de Macron à l’Arena, ils sont arrêtés à leur arrivée à Montpellier. Ce samedi 9, une manifestation partira à 15h30 de Plan Cabannes pour remettre à l’heure les pendules du sommet Afrique-France, toujours bloquées au temps des colonies.

« Il n’y a personne en France qui a plus de papiers que les sans papiers, à qui il faut une valise de papiers pour finir par avoir, dans le meilleur des cas , un papier qui pèse quelques grammes. A la naissance on a, le plus souvent, le papier fondamental, un acte de naissance, celui d’une vie. Pour le reste tout est affaire d’avoir les bons papiers quand on a quitté son pays d’origine». Ce sont les mots d’un militant du Collectif des Sans-Papiers qui résonnent ce jeudi 8 octobre lors de la conférence de presse dénonçant la détention de deux de leurs camarades et les arrestations de la veille. Dans le cadre du Contre Sommet Afrique-France organisé par plus de 60 associations du 6 au 10 octobre, la journée du vendredi 8 octobre, celle là même du sommet officiel à l’Arena avec Emmanuel Macron, était destinée à donner plus de visibilité à la question des sans-papiers en France, véritable situation de non-droit pour des milliers de personnes sur le territoire.

L’organisation de cette journée avait été confiée à La Marche des solidarités et aux nombreuses associations travaillant à la régularisation de tou-te-s. Le programme a été sacrément secoué pour nous rappeler à quel point : liberté d’installation et de circulation, droit d’accueil digne, droit d’accès au travail et aux études, libertés démocratiques (dont le droit de vote) n’existent pas dans notre beau pays aux valeurs aussi clinquantes que fallacieuses. En effet ce jeudi 7 octobre, c’est la police aux frontières, sur ordre du préfet Moutouh donc de l’état qui a accueilli, menottes dégainées, à la gare Sud de France, la délégation venue de Paris. Comme nous le relations, huit personnes seront arrêtées, six ressortent quelques heures plus tard mais cinq avec une obligation de quitter le territoire (encore des papiers). Deux sont envoyées dans les Centres de Rétentions Administratives de Nîmes et Marseille, en attente donc de leurs renvois forcés (pour en savoir plus sur l’enfer des CRA lire cet article du Poing malheureusement toujours d’actualité).

Ces arrestations abjectes sont également des atteintes au droit de manifester (à la grande manifestation prévue samedi donc),alors que tout avait été fait dans le cadre de la loi, déclarations à la préfecture et au ministère de l’intérieur. Une nouvelle délégation devait arriver vendredi matin à la gare St Roch, elle a annulé sa venue par crainte de la même répression. Effectivement ce matin il y avait 6 policiers qui attendaient sur le quai l’arrivée du train et qui l’ont fouillé, dès fois que la délégation se serait cachée.

Tout cela n’ a pas empêché ce vendredi matin une discussion fort animée et percutante dans les locaux de La Carmagnole autour de « cette machine de fabrication continue » de nouveaux sans papiers ; car une fois que l’on a obtenu des papiers on peut se retrouver ensuite dans le cas de ne plus en avoir. Ce parcours pour avoir des papiers est lié à la circulaire Valls, qui n’est pas une loi mais qui laisse le système d’obtention à la discrétion des préfets sur la base de fiches de paie ou de virements réguliers prouvant un salaire qui ne donne pas de droits. Le système capitaliste a besoin des sans papiers, dans le bâtiment, sur les chantiers, dans le nettoyage, les hôpitaux ce sont souvent « les premiers de cordée » une main d’oeuvre sous payée et docile. Pour cette raison la bagarre pour la régularisation des sans papiers passe par la nécessité de gagner les syndicats pour syndiquer les sans papiers. Leur régularisation est conditionnée au travail mais c’est surtout l’accès aux droits sociaux et à une égalité des droits qu’il faut obtenir, le salaire ne suffit pas.

Cet atelier de la matinée a précédé une forme d’assemblée générale pour décider de la réponse à apporter à l’évènement de la veille à la gare qui historiquement s’appelle une rafle !

Du point de vue juridique et après conseil d’une avocate, le dossier complet des deux personnes envoyées au Centre de Rétention de Nîmes a été adressée à une avocate Nîmoise ; ils passeront au tribunal judiciaire lundi matin, il est important de mobiliser.

