Marche pour le climat à Montpellier : le béton, le plastique et le lithium dans le cortège

Elian Barascud Publié le 26 septembre 2026 à 18:12
Entre 4 000 et 5 000 personnes ont défilé ce samedi 26 septembre dans le centre-ville de Montpellier, à l'occasion d'une journée nationale de mobilisation « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». ("Le Poing")

Entre 4 000 et 5 000 personnes ont défilé ce samedi 26 septembre dans le centre-ville de Montpellier, à l’occasion d’une journée nationale de mobilisation « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». Contournement autoroutier, incinérateur, projet de mine de lithium, usine d’eau en bouteille : les collectifs héraultais sont venus avec leurs propres dossiers

« Qui aurait pu prédire la crise climatique ? » Emmanuel Macron posait la question dans ses vœux du 31 décembre 2022. L’appel national du 26 septembre la lui renvoie sous forme de lettre ouverte, en énumérant l’été écoulé : plus de 7 300 morts de la canicule, la Gironde de nouveau en feu, des paysans qui ont perdu entre 15 % et un tiers de leurs récoltes selon les productions. Partie de Bio Consom’acteurs puis reprise par un collectif plus large, l’initiative revendique plus de 53 000 signataires, près de 1 200 organisations et 265 mobilisations dans 91 départements.

Ses revendications se résument en trois plans. Un plan d’urgence : lieux frais, protection des travailleurs exposés à la chaleur inscrite dans la loi, moyens pour les secours. Un plan d’adaptation : rétablissement du Fonds vert, rénovation des logements, nappes et rivières gérées comme des communs. Un plan d’atténuation : fin des subventions aux énergies fossiles et interdiction de tout nouveau projet fossile pour les entreprises françaises. Pour financer le tout, l’appel propose de taxer les superprofits du fossile et de l’armement, et de créer un impôt climatique sur les plus gros patrimoines.

À Montpellier, les militants ont surtout parlé de ce qui se construit, ou menace de se construire, à quelques kilomètres du cortège.

Le COM et la politique du fait accompli

« Le Contournement Ouest de Montpellier est un bon exemple de truc qu’il ne faut pas faire », lance Philippe, membre de l’association Saint-Jean Environnement et du collectif AutreCOM. Il redoute « un lourd impact en termes de bétonisation et d’artificialisation des sols ». Porté par ASF (Vinci Autoroutes) pour le compte de l’État, le projet doit relier l’A750 à l’A709 sur environ six kilomètres, entre Juvignac et Saint-Jean-de-Védas, en 2×2 voies aux caractéristiques autoroutières.

Le dossier n’est pas bouclé devant la justice. Le 21 juillet, la cour administrative d’appel de Toulouse a suspendu sa décision sur le recours d’AutreCOM contre la déclaration d’utilité publique. Elle estime l’étude d’impact lacunaire sur le risque d’inondation et laisse six mois à l’État pour la compléter. D’après le collectif, le projet consommerait 80 000 m³ de zones d’expansion de crue, dans un secteur en partie classé en zone rouge du plan de prévention des risques d’inondation. La procédure ne suspend pas pour autant les travaux préparatoires, qui se poursuivent.

« Cette semaine encore, ils ont coupé une dizaine de gros platanes près du rond-point de chez Paulette, raconte Philippe. On a l’impression que Vinci veut appliquer la politique du fait accompli, pour pouvoir dire : maintenant qu’on a rasé, il faut construire. » Il ne rejette pas toute idée de contournement : « Un autre est possible, mais certainement pas une autoroute. »

L’incinérateur qui se fait appeler chaudière

Quelques mètres plus loin, le comité de défense contre l’incinérateur s’en prend à la métropole. Le projet consiste à transformer l’usine Amétyst, dans le quartier Garosud-Les Grisettes, en une unité qui brûlerait 45 000 tonnes de combustibles solides de récupération (CSR) par an. Alain Heyraud, membre du comité, y voit « une aberration écologique et financière ». « Les promoteurs parlent de “chaudière” parce que ça va créer de l’énergie. En réalité, le rendement sera très faible et cela va coûter très cher au contribuable. Avec cette délégation de service public, on parle de 450 à 500 millions en 15 ans. » L’Observatoire indépendant des déchets (ODAMM) avance de son côté un chiffre d’affaires prévisionnel de près de 567 millions d’euros HT pour le contrat de 15 ans confié à Urbaser à partir de janvier 2026.

« L’alternative était simple, elle avait été votée en conseil de métropole en 2022 : la politique zéro déchet, que Michaël Delafosse a enterrée », poursuit le militant. Son principal artisan, l’ancien vice-président François Vasquez, a été écarté de sa délégation après s’être opposé au projet CSR. La majorité métropolitaine défend un équipement qui mettrait fin à l’export annuel d’environ 110 000 tonnes de déchets résiduels hors du territoire, soit 4 000 à 4 500 trajets de camions et un surcoût estimé à 27 millions d’euros par an.

