Le projet sécuritaire de Delafosse : de gôche ou de droite ?
À Montpellier, le maire-candidat “socialiste” Michaël Delafosse multiplie les annonces sécuritaires : policiers municipaux, caméras, brigade des logements sociaux, police des transports… Une politique musclée revendiquée au nom de la sécurité… mais qui interroge : jusqu’où le parti socialiste a-t-il glissé sur le terrain sécuritaire traditionnellement occupé par la droite ?
Historiquement, la gestion de Montpellier par le parti socialiste frêchiste a été marquée par une approche sécuritaire. Georges Frêche a multiplié les propos racistes à propos des harkis, des Marocains ou encore des « Noirs en équipe de France ». Dans le même temps, il prenait des mesures sécuritaires qui sont d’ordinaire l’apanage des mairies de droite ou d’extrême droite. Il est notamment connu pour avoir pris l’un des premiers arrêtés anti-mendicité, interdisant les rassemblements de plus de trois personnes en été, pour avoir armé la police municipale bien avant Béziers, ville dirigée par le maire d’extrême droite Robert Ménard, et pour avoir acheté des voitures américaines trop volumineuses pour que la police puisse patrouiller dans les rues du centre-ville de Montpellier.
Michaël Delafosse, qui se revendique de la filiation frêchiste au point d’avoir nommé sa fille responsable de la modification catastrophique des mobilités à Montpellier, se met dans les pas du défunt « président » : le premier mandat a été consacré à de nombreuses gesticulations sécuritaires et à la multiplication des effectifs des différents corps de sécurité.
Le sécuritaire de droite
Chez Delafosse, qui se prétend de gauche, le « en même temps » est de rigueur : des mesures parfois plus à gauche que les Insoumis locaux, comme la gratuité des transports en commun, et des mesures et déclarations très à droite. Ainsi, le maire de Montpellier s’est illustré par des propos à la limite du racisme, stigmatisant les femmes de la communauté des gens du voyage, accusées de se rendre à la Comédie en pyjama et en claquettes, et harcelant les commerces « communautaires » (comprendre tenus par des personnes issues de l’immigration), comme les épiceries de nuit et les barbiers.
Ce sécuritaire de droite s’est également illustré dans le domaine du logement social. Outre la « police des HLM » (GSRI), qui s’est récemment illustrée par ses menaces cagoulées à l’encontre de citoyens qui les filmaient alors qu’ils procédaient à des interpellations, une autre pratique extrêmement stigmatisante s’est développée : l’expulsion de logements sociaux de personnes condamnées. Présentée comme une mesure de prophylaxie sociale (empêcher que des personnes indésirables ne pourrissent un immeuble), cette sanction est en réalité extrêmement violente : il suffit qu’un membre d’un foyer commette un délit pour que toute la famille, parfois avec des enfants en bas âge, se retrouve à la rue. Cette sanction est d’autant plus violente que les plus démunis ont déjà beaucoup de mal à se loger à Montpellier. Le fait de punir toute une famille pour le délit d’une seule personne rappelle les sanctions collectives coloniales d’antan, où les indigènes étaient tous punis en groupe.
Le bilan sécuritaire de Delafosse ne s’arrête pas là. Il a également procédé à de nombreux recrutements de policiers municipaux et à la mise en place de caméras, notamment en créant une police des transports dont l’utilité est difficile à cerner. De manière générale, il est possible de s’interroger sur l’utilité du recrutement d’un grand nombre d’agents de police et de la mise en place d’un grand nombre de moyens de surveillance, car très peu d’études mettent en avant une corrélation entre le déploiement d’une police municipale et la réduction de la délinquance, pas plus que le déploiement de caméras de sécurité. Et comme cela n’a pas particulièrement marché, la liste Delafosse propose d’amplifier le mouvement en recrutant massivement de nouveaux policiers municipaux, en déployant massivement des caméras de surveillance et en construisant un hôtel des sécurités gigantesque et inutile. Il serait en réalité plus utile de dépenser les sommes faramineuses affectées à cette inflation sécuritaire pour construire des logements, ce qui permettrait d’atténuer un peu la crise du logement à Montpellier… Mais c’est moins vendeur électoralement…
Le sécuritaire de « gôche »
Ces mesures sécuritaires, qui semblent tout droit sorties d’un mauvais rêve aviné de la droite niçoise, sont néanmoins enrobées de quelques mesures sécuritaires de “gauche”. Ainsi, la mairie prétend former les forces de sécurité à la prise en charge des victimes de violences sexuelles et sexistes (VSS), alors que le commissariat de Montpellier a été violemment épinglé par des militantes féministes pour une prise en charge indigente des victimes. Il y a aussi la mise en place d’un réseau « Angela » qui sent l’opération de communication à plein nez : les femmes qui se sentent menacées n’attendent pas l’assentiment de la mairie pour se réfugier dans un commerce.
