Paul Va : impasse de la continuité pédagogique, Solidaires Étudiants demande la neutralisation des examens

Le Poing Publié le 14 avril 2020 à 13:26
Le syndicat Solidaires Étudiants a mis en avant une série de revendications pour permettre aux étudiants de ne pas faire les frais de la crise sanitaire ( photo empruntée à la page Facebook "Solidaires Étudiants Montpellier" )

Sur l’Université Paul Valéry, la situation vire à l’absurde ! Évaluations irrégulières, problèmes de bourses, de titre de séjours pour les étudiants étrangers, injonctions et pressions contradictoires, étudiants salariés débordés, manque de matériel : la continuité pédagogique s’y fait aux dépens de bons nombre d’élèves ! Face à ce constat, l’administration persévère et refuse catégoriquement la neutralisation des examens demandée par les syndicats étudiants, parmi d’autres mesures d’urgence.

Malgré les nombreux manque, la présidence veut absolument maintenir les examens

Une enquête réalisée par la direction de Paul Valéry auprès des étudiants, par SMS, et dont les résultats ont été donnés aux représentants des organisations étudiantes représentatives pendant une séance par visioconférence du Comité d’Hygiène, de Santé et des Conditions de Travail (CHSCT), indique qu’environ 1000 étudiants du campus seraient sans connexion internet , et 650 sans ordinateurs. Pour l’année scolaire 2018-2019, l’UPV recensait 20 905 inscrits. Rappelons que l’essentiel de la continuité pédagogique dans l’enseignement supérieur tient à l’utilisation de ces outils informatiques, le ministère allant même jusqu’à suggérer aux universités de mettre en place une télésurveillance des examens !

La direction de la faculté a donc pris la décision de fournir à ces étudiants du matériel informatique, en l’espèce des clés 4G et des ordinateurs. Problème soulevé par nombre d’élus étudiants, dont Cécile de Solidaires Étudiants, que Le Poing a contacté par téléphone : « les concernés vont devoir venir sur le campus récupérer le matériel en question, se mettant ainsi doublement en danger. En danger sanitaire, puisque cette démarche demande de violer le confinement et de s’exposer à une contamination au Covid-19, puisque le virus survit plusieurs jours sur certaines surfaces. Mais aussi en porte à faux par rapport à la gestion sécuritaire du confinement, puis qu’aucune attestation de déplacement ne couvre spécifiquement la récupération de ce matériel… »

Si la direction a indiqué pouvoir envoyer certaines des clés 4G par voie postale, elle n’est pour le moment pas en mesure de répondre précisément aux inquiétudes des organisations étudiantes représentatives du campus en chiffrant la proportion des étudiants qui pourraient bénéficier de cet envoi. Sans compter que la démarche mobiliserait également des salariés de La Poste, également angoissés par le Covid-19. Bien évidemment, il ne sera pas possible d’envoyer les ordinateurs par voie postale. D’après Solidaires, sur Paul Valéry une étudiante de Master est décédée le 21 Mars 2020 , et le président de l’Université a informé qu’il y avait des personnels touchés par le virus également.

Pour Cécile, « cette proposition de la présidence, en plus des problèmes sanitaires, pose des problèmes d’équité. Les étudiants en manque de matériel auront eu nettement moins de temps que les autres pour apprendre durant ce semestre. Et posséder un ordinateur et une connexion internet ne veut pas dire qu’on a accès aux logiciels utilisés dans le cadre de la continuité pédagogique ! » Notons aussi que la fermeture des Bibliothèques Universitaires interdit l’accès à de nombreux ouvrages utiles à la poursuite d’étude, et qu’on ne trouve pas sur le net !

Évaluations irrégulières, problèmes de bourses et de titre de séjour pour les étrangers, injonctions et pressions contradictoires : le désastre de la continuité pédagogique !

C’est certainement là que réside le nœud du problème, : qu’est ce qui tient, à l’université, du maintien d’activités rigoureusement essentielles ? La réponse à cette question est l’enjeu principal du bras de fer qui oppose la direction et les syndicats étudiants.

Le syndicat Solidaires a lancé un appel à témoignages auprès de la communauté sur les conditions de vie et de travail des étudiants pendant le confinement. « De nombreux retours font état d’étudiants salariés qui cumulent les difficultés liées au confinement, à la fois au taf et à la fac… », nous confie la syndicaliste étudiante. « D’autres ont signalé que des professeurs ont lancé des oraux sur What’s App, sans attendre que des décisions soient prises en Conseil des Études et de la Vie Universitaire [ ndlr : conseil regroupant la direction d’un campus et les élus des organisations représentatives étudiantes et du personnel ] quant aux modalités de contrôle continu dans cette période si particulière ! Certains profs en Arts du Spectacle ont exigés de leurs élèves qu’ils se filment en train de danser pour être évalués… Imaginez un peu la scène, dans une chambre de Cité U de 9 m² ! » Le syndicat a réussi à obtenir l’invalidation de ces oraux, mais de nombreuses occurrences de telles pratiques n’ont certainement pas été signalées où que ce soit… Pénalisant les nombreux profils d’élèves mis en graves difficultés par le confinement…