Biologiste et chimiste, Michel Level s’inquiète pour l’air : « L’incinérateur CSR va produire 72 000 tonnes de CO2 par an. Pourquoi le mettre en plein milieu d’une agglomération de 500 000 habitants, alors que l’air de Montpellier est déjà très pollué à cause du trafic autoroutier ? On risque un effet cocktail, avec des risques de cancer et de maladies cardiovasculaires. »

Renouvelables : la transition licencie

Dans le cortège, Tom, syndiqué à Sud Énergie 34, rappelle que la transition a aussi des salariés. « Montpellier occupe une place particulière dans les énergies renouvelables, c’est un bassin de 4 000 emplois. Le problème, c’est que depuis la loi de programmation pluriannuelle de février dernier, les plans sociaux se multiplient, avec des entreprises comme Voltalia, Urbasolar ou Elements qui licencient et restructurent. » Publiée avec trois ans de retard, la programmation pluriannuelle de l’énergie a revu les volumes à la baisse, avec une cible de 3,5 GW par an pour le solaire. Chez Urbasolar, dont le siège est installé au Millénaire, la direction a annoncé fin mai la suppression de 53 postes sur 440 en France. D’après une syndicaliste interrogée par le Poing en juillet, le groupe suisse Axpo, propriétaire de l’entreprise depuis 2019, aurait pourtant dégagé 954 millions d’euros de bénéfices en 2025.

Mardi 29 septembre, jour du colloque du Syndicat des énergies renouvelables, les salariés de la filière manifesteront à Paris et devant la préfecture de Montpellier, à 11 heures. « Si on veut aller vers une vraie décarbonation, il faut socialiser le secteur de l’énergie, défend Tom. Toute personne qui se dit écolo doit s’intéresser à la manière dont ce secteur s’organise. »

Lithium : le secret industriel pour un permis de recherche

Le collectif Délit-thium, lui, est descendu du Cœur d’Hérault. En octobre 2023, la société norvégienne Transition Elements a demandé un permis exclusif de recherches de lithium pour cinq ans, sur 218 km² et 22 communes, de Bédarieux à Clermont-l’Hérault en passant par Lodève. Le périmètre englobe une partie du Grand Site Salagou-Mourèze, des zones Natura 2000 et des terres viticoles. Début août, selon la préfecture, la demande était toujours à l’étude au ministère.

« En février, nous avons demandé un dossier complet en vue d’une concertation publique. On nous a opposé une fin de non-recevoir au nom du secret industriel, explique une militante. Sauf que pour l’instant, on parle d’un projet de recherche, pas d’un projet industriel. » Le collectif rappelle que le périmètre inclut l’ancienne mine d’uranium de la Cogema, toujours polluée par des éléments radioactifs. L’uranium y a été extrait sur le site du Bosc, près de Lodève, de 1959 à 1997. Les opposants redoutent des forages à l’eau sous haute pression et une pollution des nappes phréatiques. « Et qui dit exploitation minière dit routes, transports, expropriations de riverains. Pour l’instant, on informe les citoyens et on essaie d’agir sur les politiques. »

L’eau, en bouteille ou en tuyau

« Nous sommes là pour questionner le mode de gouvernance de l’eau », résume Caillou (pseudonyme), membre de la Coord’eau 34. Il dénonce les projets de bassines du département, « décidés de manière opaque et non démocratique ». Dans notre enquête publiée le 19 septembre, nous en recensions quatre, portés par le conseil départemental pour plus de 20 millions d’euros et remplis l’hiver par Aqua Domitia. La plus grande, à Florensac, couvrirait près de 20 hectares pour 940 000 m³.

Ce même réseau doit maintenant s’allonger. Porté par la Région et l’État, le projet Aqua Littoral prolongerait Aqua Domitia jusqu’à Perpignan, pour 40 à 60 millions de m³ supplémentaires par an et plus de 500 millions d’euros. Sa mise en service n’est pas attendue avant une quinzaine d’années, et la Région cherche à le faire classer en grand projet stratégique pour accélérer les procédures. Reste la question du Rhône : en 2023, l’Agence de l’eau estimait que ses débits d’été à Beaucaire, là où BRL pompe, pourraient encore baisser d’environ 20 % d’ici trente ans.

À Montagnac, la Coord’eau 34 s’oppose depuis des années à la vente du forage de la Castillonne. En septembre 2022, le conseil municipal l’avait cédé pour 30 000 euros à la Compagnie générale des eaux de source, filiale du groupe Sources Alma (Cristaline, Saint-Yorre), qui prévoit d’y implanter une usine d’embouteillage. « On a une victoire d’étape », se réjouit Caillou. Le 16 juin, la cour administrative d’appel de Toulouse a annulé les délibérations municipales de septembre 2022 et février 2023 qui autorisaient la cession. Elle a ainsi donné tort au tribunal administratif de Montpellier, qui les avait validées. Pour la cour, la mise en bouteille ne relève d’aucune mission d’intérêt public, alors qu’un autre usage de cette eau, pour la consommation ou l’irrigation, servirait un intérêt public « encore plus impérieux ». Le dossier n’est pas clos pour autant : la commune peut encore se pourvoir en cassation devant le Conseil d’État.

Pour ceux qui auraient manqué le rendez-vous, un rattrapage est prévu mardi à 11 heures devant la préfecture. D’ici là, qui aurait pu prédire qu’il faudrait autant de collectifs pour poser la même question : à quoi, et à qui, doivent servir la terre, l’air et l’eau de l’Hérault ?

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