Enfin, l’action de la police municipale, parfois équipés de matériel de police nationale en manifestation comme s’ils participaient au schéma de maintien de l’ordre (lors du 10 septembre 2025 par exemple), est présentée comme de la « police de proximité ». Le caractère de proximité de cette action reste à démontrer, de nombreux Montpelliérains la ressentant comme du harcèlement des pauvres plutôt que comme de la « proximité », une tarte à la crème sécuritaire d’une gauche totalement alignée sur les préoccupations sécuritaires de la droite capitaliste.
L’américanisation de la Mosson : multiplication des résidences fermées
C’est aussi une petite bombe qui se cache dans le programme sécurité de Michaël Delafosse : il propose non seulement de clôturer l’ensemble des résidences HLM de la Mosson, mais aussi de clôturer l’ensemble des espaces verts et espaces publics du quartier. Avec cette mesure, l’espace public disponible pour les habitants de ce quartier se verrait drastiquement restreint, au profit d’une privatisation des espaces, créant ainsi une ville encore plus triste, sans espaces publics ni espaces communs. On peut également se demander si, une fois tout l’espace de la Mosson résidentialisé et fragmenté, la ville ne serait pas tentée d’attribuer des logements dans des résidences fermées à des habitants plus aisés, permettant ainsi une gentrification à bas bruit de ce quartier, au détriment des classes populaires qui ne profiteraient pas des effets des politiques de rénovation urbaine menées sur place.
Le problème de l’insécurité : la ville capitaliste ?
Au-delà du médiocre programme sécuritaire de Michaël Delafosse, Montpellier souffre d’un réel sentiment d’insécurité. Il faut également noter que la délinquance et le sentiment d’insécurité sont deux choses très différentes : il est possible d’avoir un taux de délinquance élevé et un sentiment d’insécurité faible, ou inversement, un taux de délinquance faible et un sentiment d’insécurité élevé. Ainsi, dans la plupart des villes françaises, ce sont les centres-villes qui concentrent la plupart des délits de petite délinquance (vols, agressions, etc.), alors qu’ils ne sont pas nécessairement perçus comme des coupe-gorges et sont très fréquentés. À l’inverse, de nombreux quartiers populaires où se concentrent les immigrés pauvres sont vus comme des ghettos et soigneusement évités par de larges parties de la population, alors que les taux de délinquance y sont plutôt bas par rapport aux centres-villes.
L’exemple le plus frappant de ce décalage entre le sentiment d’insécurité et la délinquance réelle est le classement « Numbeo » qui, à partir d’une méthodologie discutable, prétend que Montpellier serait la 7e ville la plus dangereuse d’Europe, en se basant sur la « mesure du sentiment » d’insécurité des internautes, alors que, selon le classement de 2024 en termes de taux de délinquance, Montpellier se situe à la 20e place en France, derrière des villes telles que Bordeaux, Lyon ou Paris, ce qui est certes élevé, mais qui est extrêmement loin de l’ultime coupe-gorge que serait devenue la septième ville la plus dangereuse d’Europe.
Comment expliquer un tel décalage entre un sentiment d’insécurité extrêmement fort et un taux de délinquance finalement moins élevé que dans d’autres villes de taille similaire ? Une première explication serait le racisme d’une partie de la population : Montpellier comptant de nombreux immigrés, de nombreuses personnes feraient le lien entre la présence de personnes dont la peau est un peu plus foncée que la leur et la peur de la délinquance. Néanmoins, même si ce facteur peut jouer, il est intéressant de se référer aux analyses du philosophe Henri Lefebvre, qui analysait la ville capitaliste dès les années 1970. Selon lui, le sentiment d’insécurité ne découlerait pas tant de la délinquance en elle-même que de la structure de la ville capitaliste. Selon lui, le sentiment d’insécurité est une fonction directe de la solitude. En effet, c’est le fait de se sentir isolé dans la ville qui fait naître le sentiment de peur et d’insécurité : si l’on pense que personne ne viendra à notre secours en cas d’agression, il est difficile de se sentir serein.
En réalité, c’est l’interconnaissance et la solidarité qui diminuent le sentiment d’insécurité : on se sent beaucoup plus rassuré si l’on pense que les passants se porteraient à notre secours en cas d’agression… C’est la base du sentiment de sécurité qui est avant tout collectif. Or, Henri Lefebvre montre que la ville capitaliste moderne se caractérise par des tendances contraires : l’espace urbain aurait tendance à se fragmenter, avec de moins en moins d’espaces communs et de plus en plus d’espaces privés fermés, et à défavoriser l’occupation de l’espace public, privilégiant les flux de personnes plutôt que la sociabilité à l’échelle locale. Une ville conçue de cette manière ne peut donc que générer un sentiment d’insécurité, accentué par les inégalités sociales croissantes qui caractérisent les métropoles modernes. Et si, au lieu de dépenser un « pognon de dingue » pour les faux policiers cagoulés du GSRI, on s’attaquait tout simplement à la ville capitaliste ?
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