La jeunesse du spectacle vivant se bat contre une société de l’isolement

« À vous, responsables politiques :
Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre de la Culture, Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Monsieur le Premier Ministre, membres du gouvernement, sénateur·ice·s, député·e·s de l’Assemblée nationale. Depuis le lundi 22 mars 2021,
Nous, étudiant.e.s, technicien.ne.s des arts vivants, créateur.ice.s, auteur.ice.s, précaires de tous horizons, primo-entrant.e.s à l’intermittence, jeunes travailleur.se.s, non affilié.e.s,
Occupons le Centre Dramatique National Les 13 Vents.
Nous sommes indignés. »
extrait du discours tenu à la Criée du 7/5 devant le théâtre d’Ô

A l’arrivée aux 13 Vents je suis accueillie par Mathis, Maxime et Noémie qui m’accordent un peu de temps, avant de m’inviter à rejoindre leur Assemblée Générale qu’ils et elles animeront.

Suite aux tables rondes de la Culture en lutte organisées sur le parvis du Théâtre des 13 Vents à Grammont le 20 Mars 2021, les jeunes des écoles d’arts et « primo-arrivants » sur le marché de la Culture ont décidé de rajouter un lieu d’occupation sur Montpellier et après négociation avec la direction le 22 mars, c’est  le Théâtre des 13 Vents qui a rejoint le mouvement des occupations, qui compte 102 lieux encore occupés à ce jour. Tout cela en accord également avec leurs directions d’écoles qui globalement les soutiennent.

C’est une trentaine de personnes qui viennent dans ce nouveau lieu occupé, véritable endroit de rencontre, de transmission, d’élaboration, bref tout ce que « l’université devrait nous faire connaître et nous permettre dans nos cursus et qu’elle ne fait pas » dit une jeune fille lors de l’assemblée générale. La nuit, la jauge des occupant(e)s est de 7 et le noyau moteur de l’occupation est d’une dizaine de jeunes, puisqu’un certain nombre d’écoles ont repris leurs activités.

Une assemblée générale à 10H tous les matins et un planning élaboré pour la semaine le samedi toujours en lien avec les mouvements sociaux en cours puisque « ce que nous défendons nous le défendons pour tous ! » c’est l ‘adage du Mouvement !

D’ailleurs ils et elles étaient à La Paillade lors de la venue à la CAF de Macron et Darmanin avec une banderole pour le retrait de la réforme de l’assurance chômage et ont organisé un sit-in pour prévenir la violence des CRS. Ce sont les jeunes occupants des 13 Vents qui sont monté sur un local poubelle pour mettre en évidence la banderole à l’arrivée de Macron et mettre la puissance de leur voix de ventre au service des slogans contre la politique antisociale du gouvernement.

La communication est permanente dans un échange et des rencontres prônant l’horizontalité entre ce collectif de jeunes qui a trouvé son énergie et le CCN occupé. Notamment dans leur participation aux réunions « émergences » qui traitent du fameux plan de relance proposé par la Drac et des propositions que peut faire le mouvement d’une entraide entre compagnies que l’on dit « confirmées » et jeunes compagnies. Car justement il s’agirait bien de se servir de la crise du Covid pour refondre tout le système et « cette fédération des énergies et des lieux qu’a tissé le mouvement d’occupation nous permet de penser que tout est faisable à l’avenir ou en tout cas d’envisager un avenir différent. Par exemple en nous réappropriant l’espace public et en répertoriant des lieux à Montpellier pouvant accueillir des nouveaux spectacles sans que ce soit leur fonction première, cela permettrait de contrer ce fameux embouteillage de la reprise ! Ces vrais espaces de rencontres que nous avons constitués il faut les garder et trouver par exemple « une maison du peuple pour entretenir cette flamme. Tout le monde a envie de retourner dans les lieux de Culture alors comment faire pour que ce ne soit pas pire qu’avant ?»

