« On devait mendier l’eau » : après le 24 octobre à Montpellier, deux nuits en prison pour du sursis
Trois manifestants du 24 octobre passaient ce mercredi 28 octobre en comparution immédiate à Montpellier. Le premier, R., est le jeune homme frappé par des membres de la milice d’extrême droite devant l’office de tourisme. Il a porté plainte. Il restera pourtant en détention provisoire jusqu’au 2 décembre, en attendant une expertise psychiatrique. Les deux autres, accusés d’avoir jeté des pierres sur des voitures de police, ressortent avec du sursis, après deux nuits passées à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone
R., 23 ans, entre dans le box les cheveux sur les yeux, l’air perdu. Le 24 octobre, devant l’office de tourisme, il a été frappé par des membres du groupe d’extrême droite qui s’était donné pour mission de « protéger les commerces ». Il a déposé plainte. Lundi, un autre manifestant interpellé par ce même groupe avait été condamné à six mois de prison avec sursis. Ce mercredi, R. comparaît pour violences sans ITT sur des policiers, à qui il aurait lancé des cailloux. Il est en récidive : il a déjà été condamné pour des faits similaires après la manifestation du 10 septembre 2025.
Le dossier ne sera pas jugé sur le fond ce mercredi. R. a vu un psychiatre pendant sa garde à vue, mais le tribunal juge les questions posées trop floues et demande une nouvelle expertise. Il souffre de troubles psychiatriques diagnostiqués dès l’adolescence et ne prend plus son traitement depuis trois semaines. Lundi, le juge des libertés et de la détention l’avait placé en détention provisoire. Il invoquait l’absence de garanties de représentation, R. n’ayant notamment pas de travail, et le risque de réitération.
La procureure estime que la détention « semble être l’unique moyen de le tenir à disposition de la justice ». Elle rappelle la « grande précarité » du prévenu, ses problèmes familiaux et deux convocations en justice auxquelles il ne s’est pas présenté. Son avocat, Me Baghdadi, reconnaît lui-même qu’il est difficile de plaider un placement sous contrôle judiciaire. « J’ai envie de travailler, d’aller à Nantes avec un ami pour travailler. Je ne compte plus aller en manifestation », bredouille R.
L’audience est renvoyée au 2 décembre à 13 h 30, et R. reste en détention d’ici là. Au moment où il quitte le box, sa mère se lève et demande si elle peut lui dire au revoir. La présidente refuse.
Le street medic et la voiture de la BAC
M., 23 ans, est poursuivi pour dégradation d’un véhicule de police et pour violences, le visage masqué, sur les quatre policiers qui se trouvaient à bord. La présidente fait lecture des procès-verbaux d’ambiance et d’interpellations : à 22 h 40, une patrouille de la BAC repère près d’un arrêt de tram un individu vêtu de noir et masqué, qui jette un caillou sur leur voiture au moment où elle passe.
M. raconte être venu en début d’après-midi avec des street medics, « pour aider les gens et distribuer du sérum physiologique en cas de gaz ». « Après 22 h, la BAC nous jetait des grenades, un ami l’a prise dans l’épaule. J’ai eu les nerfs, j’ai reconnu le policier à l’origine du lancer et j’ai jeté un caillou. Ils roulaient vite, je voulais juste leur faire peur. Mon acte reste une connerie et je regrette. », explique-t-il à l’audience. Il dit s’être laissé interpeller sans résister, mais avoir été violenté pendant l’arrestation. Il décrit aussi sa garde à vue : cinq dans une cellule « très sale », de l’eau qu’il fallait « mendier », pas de couverture. Puis le quartier arrivants de Villeneuve-lès-Maguelone, « avec des cafards, des punaises de lit ».
Même sans blessure, rappelle la présidente, le droit pénal parle de violence dès lors que le geste peut impressionner la victime. L’avocat des policiers, parties civiles, décrit un jet « très précis », dirigé contre le policier que M. tenait pour responsable de la grenade reçue par son ami : on s’en prend « non à un symbole, mais à une personne ».
La procureure assure que le parquet « réprimera tout type de violences ». Elle requiert six mois de prison avec sursis, avec obligation de travail et de réparer les dommages, un stage de citoyenneté et un an d’inéligibilité. Il s’oppose par avance à toute non-inscription au casier.
L’avocat de M. enrage : « Si vous demandez du sursis, je ne comprends pas pourquoi il y a eu un placement en détention provisoire. » Selon lui, le dossier contenait des éléments sérieux pour un contrôle judiciaire. Quant au masque, il servait à se protéger des gaz lacrymogènes, puisque son client était le premier au contact des manifestants pour leur porter secours. Le tribunal requalifie la dégradation en dégradation n’ayant causé qu’un dommage léger. Il déclare M. coupable de l’ensemble des faits et le condamne à quatre mois de prison avec sursis et 200 euros d’amende.
Une pierre introuvable
P., 23 ans, au casier vierge, est lui aussi poursuivi pour violences sans ITT sur des policiers, le visage dissimulé sous un masque de ski et un masque de chantier. Déféré lundi comme les deux autres, il a passé deux nuits à Villeneuve-lès-Maguelone.
Selon la présidente, la police intervient vers 20 h 15 près du Polygone pour empêcher un pillage, au milieu d’une cinquantaine de personnes masquées. Les policiers voient P. lancer une pierre vers leur voiture, sans la toucher. Il sera interpellé deux heures plus tard. Au poste, son test d’alcoolémie est positif. « J’ai eu le temps de réfléchir ces quatre derniers jours, c’est stupide », affirme-t-il à la barre. Ses masques ? « C’est pour se protéger des gaz lacrymogènes, pas pour dissimuler mon visage. »
« Pourquoi continuer de porter un masque de ski après 22 heures ? », s’interroge de son côté la procureure, qui voit chez le prévenu, au moment des faits, un « état de toute-puissance ». Elle requiert les mêmes peines que pour M. : six mois avec sursis, obligation de travail ou de formation, stage de citoyenneté et un an d’inéligibilité.
Son avocate démonte le dossier pièce par pièce. La « grosse pierre » n’a jamais été retrouvée, aucun policier ne s’est constitué partie civile et aucun des occupants de la voiture n’a été entendu. Hors mouvement social, selon elle, son client serait reparti du commissariat avec une simple convocation en plaider-coupable. Elle raconte avoir glissé un masque dans son sac avant de venir assurer la permanence au tribunal samedi : la semaine précédente, elle avait été gazée en traversant une manifestation à laquelle elle ne participait pas. Elle plaide une requalification en tentative de dégradation, puisque la pierre n’a touché ni la voiture ni les policiers. Elle rappelle enfin que dans le dossier précédent, où le caillou avait atteint sa cible, le tribunal venait de prononcer du sursis simple.
P. est déclaré coupable et condamné à deux mois de prison avec sursis, sans peine d’inéligibilité.
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