Florence Claudepierre, présidente de la fédération de parents d’élèves FCPE du Haut-Rhin, racontait dès le 24 mars à Europe 1 comment, dans le premier et le second degré, le coronavirus s’est propagé dans les familles défavorisées qui ne possèdent pas tous les outils numériques chez elles. « Ces gens se sont entraidés face au manque de moyens, et à cause de l’injonction à poursuivre les cours scolaires à distance. […] C’est  la pression mise sur la continuité pédagogique  qui a engendré une telle situation. »

Pour les syndicalistes de Solidaires Étudiants, « au vu des conditions actuelles, il risque d’y avoir beaucoup d’étudiant-e-s qui ne peuvent pas suivre les cours et les examens.Et les bourses sont en temps normal suspendues à des contrôles d’assiduité, en cours, mais aussi pour les examens. Nous comptons sur la présidence pour suspendre tous ces contrôles, mais elle ne s’y est pour le moment pas engagée. »

Des problèmes autour des bourses qui concernent également les étudiants étrangers, dont un certain nombre sont rentrés chez eux en prévision du confinement. Certains on perdu leurs bourses. Pour ces étudiants-là, l’obtention du semestre est d’autant plus importante que le renouvellement d’un titre de séjour pour pouvoir poursuivre les études en France y est suspendue…

Solidaires relaie également les inquiétudes des élèves en situation de handicap face aux mesures prises :  «Les cours en ligne et notamment les visioconférences sont vraiment inaccessibles pour les personnes sourdes et malentendantes. Les rares solutions proposées sont des logiciels de retranscription, comme Authot et Ava, de qualité médiocre, et qui ne permettent clairement pas de suivre un cours. Cette situation les rend complètement dépendants du bon vouloir et de l’investissement des preneur-euses de notes, quand il y en a. »

Autre problème de taille : l’anonymat des examens, important principe censé garantir que les examinateurs ne fassent preuve ni de favoritisme, ni de sous-notation sur des critères personnels. Difficile à maintenir dans le cadre d’évaluations à distance, l’anonymat ne sera pas maintenu, comme la présidence de Paul Valéry l’a annoncé aux syndicats lors d’une réunion, le 2 avril.

« Nous ne sommes pas dans un kolkhoze  » : vous avez dit « démocratie étudiante » ?

Les syndicalistes étudiants font état d’une administration très loin d’être à l’écoute de ses étudiants, très loin aussi d’être capables de proposer des solutions raisonnables à tout le monde. Et Cécile de mentionner cet étudiant qui a fait le choix de se tourner vers le numéro d’écoute psychologique mis en place sur le campus : « Il les a appelé pour partager son désarroi par rapport à l’impossibilité de travailler dans son logement, ce qui le stresse énormément pour l’obtention de son année. Et voici le conseil surréaliste qu’il a reçu : faire de fausses attestations pour braver le confinement, s’exposant au passage à une amende, voire à une contamination, pour aller travailler chez des amis à lui ! » D’autant plus ahurissant que le CROUS de Montpellier, depuis le 25 mars, menace les étudiants qui ne respectent pas le confinement de ne pas renouveler leur bail pour l’année suivante, allant même jusqu’à exiger qu’ils s’organisent«  pour être seuls dans la cuisine quand ils y préparent leur repas » !

Pour faire émerger une parole étudiante sur ce type de contradictions, et plus largement pour sonder les besoins et avis des premiers concernés, les deux syndicats étudiants Solidaires et Scum proposaient lors d’une rencontre virtuelle avec la présidence le 2 avril de lancer une consultation. Réponse : « nous ne sommes pas dans un kolkhoze ! » Et vive la démocratie étudiante !

Imposer des conditions d’évaluation acceptables !

Pour toutes ces raisons, le syndicat Solidaires Étudiants appelle à des mesures exceptionnelles :

– Une année blanche au niveau des bourses, c’est à dire qu’elles ne pourraient pas être supprimées, et ne compterait pas dans le décompte du nombre d’années maximum pour lesquels les étudiants peuvent toucher des bourses.

– Cessation des pressions des cours et TD en ligne, d’autant plus de manière synchrone (où étudiants et enseignants doivent se connecter en même temps à heure fixée), et la priorité faite à l’envoi de documents consultables au moment où chacun en a la possibilité.

– Report des soutenances de thèses et de mémoires au mois de septembre sur demande des étudiants concernés

– Report des rendus de thèse et de mémoires à septembre, sur demande des étudiant-e-s concerné-e-s

– Neutralisation du second semestre de l’année 2019-2020 avec l’organisation de rattrapages exceptionnels en juin. En procédant de la même manière qu’entre deux évaluations : garder la meilleure note obtenue entre celle du 1er semestre et celle du 2nd s’il en existe déjà une.

La faculté de droit de Nancy a déjà fait savoir qu’elle envisageait de donner un 10 minimum à tous ses étudiants si d’aventure les conditions n’étaient pas réunies pour que chacun passe ses examens sereinement.

Si, à cause du confinement, les mobilisations physiques pour imposer ces mesures à la présidence de Paul Valéry et au CROUS paraissent compromises, Solidaires a mis en ligne ici une pétition pour la mesure de neutralisation du second semestre.

Alors, dans la rue dès le 11 mai ?

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