Mobilisation climat : à Montpellier, un centaine de personnes en assemblée générale pour préparer la suite
Julien Servent
Publié le 27 septembre 2026 à 01:31 (mis à jour le 27 septembre 2026 à 01:47)
Dans la foulée d’une manifestation montpelliéraine qui a rassemblé entre 4 et 5000 personnes, une centaine de personnes ont participé à une assemblée générale pour décider des suites du mouvement climat de ce 26 septembre. Avec plusieurs dates en perspective.
« On est plus chauds, plus chauds que le climat ». En cohérence avec ce slogan régulièrement lancé ce samedi 26 septembre pendant la marche montpelliéraine pour le climat, une centaine de personnes ont dans la foulée participé à une assemblée générale tenue sur les marches du Corum. Les participant-es comptent inscrire le mouvement dans la durée, poursuivre sa structuration nationale. Avec en ligne de mire une nouvelle mobilisation d’ampleur mi-novembre.
Qui organise quoi ?
Dès le début de l’AG, un homme s’est questionné sur la structure à l’initiative de cette journée de mobilisation, et de l’assemblée. Non sans méfiance. “J’ai pas de temps à perdre si c’est pour rentrer dans des chicaneries politiques”, aura-t-il lancé, visiblement méfiant envers une dynamique potentiellement drivée par syndicats ou partis politiques.
Un des organisateurs de la mobilisation du jour a donc fait un rappel, évoquant un comité de citoyens d’horizons divers, de différents groupes sociaux. « On était même prêts à accepter la Coordination Rurale. », conclura-t-il.
Partie de Bio Consom’acteurs puis reprise par un collectif plus large, l’initiative revendique plus de 53 000 signataires, près de 1 200 organisations et 265 mobilisations dans 91 départements. Un cumul de structures associatives et militantes et d’individus, en somme.
Question utile, puisque la mobilisation du jour a été préparée de longue date, depuis la fin août. Et qu’un début de coordination nationale a germé de premières réunions de préparation, avec déjà quelques dates, locales et nationales, pour la suite.
Le mercredi 30 septembre une réunion de débrief du 26 septembre, ouverte à tous, aura lieu au local associatif La Carmagnole, 10 rue de la Palissade, à 18h45.
Le 31 octobre et le 1er novembre une rencontre nationale des délégué-es des différentes assemblées du pays doit se tenir dans le Tarn. L’enjeu de l’assemblée montpelliéraine du jour était donc d’échanger et de structurer quelque chose localement, mais aussi à terme de désigner deux délégué-es pour représenter Montpellier fin octobre. Vers une nouvelle mobilisation d’ampleur nationale, mi-novembre. « Sans que le contenu ne soit encore décidé », a précisé un organisateur.
Points de vue divergents…
Deux personnes du Groupe National de Surveillance des Arbres (GNSA), fondé en juillet 2020 par Thomas Brail, opposant à l’A69 Castres-Toulouse et à l’A412 en Haute-Savoie, ont ensuite pris la parole : « Ce ne sont pas les éoliennes, les panneaux photovoltaïques, ou quoi que soit qui vont nous sauver. C’est de la poudre aux yeux. Ce qui peux nous sauver, c’est de mettre en priorité la défense de la nature et de l’environnement. » Avant de protester contre les assassinats de défenseurs de l’environnement par les forces de l’ordre. Probablement en référence à Rémy Fraisse, tué par une grenade explosive de la police lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens dans le Tarn, ou encore aux nombreux blessé-es, dont certain-es ont frôlé la mort, de la manifestation anti-mégabassines du 25 mars 2023 à Sainte-Soline.
« Comment pouvons-nous lutter contre le réchauffement sans adapter notre consommation ? En continuant à manger de la viande ? Parce que la production de viande est la principale cause de déforestation et de changement climatique ! », a ensuite asséné une personne se présentant comme membre d’un « nouveau parti en formation ». « On assiste à un génocide animal, à un Holocauste. Alors que la planète leur appartient autant qu’à nous, voir plus ! »
En désaccord, un autre homme rebondit : « On ne peut pas imposer des manières de consommer à tout le monde. Il y a de bonnes manières de faire avec l’élevage. ». Puis, un peu plus tard : « Chacun-e doit faire l’effort de compacter canettes et cartons. »
Les émissions de gaz à effet de serre par kilo de viande animale varient énormément selon l’espèce, la zone géographique, et surtout le mode d’élevage, en extensif avec des bêtes nourries par la polyculture ou des pâtures naturelles, ou en intensif avec des bêtes nourries par des céréales ou du soja importées par exemple. S’il existe un quasi-consensus scientifique sur la nécessité de réduire la consommation de viande dans le monde, et dans les pays du Nord en particulier, quel que soit le mode d’élevage, de nombreuses institutions de recherche insistent aussi sur les effets environnementaux néfastes d’une suppression pure et simple de l’élevage. À titre d’exemple, l’INRAE rappelait le 14 août 2024 dans un dossier que « l’élevage fournit de nombreux services environnementaux dont certains indispensables à la durabilité de l’agriculture », notamment en fournissant de l’engrais naturel et en fertilisant les sols pour l’agriculture végétale.
