Pride de Montpellier : pourquoi des collectifs queers claquent la porte
À un mois et demi de la marche des fiertés prévue le 14 juin, plusieurs collectifs et associations queers montpelliéraines annoncent leur retrait de l’évènement. Ils dénoncent un fonctionnement jugé opaque et centralisé autour de la direction artistique. L’association organisatrice, Fiertés Montpellier Pride, balaie ces accusations et parle de « mouvement d’humeur »
Qui est finalement représenté par l’association Fiertés Pride Montpellier ? C’est en substance la question que pose un communiqué publié cette semaine par plusieurs acteurs de la scène queer locale — collectifs, associations et organisateurs de soirées —, lesquels annoncent leur retrait de l’évènement. En cause : une série de « dysfonctionnements structurels » qu’ils disent subir depuis des années. Les signataires (Le collectif Nuit Brune, l’association Dragnini, Folle de Rage, le bar le Madrediosa…) y déplorent un système reposant sur « le contrôle par l’argent », « l’opacité » et « des logiques de concurrence communautaire ».
Programmation contestée et direction artistique en cause
C’est l’annonce de la programmation de l’évènement, le 1er avril dernier, qui a mis le feu aux poudres. « On questionne les choix d’Othman de Poltorasky, directeur artistique de Fiertés Montpellier Pride », décrit Solène, du collectif Nuit Brune. : « Il fait venir des têtes d’affiche “drag-race compatibles” alors qu’il y a beaucoup de talents locaux à promouvoir. Il a un positionnement politique et artistique très différent de la communauté d’ici, moins lisse et plus radicale. »
Même constat du côté de Guillaume, président de l’association Dragnini, qui défend les artistes drag locaux. Il accuse le directeur artistique, Othman de Poltorasky, de « dénigrer nos artistes » et de concentrer la programmation autour de son propre réseau : « Il met d’abord en avant des artistes de son agence. Il s’est accaparé l’événement, qui est censé être organisé par le tissu associatif local. C’est rageant, parce qu’on est sur le terrain tout le temps, on organise trois à quatre événements par semaine ».
Au-delà des choix artistiques, les signataires du communiqué dénoncent des pressions et des rapports de pouvoir déséquilibrés. Ils évoquent des menaces de blacklist, des contradictions sur les rémunérations du « chantage » lié à la liberté artistique.
“Un mouvement d’humeur”
De son côté, le conseil d’administration de Fierté Montpellier Pride rejette en bloc les accusations. Contactée par la rédaction du Poing, l’association évoque un « mouvement d’humeur, de ressentiment personnel et d’agitation vaine », mêlant « des accusations peu ou prou fausses » et « des méthodes de harcèlement, de call out, de dénigrement pour servir les seuls intérêts ou ego ».
La structure rappelle son bilan : trente ans d’existence, un travail d’accueil gratuit toute l’année auprès de personnes en difficulté — victimes de discriminations, personnes trans, sans-papiers, demandeurs d’asile. « Ce travail (…) est totalement ignoré tant des critiques que d’un soutien », écrit le Conseil d’administration dans sa réponse.
Concernant la programmation, l’association assume des choix artistiques qui « peuvent plaire ou susciter des désaccords », rappelant qu’« il n’existe aucune rente de situation ». Quant à Othman de Poltorasky, Fiertés Montpellier Pride soutient qu’il « contribue depuis plus de 15 ans au mécénat, aux relations avec les médias et participe activement à la vie de l’association bien au-delà de son périmètre initial ».
“C’est un appel à l’aide”
Les structures signataires, elles, assurent ne pas vouloir torpiller l’événement. « On ne veut pas lutter contre Fiertés Montpellier et contre la Pride », tempère Guillaume. « La raison de notre départ, c’est un appel à l’aide. On veut pouvoir travailler ensemble, dans un cadre d’inter-orga, pour organiser l’événement de notre communauté — comme cela se fait dans d’autres villes, comme Paris. »
Parmi leurs revendications figure justement la création d’une telle structure de co-organisation, mais aussi la convocation d’une assemblée générale extraordinaire à Fiertés Montpellier Pride, la fin de la collaboration avec le directeur artistique et un accès équitable aux chars
Et e 14 juin prochain, certains d’entre eux seront malgré tout dans le cortège — mais dans le Pink Bloc, ce rassemblement anticapitaliste qui ouvre la marche depuis plusieurs années. « On demande la co-organisation de la Pride », résume Solène. « Nous sommes prêts à nous impliquer dans l’organisation pour que les choses changent. »
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