En ce qui concerne les 5 Obligations de Quitter le Territoire assorties d’une Interdiction de Retour sur le Territoire la défense va s’organiser avec les avocat.e.s parisien.ne.s. Démonter l’illégalité des arrestations, avec « atteinte au droit de manifester » et déloyauté de la procédure de la préfecture. Tous les témoignages nécessaires ont été recueillis.

La nécessité d’une réaction militante et politique s’est organisée autour des liens possibles avec la société civile africaine présente au colloque officiel, notamment en la personne d’ Achille Mbmembe intellectuel camerounais, théoricien du post-colonialisme « rapté » par Emmanuel Macron pour valider et organiser ce sommet France Afrique.

Plusieurs mails lui ont été envoyés dont celui de la coordination des sans-papiers 75 que nous relayons ci-dessous :

Monsieur Achille Mbembe,

La CSP75 (Coordination Sans-Papiers 75) existe depuis 20 ans à Paris. Elle se bat pour la liberté de circulation et d’installation de toutes et tous, partout et toujours de façon pacifique. Il s’agit en premier lieu d’une question d’égalité pour tous les peuples et pas seulement pour une infime partie de la population mondiale.

Dans le sommet Afrique/France dont vous êtes l’un des organisateurs, le thème qui a été choisi par le président Macron « sera exclusivement consacré à la jeunesse d’Afrique et de France qui, chaque jour, bâtit l’avenir de la relation entre la France et le continent africain ». Or les sans-papiers de la CSP75, dont la majorité est très jeune, font partie des principaux acteurs du développement dans leur pays d’origine : pour exemple, au Mali, l’aide apportée par la diaspora (dont une bonne partie est sans-papiers) est supérieure de plus de 3 fois à l’aide octroyée au titre de l’aide au développement.

N’étant pas invités à ce sommet, nous avons décidé de participer au contre-sommet Afrique/France afin que notre parole et nos attentes soient entendues. Nous avions, comme à chacune de nos actions, déclaré notre participation à ce sommet alternatif, auprès du Ministère de l’Intérieur, de la préfecture de Paris et de la préfecture de Montpellier. Nous avions également déclaré une manifestation dont le lieu a été modifié par la Préfecture.  Nous avions accepté ce changement sans discussion.  Mais, à peine débarqués du train, 8 personnes de notre groupe ont été arrêtées, soi disant de façon aléatoire mais sur ordre du préfet : 2 sont actuellement en CRA et 5 personnes ont été relâchées après plusieurs heures  mais avec chacune une OQTF (obligation de quitter le territoire français) et une ITRF (Interdiction temporaire de retour sur le territoire français).

Votre combat a toujours été la reconnaissance de l’égalité des droits pour tous, aussi nous vous demandons de mettre tout en œuvre à votre niveau pour  faire relâcher les 2 personnes enfermées au CRA et annuler pour toutes les personnes, les OQTF et les IRTF qui ont été signifiées.

Si cela n’était pas possible, nous vous demandons d’appeler au boycott de ce sommet, qui se veut respectueux des personnes et à leur écoute alors que la politique actuelle de ce gouvernement est tout le contraire.

Comptant sur votre bienveillance pour nous soutenir, nous vous prions de croire, Monsieur, en l’expression de notre immense considération.

Sissoko Anzoumane,
Porte-Parole de la CSP75

Une conférence de presse publique a été organisée Place Jean Jaurès ce vendredi à 16H30 avec la confection d’un bateau de fortune qui rappelle que la Méditerranée est un cimetière. Depuis janvier 2021 ce sont encore plus de 2000 personnes qui y ont perdu la vie. La question des violences policières était également au centre de cette conférence de presse qui a organisé ses ateliers prévus dans la rue.

Ce sont les sans-papiers qui développent l’Afrique par leurs salaires gagnés en France et envoyés dans leurs pays et la jeunesse africaine dit non à la Françafrique.

Il est fini le temps des colonies

Ce sera le mot d’ordre de la manifestation appelée demain samedi à 15H au Plan Cabannes

Vous trouverez prochainement dans le Poing un dossier plus complet sur la Françafrique et les différentes conférences du contre sommet et du colloque demandant son annulation.


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