Incinérateur CSR à Montpellier : une quarantaine de signataires saisissent la préfète
La concertation publique sur le projet d’incinérateur CSR portée par Urbaser vient de s’achever dans la contestation. Un comité interassociatif, dans lequel milite l’ancien élu en charge des déchets qui a claqué la porte de la métropole pour refuser ce projet, interpelle directement la préfète de l’Hérault pour exiger “un vrai débat”
Il s’appelle le Comité de défense contre l’incinérateur 3M, il est transpartisan, interassociatif, et il ne décolère pas. Ce 25 juin, une quarantaine de signataires (associations, collectifs de riverains et personnalités du monde scientifique et politique) ont adressé une lettre recommandée à Chantal Mauchet, préfète de l’Hérault pour exiger l’organisation d’un débat public placé sous l’égide de la Commission nationale du débat public, la CNDP, et un moratoire immédiat sur le projet.
À l’origine de cette mobilisation, on trouve notamment François Vasquez, ancien vice-président de Montpellier Métropole chargé de la collecte, du tri et de la valorisation des déchets et artisan de la politique dite “zéro déchet” votée à l’unanimité par le conseil métropolitain en 2022. Écarté de sa délégation après son opposition au projet CSR, il n’a depuis cessé d’alerter sur ce qu’il considère comme un virage à 180 degrés de la métropole.
Le projet en question consiste à transformer le site de l’usine Amétyst, en plein quartier Garosud-Les Grisettes, en une unité capable de brûler 45 000 tonnes de combustibles solides de récupération par an. Ses promoteurs l’appellent “chaudière CSR”. Ses opposants, qui n’ont aucun goût pour la novlangue industrielle, parlent d’un incinérateur implanté à 3 600 mètres de la place de la Comédie.
“Une concertation verrouillée”
Les deux réunions publiques organisées les 11 mai et 11 juin par le groupe Urbaser, délégataire de service public désigné par la métropole, ont cristallisé les tensions. Le comité dénonce dans sa lettre à la préfète des présentations entachées d'”inexactitudes et d’affirmations contestées”, conduites dans un “monologue marketing” sans que le vice-président délégué aux déchets, Pierre-Marie Carvajal, n’y trouve à redire.
Selon Hérault Tribune, François Vasquez a dénoncé lors de la première réunion “un grand carnage” et accusé la métropole d’avoir abandonné la stratégie zéro déchet votée à l’unanimité quelques années plus tôt. “Vous êtes payés à la tonne. Votre intérêt n’est pas l’intérêt de la collectivité”, a-t-il lancé aux représentants d’Urbaser, sous les applaudissements de la salle.
Les signataires pointent aussi une contradiction de taille : ce même projet prétend avoir étudié puis écarté les solutions alternatives, en quelques lignes du dossier de concertation, alors que la délibération de mars 2022 votée à l’unanimité constituait selon eux précisément une alternative viable, tant sur le plan financier que sanitaire.
La question du stade
La lettre adressée à Chantal Mauchet revient sur sa décision du 20 avril dernier de fermer la porte à une saisine de la CNDP, sollicitée par France Nature Environnement dans le cadre du droit d’initiative. Décision formellement conforme aux règles, reconnaissent les signataires, mais pas inévitable pour autant.
Ils s’interrogent notamment sur la cohérence des pratiques locales : des projets d’incinérateurs à Évry, Créteil et Toulouse ont bénéficié d’un encadrement par la CNDP. Et sur le territoire même de Montpellier Métropole, un prédécesseur de l’actuelle préfète s’était félicité en mars 2021 que la SA3M et le groupe Nicollin saisissent la CNDP pour la construction du nouveau stade, jugeant ce projet d’impact significatif sur l’environnement. La question posée par les opposants est simple : un stade aurait-il davantage d’impact sur notre environnement qu’un incinérateur ?
Des risques sanitaires au cœur du débat
Sur le fond, les inquiétudes portent sur les émissions de polluants que les CSR libèrent dans l’atmosphère après incinération : HCl, HF, SO₂, NOx, cadmium, mercure, dioxines, furanes, PFAS, ces substances perfluorées dont la réglementation de 2016 , rappellent les signataires, ne fixe toujours pas de valeur limite.
Les opposants font également valoir que le schéma régional d’aménagement (SRADDET), document qui s’impose aux collectivités comme aux services de l’État, signale que l’Occitanie dispose déjà de capacités suffisantes en matière d’incinération et qu’une mutualisation avec les installations de Lunel et Sète aurait dû être envisagée. Et ils rappellent que c’est Michaël Delafosse lui-même qui déclarait dans le Midi Libre du 10 avril dernier : “Dans le traitement des déchets, nous n’avons pas été bons depuis 40 ans.” Après quarante ans d’échecs, une année de réflexion supplémentaire semble donc au comité la moindre des prudences. La préfète appréciera.
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