Repas à un euro, effectifs au rabais : les agents du CROUS de Montpellier en grève

Elian Barascud Publié le 22 septembre 2026 à 18:07
Ce mardi 22 septembre, des salariés du CROUS Montpellier-Occitanie se sont mis en grève devant leur siège de Boutonnet, dans le cadre d'une mobilisation nationale. ("Le Poing")

Ce mardi 22 septembre, des salariés du CROUS Montpellier-Occitanie se sont mis en grève devant leur siège de Boutonnet, dans le cadre d’une mobilisation nationale. Les syndicats (CGT, Force Ouvrière, CFDT) réclament des embauches, des moyens et des hausses de salaire, alors que la généralisation du repas à un euro a fait exploser la fréquentation des restaurants universitaires

Pas de plateau ce midi au restaurant universitaire de Boutonnet : l’établissement est fermé pour cause de grève. « C’est malheureux pour les étudiants, mais on n’a pas d’autre choix que de se mettre en grève pour se faire entendre », explique Mohammed, magasinier du CROUS syndiqué à la CGT.

Personne ici ne remet en cause le repas à un euro, étendu à tous les étudiants en mai. « On pense que c’est une bonne mesure, mais nous ne sommes pas assez nombreux pour assumer cette hausse de fréquentation », résume Luc, secrétaire départemental de FO Enseignement supérieur et recherche. Selon lui, la fréquentation des restaurants universitaires a bondi de 44 %. À la brasserie de Boutonnet, Mohammed donne ses chiffres : « Avant, on faisait 600 couverts. Là, on peut monter jusqu’à 3 000 le midi et 2 300 le soir. Les locaux ne sont pas adaptés, il faut recruter. » Au niveau national, FO réclame 500 emplois supplémentaires. Luc parle d’une « charge de travail énorme » et d’arrêts maladie qui « s’enchaînent ». Il demande aussi du matériel : plus de frigos, des locaux redimensionnés.

Côté recrutements, le compte n’y est pas non plus pour Jacques Carceller, élu CFDT responsable du personnel. « 20 personnes ont été recrutées ici depuis la mise en place du repas à un euro, mais il en faudrait le double », estime-t-il. Il réclame aussi de nouveaux points de distribution pour désengorger les files d’attente. Et la surcharge fait fuir les nouveaux venus : « Des CDD abandonnent au bout d’une semaine. On ne peut plus s’occuper des étudiants comme on voudrait. »

Le syndicaliste s’inquiète aussi pour la suite. Le coût des matières premières « explose », et le financement du dispositif lui paraît fragile : « Avant, les étudiants payaient 3,50 euros. Maintenant, l’État compense les 2,50 manquants, mais jusqu’à quand ? » Dans un contexte de coupes budgétaires annoncées, il craint que le CROUS doive puiser dans ses fonds propres, « ce qui voudrait dire moins de primes pour les agents, moins d’aides pour les étudiants ».

Les étudiants voient la différence dans leur assiette. Raoul, membre du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM), venu soutenir les grévistes, observe depuis la rentrée des portions qui diminuent et des accompagnements qui manquent parfois en fin de service. Certains, dit-il, ont peur d’arriver en retard en cours à cause de l’attente devant les restaurants universitaires.

Les grévistes demandent des recrutements de personnel et des moyens pour le CROUS. (“Le Poing”)

Pénurie de logements

Le logement suit la même pente. « On a ouvert deux résidences étudiantes en plus, ça reste insuffisant, et notre masse salariale n’a pas augmenté », souligne Luc. Le sujet a déjà mobilisé les étudiants ce mois-ci. Le 2 septembre, la Fédération syndicale étudiante (FSE) alertait devant les services centraux du CROUS sur le cas d’une dizaine d’étudiants boursiers sans logement, dont deux risquaient de se retrouver à la rue. Le CROUS mettait alors en avant une demande exceptionnelle et un parc sans aucune disponibilité depuis le 27 août. Le 7 septembre, la FSE et le Réseau universités sans frontières (RUSF) revenaient devant le CROUS de Boutonnet : les cas signalés au syndicat étaient passés à une vingtaine, et un responsable de la direction de la vie de l’étudiant reconnaissait le manque de places.

Reste la question des salaires, que tous les syndicats présents mettent sur la table. « Après 25 ans au CROUS à faire le ménage, on gagne 1 500 euros par mois, ce n’est pas suffisant », rappelle Jacques Carceller. Pour Luc, « le CROUS n’est plus attractif en termes de rémunération ». Si la grève est reconductible, le syndicaliste attend de voir : « Les fins de mois sont déjà difficiles, c’est dur de se mettre en grève sur la durée… »

Contacté, le service communication du CROUS Montpellier n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions cet article.

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