« Il faut qu’on arrive a faire tous ensemble. », est alors intervenu un chercheur en écologie. « On a l’extrême droite en face de nous. » Avant de proposer de s’inspirer de la forme prise par le festival antifasciste Les Fourmilières, actuellement en cours dans l’Hérault, le Gard, l’Aveyron, l’Aude et la Lozère. C’est à dire sans chef, sans siège et sans tête d’affiche, multipliant les évènements décentralisés sur la base d’une charte commune. (Voir le site du festival par ici)
« On a touché 4000 personnes. On a touché les gens-tes qu’on devait toucher, sans plus, on a pas réussi à dépasser ce seuil malgré la canicule de cet été. On aurait pu toucher beaucoup plus. », a ajouté un autre homme. « On aurait pu toucher des gens-tes affecté-es dans leurs métiers, des paysan-nes, des gens-tes du BTP, des pompiers. Le premier travailleur mort de chaud de l’été c’était un gamin de 19 ans, dans le BTP, dès la fin mai. »
… et nécessaire convergence
Cette dernière intervention aura fournie une bonne transition à un militant syndical et politique lorgnant sur la journée de grève et de manifestation de la fonction publique du mardi 29 septembre : « Le thème des services publics concerne clairement notre cause. », a-t-il avancé. « En plus cette mobilisation s’élargit déjà. De nombreux syndicats CGT de la métallurgie y prendront part. La Coordination Rurale* et la FNSEA** par contre ce sont nos ennemi-es. Qu’on puisse faire éventuellement des choses avec certain-es de leurs sympathisant-es pourquoi pas, mais s’adresser aux structures je suis contre. » Avant de proposer une prise de parole, acceptée, de l’AG climat locale pendant la manif du 29 septembre, qui commencera à Montpellier place Albert 1er à 14h, avec une unité syndicale nationale notable, puisque l’intersyndicale est composée de la CGT, de FO, de la CFDT, de l’UNSA, de la FSU, de Solidaires, de la CFE-CGC et de la FA-FP.
Un étudiant de l’Université de sciences de Montpellier a ensuite évoqué la convention passée par l’UM avec TotalEnergies pour certaines formations, dont Le Poing vous parlait le 11 juin dernier, et qui accorderait selon les syndicats à l’entreprise un rôle dans la définition des contenus pédagogiques sur des sujets directement liés à la transition énergétique (chose que le président de l’université Philippe Augé niait en juin). « Il y a un groupe d’étudiant-es et de profs qui essaient de se mobiliser sur le sujet, même si pour le moment c’est pas non plus immense », a-t-il poursuivi. « Ce lundi 28 septembre à midi une assemblée générale se déroulera devant le grand bâtiment du campus Triolet, le bâtiment 36. »
Enfin, un homme a tenu à appuyer sur sa confiance personnelle envers les femmes et hommes politiques qui sympathiseraient avec le mouvement climat naissant : « La mairie de Prades- le-Lez [NDLR : mairie Les Écologistes] a signé l’appel à mobilisation. Je pense que si des politicien-nes se rapprochent de nous il ne faut pas les rejeter. Ce qui nous rapproche là c’est qu’on est en train de crever ! » Le 9 août 2025, quelques jours après un premier débat entre trois membres de la Coordination Rurale de l’Hérault et le député écologiste Jean Louis Roumégas à Montpellier, des militant-es du même parti politique, depuis reconduit à la tête de Prades-le-Lez en 2026, organisaient une réunion de travail commune avec le syndicat à Prades le Lez. Parmi les points d’accord formalisés par un communiqué, un « rejet commun des méga-bassines pompant les nappes profondes au bénéfice d’une minorité », et une nécessaire « lutte contre la bétonisation et le mitage urbain ».
Que faire ?
C’est la question qui a agité la dernière partie de l’assemblée générale.
