Social
En Bref 6 mars 2020

Montpellier : Enseignants-chercheurs et étudiants en lutte contre la destruction de l’université

Dans notre précédent article sur le mouvement étudiant contre la LPPR et la réforme des retraites à Paul Valéry, nous vous parlions de la grève de la recherche du 5 mars comme date importante de mobilisation du côté des universités. Plusieurs assemblées générales et réunions d’information se sont tenues dans différentes facs de la ville en amont du jeudi 5, et environ 1500 personnes ont défilé hier dans les rues de Montpellier. Retour sur un mouvement qui ne fait que commencer, et qui pourrait bien remettre du jus dans la lutte contre Macron et son gouvernement dans cette période de creux de la mobilisation contre la réforme des retraites.

La LPPR, projet de destruction de l’université

La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) , lancée en janvier 2019 par la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation Frédérique Vidal, devrait voir le jour dès 2021. Cette loi vise à revoir -à la baisse- les financements dans le domaine de la recherche, notamment par le biais d’appels à projets.

Dans une tribune publiée dans le Monde le 10 janvier dernier, un collectif d’environ 800 chercheurs  et universitaires menace de « démissionner de [leurs] fonctions administratives si le projet de loi sur la recherche n’est pas retiré ». Ils dénoncent une réforme à l’esprit « Darwinien » qui précariserait le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche.

En effet, la LPPR prévoit une suppression du statut de maître de conférence et de repousser la titularisation des enseignants au profit d’emplois de vacations précaires. De plus, cette loi accentue le processus de financement de la recherche par appel à projets. De plus en plus de laboratoires de recherche sont contraint de faire financer leurs recherches par le biais d’agences de financement. Beaucoup d’enseignants chercheurs y voient un danger pour l’indépendance de la science et de la recherche, et un risque d’uniformisation de celle-ci pour répondre à des injonctions économiques de développement et d’innovation.

Les étudiants mobilisés y voient également un processus de destruction de l’université publique dans la lignée de la loi ORE et de Parcoursup : précarisation des doctorants, renforcement de la sélection à l’université et hausse des frais d’inscriptions pour ne pas avoir à réduire le nombre de professeurs…

Un mouvement de protestation national est donc en train de se mettre en place, et sur Montpellier les étudiants et enseignants-chercheurs de plusieurs fac ont décider de rejoindre la bataille et de participer à la manifestation du jeudi 5 mars pour s’opposer à cette loi.


Paul Valéry : AG d’UFR et structuration du mouvement

Cela fait déjà quelques semaines que l’université Paul Valéry est mobilisée contre la réforme des retraites et la LPPR. Plusieurs blocages ont déjà eu lieu, suivis d’assemblées générales. Du 1er au 3 mars, des assemblées générales d’UFR (regroupement de départements) ont eu lieu pour permettre aux étudiants et professeurs de discuter ensemble et d’établir des revendications communes.
Une grande assemblée générale de presque 600 personnes -profs, chercheurs, étudiants, personnel- s’est déroulée ce jeudi 5 mars à 10h en amphi 1 pour décider des suites de la mobilisation. Plusieurs idées ont émergées : bloquer les jours de grève, créer des cours substitutifs, rejoindre l’appel national des gilets jaunes le 11 avril… Le sujet de la précarité étudiante a également été évoqué, et des idées d’actions de manifestation devant les locaux du CROUS ou de restau U gratuit ont également été suggérées. 

Une coordination nationale des facultés et laboratoires de recherches en lutte se déroulera ce weekend à Paris pour déterminer les suites de cette mobilisation.

Fac de sciences et fac de droit pas en reste !

Si Paul Valéry est souvent prête à se mobiliser pour répondre à toute tentative d’attaque du gouvernement, on ne peut pas en dire autant de la faculté de sciences, et encore moins de la faculté de droit, tristement connue pour l’épisode du 22 mars 2018, où un commando d’extrême droite, cagoulé et armé, avait pénétré dans un amphithéâtre avec la complicité de l’ancien doyen pour déloger des étudiants en lutte contre la loi ORE.
Et pourtant, une poignée d’étudiants en science politique regroupés en comité de mobilisation, aidés de certains de leurs professeurs, ont réussi le tour de force de réunir près de 80 personnes -pas forcément familières des mobilisations – mercredi 4 mars après les cours pour une réunion d’information sur la LPPR et la réforme des retraites. Le doyen de la fac ayant refusé de prêter un amphithéâtre, prétextant « une période de réserve électorale et de commémoration du tragique événement d’il y a deux ans », cette réunion s’est tenue dans le local de l’union locale solidaires. Le lendemain, ils ont participé à la manifestation en cortège, et comptent bien continuer d’informer les étudiants de leur faculté, même si mobiliser des juristes semble être une opération délicate.

Vous pouvez vous informer de leurs actions via leur page facebook.

En fac de sciences, une assemblée générale a également fédéré 200 personnes contre la réforme des retraites et pour le retrait du projet de la LPPR. Fait notable, dans une fac habituellement immobile pendant les mouvements sociaux.

1500 personnes en manifestation le 5 mars

Tous ces étudiants, enseignants et chercheurs en lutte ont donc manifesté leur désaccord aux projets de casse du service public ce jeudi 5 mars. Ils étaient accompagnés par plusieurs syndicats dont la CGT qui leur a, pour une fois, laissé la tête de cortège, sous une pluie fine. 

Une tentative de passage devant la fac de droit a été empêchée par la police, positionnée en bas de la rue de L’Université. Des contrôles d’identité arbitraires ont été effectués.

Arrivés sur la préfecture, des cailloux sont jetés sur des gendarmes mobiles, qui prononcent à la hâte leurs trois sommations en appelant à se disperser mais… le calme revient aussitôt, et alors que tout le monde s’attend à recevoir des salves de gaz lacrymogène, des enseignants en lutte commencent à effectuer un flash-mob dansant sur la Place des Martyrs de la résistance, scène cocasse ! 
La manifestation s’est ensuite dispersée paisiblement sur la Comédie, et certains ont ensuite enchaîné avec la marche aux flambeaux contre la réforme des retraites organisée à 18h30 au Peyrou.

Dans toutes les facs, professeurs et étudiants se sont donc fédérés autour de revendications communes : Retrait de la réforme des retraites et retrait du projet de la LPPR. Si à Paul Valéry la mobilisation commence déjà à établir un rapport de force avec la présidence ou l’État avec la grève des enseignants-chercheurs, dans les autres facs l’enjeu est encore de diffuser de l’information pour parvenir à massifier un mouvement qui est bien parti pour durer, et peut être pour créer un regain de mobilisation dans la lutte contre la réforme des retraites. Seul le site de Richter, qui abrite la faculté d’économie, demeure la terre damnée immobilisée, le Mordor de la lutte sociale sur Montpellier.
De nouvelles assemblées générales sont prévues dans les semaines à venir, le Poing vous tiendra informés des suites de ces mobilisations.



ARTICLE SUIVANT :

Deux gilets jaunes nîmois devant le Juge d'Application des Peines, sur fond de rumeurs de complot policier