« Notre jeunesse ne peut pas se passer à contempler l’effondrement du service public et des conquis sociaux pour lesquels nos aînés et nous-mêmes nous battons et qui dessinent les principes d’une république forte et solidaire. Le spectaculaire, nous préférons nous en charger nous-mêmes. La tragédie que vous nous écrivez, qu’on la laisse se jouer dans nos pièces, nos tableaux… Nous ne voulons plus y assister dés-oeuvré.e.s

Ainsi nous affirmons notre soutien à tou.te.s les occupant.e.s de lieux culturels, en particulier à celles/ceux qui se font expulsés, des lieux qui leur appartiennent. Nous partageons les revendications déjà exprimées par celles/ceux-ci. Nous insistons sur le fait que la seule réouverture des lieux culturels ne nous satisfait pas. Une refonte globale des institutions théâtrales et de leurs fonctionnements est aujourd’hui, plus que toujours, nécessaire, pour un théâtre démocratique, accessible à tou.te.s, inclusif et paritaire. » Extrait toujours du discours tenu à la Criée le 7 Mai.

L’assemblée générale constituée d’une quinzaine de jeunes a écouté et discuté la lecture du dernier communiqué des jeunes de l’Odéon « qui seront intraitables sur les conditions sociales dans lesquelles ils veulent étudier. » Un certain nombre de projets et d’actions sont avancé(e)s pour apprendre artistiquement de la situation à la sortie de l’occupation. C’est un fourmillement de questions, une multiplicité de projets qui sont mis avec fougue sur la table : monter un rendez-vous « Au pied du mur » se réunir autour d’un mur pour créer, échafauder des projets ensemble dans la ville, permettre des lieux d’expressions libres, détruire les structures qui divisent les arts, construire un tiers lieu destiné aux artistes émergents……

Mais deux dates restent à retenir dans le prochain calendrier national : la fameuse réunion du Conseil National des professions du spectacle, déjà reportée deux fois depuis Mars, qui a lieu le 11 mai et doit discuter de la revendication de l’année blanche pour tou(te)s les intermittent(e)s et de l’arrivée des primo- entrant(e)s sur le marché de la Culture…Le 15 Juin le passage de la réforme de l’assurance chômage en Conseil d’ Etat dont on attendrait qu’il la retoque ?

« Pour finir, nous estimons que cette lutte n’est pas étrangère aux luttes déjà menées par nous et par d’autres et nous associons aux luttes environnementales, anti-patriarcales, anti-discriminatoires, … et réaffirmons notre position contre tous les systèmes inégalitaires et oppressifs. Nous appelons à la rencontre de ces luttes avec la conviction de la nécessité de leur convergence.
Mobilisation, fédération et organisation
Car c’est maintenant que tout se joue, et que nous avons besoin de toutes et tous. Pour nos droits.
Pour notre vie. Pour notre liberté. »
Extrait encore du discours tenu à la Criée le 7 mai

Pour conclure ce reportage, l’envie de partager quelques phrases du RAP qu’un des jeunes des 13 Vents a énoncé, proclamé devant le théâtre d’Ô

Les artistes sont mis d’teco
On nous accuse d’être marginaux
On travaille gratuitement
En attendant l’impresario
Phallo-matraques de CRS
Des protestants caressent les fesses
Les pauvres ils se font masser
Rien que pour la beauté du geste
3 mois pour porter un flingue
Et 10 ans pour un vaccin
C’est quand même un truc de dingue
Y’a moins de sauveurs que d’assassins
Gouvernement sous-qualifié
Soignants disqualifiés
Suppression de lits et de postes
État d’urgence prolongé
On maquille les chiffres
Pour que tout ait l’air plus vrai
Mais c’est juste une tactique tac
Pour passer les décrets
On nous prend des cons
Et on nous creuse la tombe
La politique de Macron
C’est encore pire qu’une hécatombe
Y’a pas de dialogue ça pue
Mais quelle démocratie
Sensation de déjà vu
Peuple contre tyrannie
Les étudiants sombrent à la pelle
Là aussi y’a du mépris
Un cadeau pour Noël ?
On offre une visite chez la psy
La jeunesse est sacrifiée
Et on croit qu’on va changer le monde
On continue de s’embrasser
En attendant que la terre s’effondre
En attendant que saute la bombe
En attendant on passe la seconde
On continue de protester
En attendant blanche colombe
Avions au-dessus de nos têtes
Poussins broyés dans l’assiette
Y’a bien un moment où va falloir se dire : on arrête


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