Une femme a évoqué la manifestation nationale prévue le 3 octobre en Normandie vers le site de production de pesticides Syngenta – aussi impliquée dans les OGM ; la société renonçait ce 21 septembre devant la Cour d’Appel de Montpellier à poursuivre un faucheur volontaire – à Saint-Pierre-la-Garenne, à l’appel de la Confédération paysanne***, de Cancer Colère, du CSVPO (collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest), et des Soulèvements de la terre.
Malgré d’évidentes sympathies, le week-end de mobilisation, dans le Tarn, autour de l’inauguration de l’A69, les 9, 10 et 11 octobre prochains, n’a pas été évoqué.Une autre femme a relevé qu’il faudrait « penser à boycotter le capitalisme ».
Enfin, une militante de la Coopérative Intégrale du Bassin de Thau (CIBT) a lancé d’autres pistes de construction du mouvement : « À Frontignan, on essaie de mettre en place des alternatives concrètes au capitalisme, même si c’est embryonnaire. Créer des jardins partagés, mutualiser des voitures. Peut être qu’au lieu de marcher on peut s’inspirer de ce qui se fait à Frontignan, ou en plus développé dans la Coopérative Intégrale du Haut Berry. »
En attendant, la prochaine assemblée générale du mouvement, après le débrief du 30 septembre, aura lieu le 13 octobre à 19h à La Carmagnole. Et des groupes Telegram sont disponibles pour les personnes qui souhaitent rester informées, sur la carte des mobilisations du 26 septembre, par ici, en cliquant sur le lieu adéquat.
*La Coordination Rurale est le second syndicat d’agriculteurs-trices, regroupant des petit-es et moyen-nes exploitant-es en situation de fragilité sur le marché des filières de l’agro alimentaire. Elle est très critique du syndicat majoritaire, la FNSEA. Nombre de ses cadres affichent leur proximité avec l’extrême-droite. Le syndicat tient une ligne anti-écolo, ou plutôt hostile à une écologie imposée de l’extérieur du monde agricole, dans un contexte où le monde paysan se trouve de plus en plus pris en tenaille entre les aspirations écologiques de la société civile et la crise agricole. Non sans nuances. Serge Zaka, docteur et chercheur en agroclimatologie auquel le média écologiste Reporterre consacrait un portrait en mars 2023, est régulièrement l’invité de discussions organisées par des sections locales de la CR. La CR reste tout à fait ouverte aux agriculteurs-trices en bio. Elle est en pleine crise de croissance. L’organisation a énormément grossit d’un coup après la révolte agricole de l’hiver 2024, en agrégeant des publics variés (anciens gilets jaunes et personnes très hostiles aux gilets jaunes, partisans d’une union avec des salarié-es et corporatistes purs jus, agriculteurs-trices de différentes tailles, avec différents rapports à l’écologie ou à la politique, partisans d’une ligne contestataire dure ou adeptes d’une nouvelle cogestion) et peine aujourd’hui à produire une ligne commune et une organisation équilibrée.
**La FNSEA est le principal syndicat agricole, et revendique 212 000 adhérents-es sur 400 000 exploitant-es. La FNSEA syndique des exploitant-es de toutes tailles, inséré-es dans les filières agro-alimentaire, mais défend les intérêts des plus gros-ses. Ce qui est très visible dans sa défense d’une attribution des aides de la PAC à l’hectare plutôt qu’à l’exploitant-e. Elle est dirigée par Arnaud Rousseau, à la tête d’une immense exploitation agricole de plus de 700 hectares. L’homme est aussi président du groupe agro-industriel Avril, qui regroupe Lesieur, Puget. Il est actif dans l’alimentation des animaux d’élevage, les agrocarburants ou encore la chimie des huiles et protéines végétales, et président du Conseil d’Administration de Sofiprotéol, qui finance des crédits aux agriculteurs.trices. La FNSEA est une organisation tentaculaire sans équivalent en dehors de l’agriculture. Elle a un contrôle sur une bonne partie de la presse spécialisée. Elle fournit des services à ses adhérent-es, et est présente dans de nombreux organismes encadrant le monde agricole, comme le Crédit Agricole ou la Sécurité Sociale agricole, la MSA. Si bien qu’on peut y adhérer sur une logique d’un « il vaut mieux en être ».***Troisième syndicat agricole, classé à gauche, qui organise des petit-es et moyen-nes exploitant-es, avec une bonne proportion d’exploitant-es en reconversion, souvent attiré-es par la très forte identité agro-écologique mise en avant par l’organisation.
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