Politique
Reportage 9 septembre 2022

MNA ou pas, l’enfant a le droit à l’école, un toit et des papiers

Des MNA suivent des cours dans les locaux de l’association Montpellier Accueil Jeunes Isolés Étrangers

Les mineurs non accompagnés (MNA) étaient huit cents dans l’Hérault avant la pandémie, sans doute moins aujourd’hui (dossier publié en mars 2022 dans le n°35 du Poing). Un principe constitutionnel doit leur été appliqué : la mise sous protection de tout mineur isolé, qui qu’il soit, quelle que soit la cause de sa situation. Un principe très imparfaitement appliqué, alors que tout est fait pour les confronter à un parcours de vie fragmenté, une suspicion permanente, une restriction de leurs aspirations – sous la menace de l’incarcération et de l’expulsion.

La question des MNA ne gagne pas à être abordée sous l’angle moral des seuls droits de l’homme et de l’enfant. Elle est politique, elle dit les rapports d’exploitation et de domination. Une bonne conscience de gauche aime à imaginer que l’État a deux mains. L’une aimable, tendue, qui s’occupe du bien-être de tous, l’éducation, la culture, la santé. La main gauche. L’autre bien moins aimable, qui s’occupe du contrôle et de la répression, police, armée, justice. La main droite.
Les MNA sont situés exactement à l’endroit où les deux mains se serrent, nous désignant l’État réunifié dans sa fonction principale d’oppression, d’institutionnalisation et de domination : l’État des puissants, qui verrouille les aspirations populaires à l’émancipation et à l’autonomie. Les MNA dépendent du Conseil départemental dans sa vocation d’action sociale, et aussi de l’État central (ici la Préfecture) dans la conduite de sa politique migratoire. Dans la main droite et la main gauche serrées, nullement contradictoires sur le fond, les MNA sont broyés, otages de surenchères dans les enjeux politiques, pénaux, sociaux.

Portés par les flux irrépressibles de la misère et des guerres, les MNA révèlent autant qu’ils ne contrarient le dispositif néo-libéral de la mondialisation. S’ils se sont géographiquement extraits du statut néocolonial des périphéries mondiales, au Sud, une fois parvenus dans nos villes, au Nord, c’est à nouveau à leur périphérie qu’on les délaisse, voire qu’on les parque.
Éric Zemmour et les autres, appuyés sur toute une presse, les décrivent en voleurs et violeurs. S’en trouvent revivifiées les plus solides représentations coloniales. Ces mineurs fous d’espoir ont bravé les pires risques du parcours migratoire. Ici ils s’accrochent à un projet de scolarité et de vie meilleure – une poignée ultra minoritaire reconduit la logique misérable et délinquante des enfants des rues.

Alors se méfier des opérations du langage. Le langage est un vecteur de l’idéologie, il participe à la construction des représentations. Cette figure du danger assigne les personnes à un trait culturel spécifique, qui est censé les définir. Tous ces mots déforment la vision de la société. Quand il prétend expliquer les faits sociaux et politiques à partir de traits culturels, le culturalisme inverse les causes et les conséquences.

Le reportage du Poing a voulu approcher le parcours kafkaïen des MNA, juste à la périphérie de notre propre centralité.


“On ne leur fout jamais la paix”
Un mineur isolé mène une course d’obstacles contre les barrages juridiques et administratifs. Il n’y est pas abordé dans sa singularité, avec son projet, mais comme spécimen d’une catégorie que l’État veut isoler et repousser.

MNA, coupables de ne pas rentrer dans les cases
Dans l’urgence des confinements, on a vu très bien fonctionner des structures d’accueil qui articulaient forcément dans un même lieu la logique globale d’une prise en charge humaine. Avant retour au refoulement.

MNA : mentir pour aller à https://lepoing.net/mna-mentir-pour-aller-a-lecole/l’école !
Même la scolarisation des mineurs non accompagnés (MNA) se heurte à des barrages. L’Éducation est pourtant un domaine où enseignants et jeunes trouvent leur compte, à l’inverse des clichés.



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MNA : mentir pour aller à l’école !